Ces dernières semaines, l’arrêté interpréfectoral pris pour les prélèvements dans l’Adour soulève la colère chez les irrigants du Gers et des territoires alentours. Pourtant, pour les organisations de protection de l’environnement, ce conflit pose la question globale de l’avenir de l’eau dans le département.
Des débits faibles dans les ruisseaux, le développement d’algues, une mortalité plus élevée des poissons… Alors que la France, et le Sud-Ouest plus particulièrement, a été fortement touchée par deux vagues de chaleur et que le Gers est passé, ce samedi 23 août, au niveau crise sécheresse, les organisations écologistes locales veulent relancer le débat sur la protection de l’eau dans le département. Et voient dans les oppositions à l’arrêté interpréfectoral pris pour l’irrigation dans l’Adour, l’occasion de repenser l’avenir de cette ressource.
Mettre fin au système dérogatoire dans l’Adour
“Depuis 2021, on est dans un mode dérogatoire, parce qu’au lieu d’avoir une autorisation pluriannuelle, le préfet sort un arrêté tous les ans pour les autorisations de prélèvements dans l’Adour”, rappelle Jean-Manuel Fullana, vice-président des Amis de la Terre du Gers. Cette année, la décision a cependant été prise pour trois ans, avec une baisse programmée sur les 36 mois. “Mais on reste dans un mode exceptionnel et dérogatoire.”
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Cette baisse, contestée par les irrigants, est une mesure obligatoire, puisqu’elle s’inscrit dans la Directive-cadre de l’eau au niveau européen de 2000, précisent les organisations. “Le quota reste encore supérieur à ce qu’estimait l’Agence de l’eau en 2009, indique Pascal Levieux. Elle expliquait que le ratio besoins / ressources était de 150 Mm3 environ.” Une estimation qui est 30 Mm3 inférieure aux autorisations prévues pour 2027 (180 Mm3), déjà critiquées par Irrigadour.

“La question, c’est comment calculer cette AUP et que met-on derrière les besoins ?”, poursuit Pascal Levieux, qui plaide pour que l’autorisation soit calculée par une agence neutre. “Après, à l’arrivée, il ne faut pas que les irrigants soient défavorisés dans leur business plan. Mais il faut anticiper tout cela.”
Des pratiques à faire évoluer
Pour les associations environnementales, il faut passer “à une politique durable et adapter la production agricole à l’offre en eau. Il faut se demander combien il y a réellement de ressources disponibles et adapter la production en fonction.”
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Elles proposent, par exemple, d’avancer les dates de cultures, quand cela est possible. “On sait que le maïs demande de l’eau à une période où on en manque. Pourquoi ne pas le semer plus tôt, afin qu’il soit prêt vers le milieu de la saison estivale ?”, propose Jacques Fortinon. “Si on continue sur cette politique de l’eau, le risque, c’est en fait une mal adaptation”, ajoute Pascal Levieux.
Des zones humides à créer
Le stock “d’eau bleue” devrait, dans les prochaines années, être moins important l’été ; les organisations environnementales plaident donc pour la création de zones humides (ZH). “Des collectivités pourraient par exemple acquérir des terres et les transformer en ZH afin de stocker l’eau. J’insiste sur la capacité des sols à stocker l’eau, la végétation pour la produire, assure Pascal Levieux. Vous avez besoin de moins d’eau bleue si vous avez des sols réellement entretenus grâce à l’eau verte.”
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Les militants regrettent que cette question soit si peu présente dans les discours politiques mais mettent tout de même en avant la zone humide de L’Isle-Jourdain : elle appartient à la communauté de communes de la Gascogne toulousaine (13,5 ha) et à des propriétés privées et a une superficie de 456,2 hectares.
Le système Neste à sécuriser
À l’Est, le système Neste, qui permet d’alimenter en eau le département du Gers, inquiète aussi les militants. Au début de l’été, la Commission locale de l’eau (CLE) Neste et rivières de Gascogne a voté son adhésion à l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) Garonne pour “préserver le système et renforcer une gestion solidaire des ressources dans le Grand Sud-Ouest.”

Dominique Gonella, président de la CLE, expliquait alors : “Nous vivons une époque de bouleversements climatiques majeurs. Plus que jamais, la question de l’eau, sa disponibilité, sa qualité, sa répartition, est au cœur des préoccupations de nos concitoyens et des responsabilités des élus”.
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Pourtant, les Amis de la Terre restent préoccupés par rapport au dispositif : la propriété, les orientations stratégiques de sa gestion et “qui va être en charge, en tant que concessionnaire délégataire, des grandes orientations qui sont décidées, on ne sait pas où encore ?”, questionne Pascal Levieux, pour qui, le système Neste devient un objet d’enjeux pour les prochaines années.