Ces dernières semaines, Donald Trump a répété comme un leitmotiv qu’il « avait mis fin à six guerres » depuis son retour au pouvoir. Or, ce récit du « faiseur de paix express » nourrit surtout une stratégie de propagande. De fait, il est repris en boucle par de nombreux commentateurs. Le langage de Trump s’est normalisé, et avec lui sa manière de penser.
Plusieurs pays étrangers, théâtres de conflits ouverts ou latents, souvent anciens, ont misé sur l’appétit insatiable du président américain pour des « accords de paix » rapides, afin de réhabiliter leur image à l’international, de prendre l’ascendant sur leur ennemi ou de bénéficier d’avantages commerciaux de court terme, en échange d’une exploitation de leurs sous-sols ou du développement d’infrastructures au profit d’entreprises américaines.
Trump leur fournit les photographes, le storytelling et la publicité à peu de frais. Il est devenu leur homme-sandwich. On sait qu’il apprécie d’être flatté au-delà du raisonnable et n’y voit pas malice : il pense ses interlocuteurs internationaux aussi sincères que les courtisans qu’il a recrutés comme ministres ou conseillers.
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Des accords bancals
En réalité, rien n’est réglé dans ces conflits dont, pour la plupart, le contenu de « l’accord » apparaît vague, pour ne pas dire vide. Le processus de signature compte plus que leur contenu : non seulement la forme l’emporte sur le fond, mais bien souvent, aucun engagement concret n’est pris de part et d’autre pour mettre fin aux hostilités.
L’Arménie et l’Azerbaïdjan viennent ainsi de signer une déclaration commune, censée clore le conflit qui les oppose. Les Etats-Unis se voient accorder le développement d’un corridor de transit de marchandises en Arménie, dont les modalités pratiques et temporelles ne sont toutefois pas précisées. Parmi les rivalités territoriales majeures, et non résolues, l’Azerbaïdjan continue d’exiger de l’Arménie qu’elle modifie, en sa faveur, sa Constitution concernant le Haut-Karabakh. Mais la population arménienne est totalement opposée à l’abandon de ce territoire. La frontière entre les deux pays reste par ailleurs fermée, les liens diplomatiques sont rompus et les déplacements forcés de populations, entamés il y a plusieurs décennies, ne sont pas questionnés.
Le même diagnostic peut être fait à propos de la République démocratique du Congo et du Rwanda : l’accord signé en juin à Washington (avec l’aide du Qatar) est censé mettre fin à trois décennies de combats. Or, ceux-ci n’ont pas cessé depuis et les violences contre les civils non plus. Washington est surtout intéressé par l’accès aux minéraux rares, notamment au cobalt, dont la RDC est le principal fournisseur au monde, au bénéfice de la Chine essentiellement. Le « deal » comprend-il donc un pillage légal des ressources ? Sans oublier que la question des centaines de milliers de déplacés n’est pas, là non plus, en voie de règlement. Autre frein majeur à une paix durable : la suppression brutale de l’Usaid (l’agence américaine pour le développement international) prive des dizaines de milliers de victimes de violences sexuelles d’accès aux soins et menace leur survie.
A la suite de la crise qui a opposé l’Inde et le Pakistan, en mai, à propos du Cachemire, le gouvernement indien a estimé que c’était avant tout sous la pression indienne que l’armée pakistanaise avait demandé un cessez-le-feu. Le Pakistan, de son côté, a vivement remercié le président américain, ce qui a eu pour effet d’envenimer les relations entre Washington et New Delhi. L’Inde étant par ailleurs fortement pénalisée à ce stade par les droits de douane américains, elle s’est rapprochée de la Chine, ce qui laisse augurer une profonde transformation de la géopolitique dans cette partie de l’Asie dans les prochains mois, aux dépens des Etats-Unis.
Entre le Cambodge et la Thaïlande, en sus de l’influence de la Chine en faveur de l’apaisement, c’est la menace de droits de douane prohibitifs imposés par les Etats-Unis qui a conduit à la fin provisoire des hostilités engagées cet été. Les causes de ces dernières, à savoir des velléités nationalistes pour, notamment, la propriété de temples millénaires le long de la frontière commune, n’ont pas été abordées. La question, là encore, des personnes déplacées – plus de 300 000 – a été mise de côté.
En ce qui concerne les tensions entre l’Egypte et l’Ethiopie, le problème est structurel : bien que Trump prétende avoir réglé la rivalité qui oppose les deux pays sur le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique – le barrage dit de la « Renaissance » – et en particulier son approvisionnement en eau, le risque qu’elle ne dégénère en conflit armé reste intact.
Quant aux relations entre Israël et l’Iran, enfin, nul besoin de dire que les bombardements américains de sites nucléaires iraniens n’ont rien réglé à moyen, voire à court terme : non seulement aucun accord n’a été signé entre les deux ennemis pour mettre fin aux hostilités, mais les discussions internationales sur le programme d’enrichissement de l’uranium en Iran sont encore plus fragilisées.
On le voit : le temps court de la communication d’un « Trump faiseur de paix », grâce à un pouvoir personnel de persuasion qu’il se targue de mettre également à profit dans sa relation avec Poutine, masque mal la réalité : celle de la confirmation des conflits gelés.
Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.