Après 42 ans à la tête de ce magasin dédié à la culture glisse, Philippe Le Gludic cherchait à passer la main. C’est un ancien client, Denis Guillaume, qui a quitté son poste dans l’informatique, pour poursuivre cette histoire singulière.
C’est un garage le long du boulevard du Martinet que rien ne prédestinait à devenir ce lieu culte, connu de tous les amateurs bigourdans de glisse. Un portail bleu qui ne renferme pas de voiture mais bien une panoplie d’articles pour satisfaire, skateurs, snowboarders et autres pratiquants de ces sports ou défenseur de cette culture, depuis plus de 42 ans. “Mais on n’est pas éternel” sourit Philippe Le Gludic, qui a ouvert, avec un ami, en 1983 ce lieu insolite et d’abord dédié à la planche à voile et aux sports aquatiques. “Pourquoi ce local ? Par facilité. Historiquement, c’était une laiterie.” La boutique trouvera rapidement sa clientèle dans un univers propre et underground. “Ça a été une grosse partie de ma vie”, sourit Philippe qui a partagé son quotidien entre l’enseignement et Turbu.
Pourtant, malgré une communauté forte, le magasin a connu une période de turbulences ces derniers mois, alors que Philippe souhaitait passer la main. Jusqu’à ce que Denis Guillaume, un client maubourguétois de 44 ans, plutôt orienté snowboard et roller, n’évite la chute. “J’ai grandi dans cette culture, explique celui qui fut militaire et travaillait dans un grand groupe informatique. Ça faisait deux-trois ans que je voulais ouvrir mon entreprise. Quand j’ai appris que Turbu risquait de fermer faute de repreneur, j’ai contacté Philippe.” Et depuis, le fondateur et le renouveau de ce commerce unique se partagent la maison. “J’essaie d’apprendre un max auprès de Philippe avant qu’il ne me laisse les clés définitivement à la rentrée. Je veux garder l’âme, le côté historique de la boutique. Mais en y apportant de la modernité via les réseaux sociaux ou le site, en se rapprochant des associations de glisse locales. L’idée, ce n’est pas d’être un lieu de vente mais d’avoir une expérience de vie et de créer une communauté autour de Turbu, ici, entre le skatepark d’un côté et l’Usine de l’autre.”

Aussi Denis a entrepris la rénovation de la boutique. Intérieure, mais aussi extérieure, avec la création d’un parking adjacent. Si snowboard et skate seront toujours au cœur de l’activité, l’offre va s’élargir autour de l’escalade, de la rando, et du BMX. “Des pratiques où il y a de la demande, notamment avec l’explosion des pumptracks. Comme le faisait Philippe, l’idée c’est d’être un peu une caverne d’Ali Baba pour répondre aux demandes des pratiquants. Mais aussi avec de nouveaux produits et des marques comme Patagonia, qui ont des valeurs qui me parlent, écoengagées.” Denis compte également multiplier les partenariats et les événements. Fidèle à la devise de son ancien régiment, “qui ose gagne”, le nouveau chef de Turbulences entend déjouer les perturbations et faire glisser l’affaire : “Je quitte un job bien payé mais sans trop de sens. Ici, je retrouve l’énergie qui me manquait.” Et, après deux semaines de travaux cet été, une transition qui va glisser…