Il évoluait encore avec l’équipe 3 de l’US Colomiers fin 2022. Désormais, il tente de se faire une place dans l’effectif professionnel du Pau FC, équipe surprise du début de saison de Ligue 2. Itinéraire d’un parcours hors du commun.
Ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme « Django » (en référence au film à succès Django Unchained). Enchaîné aux bas-fonds des divisions régionales il y a encore quelques années avec Colomiers, Salif Lebouath a forcé le destin au point de découvrir en août dernier le monde professionnel avec le Pau FC à l’âge de 23 ans. Le tout, avec un contrat amateur et sans passer par la case centre de formation. Fin septembre, le Toulousain a même appris qu’il avait intégré la base de données du célèbre jeu vidéo FC 26 (anciennement FIFA). “Depuis petit, tu joues à ce jeu et là tu te vois… C’est drôle. Moi, je ne suis pas trop connecté, je n’ai même pas le jeu et je n’ai même pas joué avec moi encore, mais mon petit frère, mes amis, les gens autour de moi m’envoient des photos ou vidéos. Je vois que ça leur fait plaisir alors je suis content” glisse l’intéressé.
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Mais pas de quoi faire gonfler les chevilles de ce remuant joueur de couloir. “Beaucoup d’amis ou de proches sont très enthousiastes, ont des étoiles plein les yeux… Moi, je suis très terre à terre à ce niveau-là. Même si demain je mets un doublé ou un triplé avec la Ligue 2, je vais être content, mais je vais savoir le doser. Je ne vais pas me prendre pour quelqu’un d’autre ou penser que je suis arrivé, pas du tout. Je sais que ça fait partie du processus. Comme j’ai de grandes ambitions, je n’ai jamais le temps de me reposer. C’est ce qui fait ma force” résume-t-il. Car Salif Lebouath sait d’où il vient et où il veut aller.
“À la maison, c’est la galère”
Surtout, il est investi d’une mission. “C’est un peu comme une obligation de vie, parce que j’ai quand même une grande famille et on vient d’un milieu assez modeste. Ma mère a été au foyer pendant très longtemps, mon père a enchaîné des petits boulots et j’ai beaucoup de frères et sœurs, donc c’est la galère. Forcément, ça, c’est une source de motivation qui n’a limite pas d’égal en parallèle de ma passion et de ma volonté de devenir professionnel. Donc tous les matins, je sais que je peux permettre de rendre ma famille fière, de les rendre heureux, de les mettre un peu plus à l’abri chaque jour” glisse avec émotion le cadet d’une fratrie de 6. Pur Toulousain, mais passé à travers les filets du TFC, club phare de la région, “Django” aura longtemps roulé sa bosse du côté Quint-Fonsegrives, Balma, Toulouse-Rodéo, Toulouse-Fontaine (devenu Toulouse-Métropole) et enfin Colomiers. Chez le club à la colombe, l’enfant du quartier Lasbordes (Balma) mettra pourtant du temps avant de prendre son envol.
Après une deuxième année en U19 national freinée par le Covid-19, le joueur de côté gravit les échelons chez les équipes séniors de l’USC jusqu’à atteindre la A, alors en National 3. “Puis je suis redescendu en équipe 3. Donc j’étais en R3 à 21 ans. C’est ça qui est un peu fou dans le parcours” souligne-t-il. “À l’époque, Orléans m’avait repéré et j’avais fait des tests là-bas, mais Colomiers n’avait pas apprécié. Des choses en interne m’ont empêché de signer avec la réserve d’Orléans. Au final, je me suis retrouvé sans club” déroule Salif à propos de cet été 2022 qui précédera une nouvelle saison galère.
L’opportunité du Pau FC
Retour à la case départ, donc, à Colomiers. Il raconte une anecdote qui l’a marqué : “Une fois, je me retrouve à faire un match en R3 (8e division, NDLR). On joue à Seysses. On passe dans les couloirs et on voit un père de famille avec du bide, une canette de bière et une cigarette. Là, j’ai pris un coup dans mon ego, dans ma fierté, parce que je me suis dit : ‘Je veux réussir à être footballeur professionnel et je me retrouve contre des personnes qui ne prennent même pas le foot au sérieux.'”
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Mais fort d’une (nouvelle) remontée jusqu’aux A et d’une saison pleine en National 3, Salif Lebouath tape dans l’œil du Pau FC lors de l’ultime journée de championnat, en mai 2024. “On devait jouer sur le terrain des pros contre la réserve et j’étais persuadé qu’il y aurait le staff de la A dans les tribunes. J’avais un défenseur réputé face à moi, mais j’ai fait une passe décisive au bout de trois minutes.” Test réussi. Un de plus pour celui qui s’est imposé comme un cadre de la B du Pau FC la saison passée. Apparu à cinq reprises depuis le début de saison en Ligue 2, Salif Lebouath continue d’écrire son histoire, celle d’un bolide lancé à pleine vitesse et qui espère ne plus connaître la réserve.

