Pur produit ariégeois, Valentin Delpy a gravi chaque échelon loin des projecteurs. Cette saison, à Colomiers, l’ouvreur prêté par le Stade Toulousain espère poursuivre sur la lancée de son prêt à Perpignan.
De la petite colline de Ségura, en Ariège, où il courait enfant avec son grand frère, jusqu’aux pelouses professionnelles de Pro D2, Valentin Delpy a tracé son chemin sans brûler les étapes. Ce vendredi 29 août 2025, le demi d’ouverture ariégeois débutera la saison avec l’US Colomiers Rugby, où il est prêté cette saison par le Stade Toulousain. À 19 h 30, sur la pelouse du stade Guy et André Boniface, le jeune homme de 22 ans va ouvrir une nouvelle page de son histoire, cette fois en “bleu et blanc”. Un rendez-vous qu’il attend “avec beaucoup d’envie et d’excitation.”
Grand gaillard d’1,85 m pour 89 kg, l’ouvreur a grandi loin des projecteurs, dans le petit village de Ségura, près de Varilhes, en Ariège. Il découvre le rugby à Pamiers à seulement quatre ans. “Mes parents m’ont raconté qu’un jour, après un match à la télé, j’avais dit que je voulais tester le rugby. Mon grand frère s’y était mis un an avant.” Très vite, il s’attache à une bande de copains qui l’accompagneront sur les terrains : “On jouait ensemble depuis tout petits, on a créé de vrais liens. Beaucoup sont encore mes amis aujourd’hui.”

“C’était mes premières armes”
Le ballon ovale devient son fil rouge. Il se rappelle des derbys contre Saverdun, vécus avec une intensité particulière : “Ce n’étaient pas de gros matchs, mais pour nous, si. On stressait, c’étaient de vrais rendez-vous.” Entre les tournois de jeunes à Carcassonne ou sur les différents terrains ariégeois, et les entraînements, il forge son apprentissage dans une atmosphère conviviale : “C’était familial, il y avait les papas qui entraînaient, on découvrait les vraies règles en grandissant. C’étaient mes premières armes.”
L’envie de franchir un cap s’impose naturellement. À 15 ans, il quitte le cocon du Sporting Club Appaméen pour rejoindre Blagnac. “Depuis tout petit, j’avais en tête de faire un sport-études. J’avais passé des tests à Toulouse, Montpellier, Carcassonne… Mais c’est à Blagnac que ça s’est fait. Le projet était bien construit : l’internat, les cours, les entraînements. Et je n’étais pas loin de la maison, je rentrais en train le week-end.” À quelques kilomètres de la Ville rose, il découvre un autre rythme : “Mes premières semaines, c’était chargé. Les cours, les entraînements, et le niveau plus élevé, c’était difficile. Puis, quand je suis passé en équipe première en Nationale, jouer contre des adultes, ça m’a fait franchir un cap.”
Le Stade Toulousain, qu’il avait manqué de peu plus jeune, revient rapidement frapper à la porte. Un souvenir qu’il raconte avec un large sourire : “Je fais deux, trois bons matchs à Blagnac. Après l’un d’eux, l’entraîneur vient me voir dans le bus et me dit qu’il est en contact avec Jérôme Cazalbou et Ugo Mola. Quelques semaines plus tard, je visite le club, je découvre le projet. Au début, je ne réalisais pas trop. Enfant, j’étais supporter du Stade, ma mère nous avait emmenés voir un match, j’avais plein de maillots. Signer là-bas, c’était particulier.”

Avec les “rouge et noir”, il découvre la concurrence féroce au poste de numéro 10. “Lors des entraînements, je me régalais. Mais forcément, j’avais envie d’avoir une opportunité de jouer. Elle est arrivée mais c’est forcément un peu frustrant quand tu as des mecs comme Ntamack ou Ramos en face. Tu comprends aussi pourquoi tu joues moins.”
Objectif temps de jeu avec Colomiers
Tout juste prolongé jusqu’en 2028 avec le Stade Toulousain, l’occasion de rebondir s’offre à Perpignan en cours de saison dernière, dans un contexte radicalement différent puisque les “sang et or” luttent pour leur maintien dans l’élite du rugby français. “Tout s’est fait très vite. En une semaine, j’étais là-bas. On jouait chaque week-end notre survie. Ça m’a beaucoup apporté. Rugbystiquement, j’ai gagné de l’expérience, et humainement je me suis fait plein de copains. J’ai adoré ces six mois, même si c’était dur mentalement.”
À peine revenu de Catalogne cet été, il est directement prêté par les Stadistes chez le voisin columérin. Un choix qu’il vit comme une étape clé. “Quand on commence à avoir du temps de jeu, on y prend goût. Mon objectif, c’est de continuer à jouer beaucoup, progresser, mais surtout prendre du plaisir. À Colomiers, ça fait partie de l’identité du club.” Il y retrouve un cadre familial, des visages connus, comme celui de Paulo Parpagiola, adversaire d’enfance devenu coéquipier. “On se charrie un peu entre Appaméens et Saverdunois, ça nous fait marrer.”

L’avenir, Valentin Delpy ne veut pas le fantasmer. Sa tête reste fixée sur cette saison de Pro D2, mais il garde les pieds sur terre. Étudiant en quatrième année d’ostéopathie, il refuse de ne vivre que dans le rêve d’une carrière pro. “Il n’y a aucune certitude dans le rugby. Pour moi, c’était important d’avoir un projet à côté.”
Vendredi soir, à Mont-de-Marsan, il retrouvera le parfum des grands rendez-vous. Comme un retour à ses jeunes années, lorsqu’il vibrait déjà pour un ballon ovale sur les terrains de Pamiers. “On a beaucoup travaillé, tout le monde est concerné. Il me tarde d’y être.” Le gamin d’Ariège s’apprête à écrire un nouveau chapitre, avec le ballon en main et des ambitions dans la tête.