L’université d’été du Parti socialiste s’ouvre ce jeudi à Blois. Avenir de la gauche, vote de la confiance à François Bayrou… Sébastien Vincini, secrétaire national du PS et président du conseil départemental de Haute-Garonne, répond aux questions de la Dépêche.
Olivier Faure a indiqué que le Parti socialiste ne voterait pas la confiance à François Bayrou. Le PS pourrait-il revoir sa position ?
Les Français n’en peuvent plus et je comprends leurs colères et leurs peurs. Le discours de François Bayrou et sa méthode ne nous laissent aucune autre possibilité. Certes, il avait posé un constat partagé sur l’état économique du pays et la question de la dette. Mais les mesures qu’il a proposées, à la fois sur le fond et la forme, ne pouvaient mener qu’à la défiance. Il aurait pu ouvrir un dialogue : proposer des pistes, définir des priorités, consulter les partenaires sociaux et les groupes politiques. Mais non. Il a imposé ses choix, puis posé un ultimatum avec ce vote de confiance, sans aucune concertation préalable. Résultat : aucun parti d’opposition ne peut voter cette confiance. François Bayrou s’est enfermé lui-même dans une impasse politique.
Il a donné une mauvaise réponse à un bon constat. Et surtout, il n’a rien fait pendant l’été. Deux mois d’inaction. Aucun signal n’a été envoyé aux partenaires sociaux, alors même que certains, comme la CFDT ou la CFTC, étaient prêts à discuter, malgré l’échec du conclave sur les retraites.
Quelles devraient être les priorités d’un budget juste et crédible ?
Il faut déjà arrêter de croire qu’on peut écrire un budget à trois dans un bureau. Les colères des Français sont diverses : baisse de la consommation pour les commerçants, inégalités d’accès aux soins, précarité croissante… Les gens ne sentent plus protégés par l’État. Pour moi, les priorités sont claires : santé, éducation, sécurité de proximité – notamment face au narcotrafic – et bifurcation écologique.
Si nous étions majoritaires, la gauche rééquilibrerait les prélèvements : ce n’est pas un problème de dépenses, mais de recettes. Depuis huit ans, les exonérations fiscales creusent les inégalités. Mais comme nous ne sommes pas majoritaires, il faut chercher des compromis. Une taxe exceptionnelle sur les hauts revenus et patrimoines, limitée dans le temps, serait un bon début. Autre enjeu majeur : le vieillissement. D’ici 2040, un tiers des Français aura plus de 65 ans. C’est un défi pour toutes les familles. Et aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens d’y faire face. Il faut un compromis national.
Si Bayrou démissionne, Emmanuel Macron doit-il nommer un Premier ministre de gauche ?
Bien sûr, je préférerais un Premier ministre de gauche. Mais je ne me fais pas d’illusion. Emmanuel Macron est le principal responsable de cette situation. Cela fait huit ans qu’il dirige. Ses choix ont mené le pays à cette impasse. Bayrou s’est planté de méthode, oui, mais c’est Macron qui a créé le contexte.
Ce que j’attends maintenant, c’est que le président nomme un Premier ministre et qu’il laisse le Parlement travailler. Nous avons besoin de bâtir un compromis autour des priorités du pays : santé, éducation, sécurité, transition écologique. Le compromis ne doit pas être un blanc-seing pour continuer la politique de Macron. C’est ce qu’ont essayé Barnier, puis Bayrou. Ça ne fonctionne pas.
Au sein du Parti socialiste, les tensions sont apaisées
L’université d’été du PS débute à Blois. Le parti est-il enfin uni ?
Oui, clairement. Aujourd’hui, la direction nationale rassemble les sensibilités d’Olivier Faure et de Boris Vallaud. Il y a une large majorité, les tensions se sont apaisées. La décision unanime de ne pas voter la confiance à Bayrou en est la preuve.
À Blois, toutes les figures du parti seront présentes : Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol, Karim Bouamrane… Le congrès de Nancy a permis un vote incontesté, accepté par tous – contrairement à Marseille.
On sait qu’il faut transformer le PS : moderniser l’organisation, intégrer le numérique, permettre des adhésions thématiques, et retrouver une culture du débat apaisé.

Pour les municipales, l’union avec LFI semble impossible dans beaucoup de villes. Est-ce un échec de l’unité de la gauche ?
J’ai toujours défendu l’union. Je n’ai jamais cru aux gauches irréconciliables. Mais aujourd’hui, une partie de la gauche proche de Jean-Luc Mélenchon défend une vision que je ne partage plus. Ses dérives, y compris sur l’Ukraine, rendent l’union impossible dans de nombreux cas.
À Toulouse, François Briançon est le mieux placé
Et la situation à Toulouse ?
Je suis en désaccord avec LFI sur la laïcité, le vivre-ensemble, les quartiers populaires. Je refuse le communautarisme, le conflit permanent. Je crois à un rassemblement allant du PCF au PRG, en passant par les Ecologistes, Génération·s, Place publique et le PS.
Pas forcément avec une tête de liste socialiste ?
À Toulouse, je pense que François Briançon est le mieux placé. Il connaît le terrain, les acteurs économiques et associatifs, et il inspire confiance. L’union est possible si elle se construit sur des bases solides. Il faudra aussi parler des vrais sujets : logement, mobilités, insécurité, climat.
Mélenchon, en se lançant déjà, fait preuve d’un manque de décence
Et pour la présidentielle ? Raphaël Glucksmann pourrait-il être le candidat soutenu par le PS ?
Il est trop tôt pour en parler. Le 8 septembre, il n’y aura peut-être plus de gouvernement. Ce serait indécent de parler présidentielle maintenant. Les gens veulent des réponses à leurs problèmes, pas des ambitions personnelles. Mélenchon, en se lançant déjà, fait preuve d’un manque de décence.
Et sa proposition de destitution d’Emmanuel Macron ?
Ce n’est pas ce que j’ai entendu cet été. Les gens veulent être protégés, pas vivre dans l’instabilité. Je propose une conférence nationale du redressement, avec les maires et présidents de départements de tous bords.
Sur le terrain, les élus locaux savent construire du consensus. C’est ce qu’il faut faire au niveau national. Les Français veulent de la sécurité, de la santé, une éducation solide. Pas des effets de manche.