Huit Français sur dix rejettent la suppression de deux jours fériés proposée par François Bayrou pour le budget 2026 ; selon un sondage Odoxa. Entre rejet du “travail gratuit” et peur d’un “impôt déguisé”, l’opinion s’oppose massivement, laissant l’exécutif sans solution acceptable pour trouver 40 milliards d’euros d’économies.
L’annonce de François Bayrou de supprimer deux jours fériés – le lundi de Pâques et le 8 mai – pour contribuer aux 40 milliards d’euros d’économies nécessaires au budget 2026, se heurte à une opposition frontale dans l’opinion. Selon une enquête Odoxa pour Le Parisien, publiée ce lundi, plus de huit Français sur dix (84 %) rejettent cette mesure, y voyant avant tout un « impôt déguisé ». Le rejet, déjà majoritaire en juillet, s’est renforcé durant l’été, gagnant 11 points. Les discussions estivales n’ont fait que cristalliser l’hostilité.
Un refus largement partagé
Ce refus transcende les clivages sociaux et politiques. Ni les jeunes, ni les femmes, ni les catégories populaires, ni même les cadres n’y trouvent grâce : toutes les franges de la société affichent des taux de rejet supérieurs à 74 %. Les sympathisants de la majorité présidentielle constituent la seule exception, avec une approbation relative (52 %), mais les électorats de gauche comme de droite, du PS à LFI en passant par le RN, s’y opposent massivement (de 83 % à 99 % de rejet). Même les sympathisants LR, pourtant soutien traditionnel d’une ligne budgétaire stricte, désapprouvent à 72 %.
Le problème ne réside pas tant dans le choix des dates que dans le principe même d’une suppression. Si l’on force les sondés à hiérarchiser les jours « sacrifiables », le lundi de Pâques et le 8 mai apparaissent bien en milieu de classement, derrière le 15 août (26 %) ou l’Ascension (25 %), et loin devant les intouchables que sont le 25 décembre, le 14 juillet, le 1er mai et le 1er janvier (moins de 8 %). Mais cette hiérarchie reste artificielle : plus de 80 % des Français refusent de sacrifier le moindre jour férié.
59 % estiment travailler « suffisamment »
Cette résistance s’appuie sur un socle d’arguments constants. D’abord, la conviction qu’il n’existe pas « trop » de jours fériés : 80 % des sondés rejettent cette idée, un chiffre en hausse de cinq points en onze ans. De même, 59 % estiment que les Français travaillent « suffisamment », quand seuls 26 % jugent que l’on ne travaille « pas assez ». Ce sentiment est largement partagé par les actifs, tandis que les retraités apparaissent plus enclins à estimer que le pays ne travaille pas assez. Le clivage générationnel se double d’un clivage politique : les électeurs Renaissance et, dans une moindre mesure, LR, adhèrent davantage au discours productiviste, quand les électorats de gauche jugent majoritairement que la charge de travail est déjà suffisante, voire excessive.
Un impôt déguisé
Au-delà du débat sur la productivité, c’est la perception fiscale qui nourrit l’opposition. Pour 80 % des Français, la suppression de jours fériés équivaut à un « impôt déguisé », une manière détournée de faire financer l’État par un surplus de travail gratuit des salariés. Or, cette lecture heurte directement les engagements répétés de l’exécutif de ne pas relever les impôts. Même les sympathisants Renaissance, pourtant acquis à François Bayrou, se montrent divisés, un sur deux partageant cette vision critique.
L’impasse est d’autant plus nette que les alternatives testées par l’institut rencontrent un rejet tout aussi massif. Travailler 14 heures de plus dans l’année sans rémunération ? 75 % des actifs s’y opposent. Payer davantage d’impôts ou de taxes ? 89 % des Français refusent catégoriquement. Aucune option ne recueille d’assentiment significatif, révélant une opinion publique enfermée dans un « non » généralisé. Le refus transcende les catégories d’âge, de profession et les appartenances partisanes, du RN à LFI en passant par LR ou le PS.
Équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle s’impose
Ce blocage révèle une transformation sociétale profonde : la préservation de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle s’impose désormais comme une valeur cardinale. Les trentenaires et quadragénaires, pris entre carrière et enfants, rejettent massivement l’idée de travailler plus, mais les jeunes générations, pourtant encore éloignées de la retraite, expriment la même volonté de ne pas prolonger l’effort. Le slogan « travailler plus pour gagner plus », popularisé il y a quinze ans, semble avoir perdu toute résonance.
En définitive, l’exécutif se retrouve face à une équation insoluble. Son objectif budgétaire de 40 milliards d’euros d’économies est intenable sans mesures de rendement, mais toutes les options apparaissent politiquement toxiques. Supprimer des jours fériés suscite un rejet viscéral, augmenter les impôts est unanimement refusé, et exiger des heures supplémentaires non rémunérées heurte une aspiration profonde à la qualité de vie. Dans cette rentrée 2025, François Bayrou fait face à ce que Gaël Sliman, président d’Odoxa, qualifie de « situation impossible » : gouverner contre une opinion aussi résolue à dire « non » à toutes les solutions.