Du cheval bâton au béhourd moyenâgeux, en passant par le match de drones ou la course de tracteurs, la région regorge de disciplines aussi inattendues que sérieuses. Le magazine MiDi a fait sa sélection des sports les plus insolites.
Béhourd : le vrai combat des chevaliers
A deux pas de la cité médiévale de Carcassonne, dans la cour de l’école primaire des Troubadours, six hommes du club de béhourd s’échauffent à plein régime. Adrien Cessa, président du club et amateur de reproduction médiévale, sort de sa valise un casque parfaitement cabossé. “Ça va, ça fait pas très mal”, sourit-il. Pour Yohan Collonge, entraîneur et un des créateurs du club, le béhourd a une spécificité géniale : c’est un sport de combat par équipe. Dans la version la plus pratiquée, dix combattants s’affrontent simultanément, cinq dans chaque équipe, tous en armure de chevaliers, à l’intérieur d’une lice – un ring en bois. Un comité d’historicité s’assure qu’il n’y a pas d’anachronisme dans la tenue. Pour remporter le combat, il faut faire tomber tous les joueurs de l’équipe adverse. Pour ça, on combine lutte, prises de judo, coups de hache, de hallebarde et autres fauchons. Ce sport allie le combat à la reproduction médiévale, en s’inspirant des entraînements de chevaliers du Moyen-Âge, mais encadré par de nombreuses règles pour éviter les accidents. Les adhérents partagent ces deux passions. “J’adore le côté très physique du béhourd, l’ambiance de vestiaire de rugby et puis on aime bien un peu de violence, tant que ça reste bon enfant”, sourit Valentin, membre du club depuis deux ans.
Hobby horse : saut d’obstacle viral

L’équitation sans cheval, c’est la prouesse du hobby horse. “Ça remplace un peu l’équitation, quand on ne peut pas en faire”, lance la jeune Noélie, qui pratique ce sport au club HoP’La, à Villefranche-de-Lauragais. Ce sport, qui consiste à sauter des obstacles en chevauchant un bâton au bout duquel se dresse une tête de cheval, a été popularisé par les réseaux sociaux au cours des dernières années. C’est comme ça que Noélie l’a découvert. Mais les compétitions avaient lieu trop loin de chez elle, alors sa mère et les parents de ses amies ont décidé d’en organiser une. Ce succès a conduit à la création de l’association. “Ce sont essentiellement des filles âgées de 12 à 16 ans qui viennent”, affirme Alexandrine Golfier, la mère de Noélie. Les membres du club se réunissent un dimanche par mois. Au programme : des ateliers créatifs sur la confection du hobby horse et des sauts d’obstacles. Début juillet, HoP’La a organisé son premier tournoi. S’inspirant du concours complet d’équitation, la compétition comptait trois épreuves : le saut d’obstacles, le cross (un mélange de saut et d’endurance) et le dressage ! Cette dernière épreuve s’apparente à une chorégraphie inspirée de celle des chevaux.
Disc golf : le golf avec un frisbee

Au disc golf, on joue selon les mêmes règles que le golf, mais on utilise un frisbee. Il faut placer le disque dans une sorte de corbeille en métal, il y en a en général 18 sur un circuit. C’est un sport de précision, mais aussi de puissance : les pratiquants expérimentés peuvent lancer le disque à plus de 100 mètres. Mais pas de pression, il peut être aussi bien joué par des professionnels que par des amateurs. “C’est un sport très familial, on profite de la nature. De nombreux adhérents viennent avec leurs ados lancer des disques”, raconte Pierre Guilmault, responsable du club de Rodez, Youltima. Les membres du club peuvent notamment s’entraîner sur un circuit champêtre à Sauveterre-de-Rouergue, avec barbecue, piscine, etc.
Teqball : un dérivé technique du foot

Que faire quand on veut s’amuser mais qu’on n’a qu’une table de ping-pong et un ballon de foot ? Jouer au teqball ! Le sport se joue à un contre un ou deux contre deux, avec une table arquée. On peut utiliser n’importe quelle partie du corps, à l’exception des bras et des mains. Les règles sont assez proches de celles du tennis de table, en imaginant que la raquette soit le corps et la balle un ballon de foot. À un niveau élevé, le teqball donne lieu à des images impressionnantes de retournés acrobatiques. C’est un sport très dynamique, qui demande un très bon niveau en jongle et en contrôle. Cette technique requise a donné son nom au sport. Dans la même veine, on peut pratiquer le tennis-ballon. Il existe deux clubs de teqball dans l’Hérault : le Teq avenir olympique 34 à Béziers et l’Occitanie Teqball à Autignac.
Ski-joëring : glisser, tractés par des chevaux

On peut aussi trouver des sports originaux en montagne. Sur le plateau de Beille, à 1800 m d’altitude, Isabelle Corbières propose en hiver des sessions d’initiation au ski-joëring. On se fait tracter par un cheval en glissant sur la neige avec ses skis. Pas besoin d’avoir fait de l’équitation pour essayer, tant qu’on est accompagné par cette professionnelle, mais il est indispensable d’avoir un bon niveau en ski : “Il faut être à l’aise sur des pistes rouges”, précise Isabelle Corbières. Pour celles et ceux qui ont l’habitude des chevaux, on peut assez vite devenir autonome. “Les gens sont souvent surpris, au bout de 20 minutes ils arrivent à avancer et profiter de la glisse.” À un niveau compétitif, ce sport est très impressionnant. Les skieurs avancent à toute vitesse lors d’épreuves de slalom ou de rapidité. Mais sur le plateau de Beille, c’est tranquille. “Il y a un parcours avec des virages serrés, des montées et descentes, c’est technique, détaille la monitrice. Pas besoin d’aller vite, à la moindre impulsion on a la sensation de glisse, en plus du plaisir d’être en accord avec le cheval.” Une version canine de ce sport existe : un à trois chiens aident le skieur de fond à avancer.
Bike polo : du hockey sur bitume à vélo
Le bike polo est un cousin du polo-vélo qui se joue sur gazon. En revanche, les similarités avec le polo équestre sont minimes. C’est un sport mixte qui se joue à trois contre trois sur un terrain en asphalte de 20 m par 40 m. Le but est de placer la balle dans une petite cage à l’aide d’un maillet. Interdiction de rentrer dans le vélo d’un adversaire ou de poser le pied à terre. “Généralement, les joueurs sont des passionnés de vélo : des coursiers, des gens qui travaillent dans des ateliers de réparation…”, affirme Tristan Puchaux, membre du bureau du Perpignan Bike Polo. Comme ce sport ne comprend que quelques centaines de pratiquants en France, il évolue très vite : les règles, le matériel, etc. Le bike polo s’est développé à Perpignan à partir de 2010. Les créateurs du club, qui avaient découvert ce sport dans un magazine, ont commencé à fabriquer du matériel avec des bâtons de ski, des tubes de chantier, ils jouaient sur des parkings de supermarché. Aujourd’hui, ils ont du matériel et un bon terrain d’entraînement.
Boules carrées : la pétanque avec des cubes

Le 12 juillet, à Mas d’Auvignon, a eu lieu un concours de boules carrées. Le principe est le même que la pétanque, la seule différence : les boules et le cochonnet sont des cubes en bois. “C’est beaucoup plus imprévisible. C’est très drôle d’entendre les gens rouspéter parce que la boule a pris une trajectoire bizarre”, s’amuse Carine Leabat, qui organise chaque année deux concours à Mas d’Auvignon, un en juin et l’autre en juillet. C’est un jeu festif, où on ne se prend pas trop au sérieux. Pour ajouter au chaos, les parties sont souvent jouées en pente.
Drone soccer : un match technologique entre pilotes

Lancé en 2016 en Corée du Sud, le drone soccer est arrivé en France il y a quelques années. Il se joue à trois contre trois dans un petit terrain. La partie est divisée en trois sets de trois minutes. Chacun pilote un drone, protégé par une sphère. Ils ont tous des fonctions différentes. Il y a le buteur, dont l’objectif est de rentrer dans les cages adverses, un rond vertical en hauteur. Puis un défenseur et un attaquant qui ont respectivement pour but de perturber le buteur adverse et de soutenir le sien. “Il y a beaucoup de contacts, un peu de casse : les drones finissent souvent à terre”, explique Elie Cleon, président du Drone Ball 81 et pilote de drones professionnel. Dans ce cas là, il faut attendre la fin du set pour effectuer les réparations. C’est un sport très dynamique, parfois chaotique, mais aussi inclusif : beaucoup de gens peuvent jouer, il suffit de pouvoir commander les manettes du drone.
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Boule’N’Bike : des roues et des boules
C’est la version estivale du biathlon, un sport d’hiver popularisé en France par les exploits de Martin Fourcade qui combine le ski de fond et le tir à la carabine. Avec le Boule’N’Bike, le cyclisme fait office de sport d’endurance et la pétanque de celui de précision. Loin d’être un sport institutionnalisé, c’est le fruit d’un “délire de pote”, s’amuse Louis Fournier, un des créateurs d’une compétition qui a déjà eu lieu quatre fois, dont l’année dernière à Asté, dans les Hautes-Pyrénées. “Pourquoi ne pas ajouter un aspect ludique au vélo, pour qu’il y ait plus que la simple course ?”, se sont demandés les créateurs, un groupe d’une douzaine d’amis amateurs de vélo. Ces fans de sports olympiques ont alors mis en place ce tournoi de relais par équipes de trois. Chaque coureur s’élance pour deux boucles de 3 km avec au milieu un stand de boules qu’il faut réussir à viser.
Kin-Ball : un sport plein de rebondissements

Le kin-ball, c’est avant tout un ballon. Un gros ballon très léger de plus d’un mètre de diamètre. Sur un terrain carré de 20 m de côté, trois équipes de quatre joueurs s’affrontent. La première équipe appelle une des deux autres et lance le ballon, de façon à ce que celle-ci ait le plus de difficulté à l’attraper. On peut utiliser toutes les parties du corps. Si l’équipe appelée ne parvient pas à contrôler le ballon avant qu’il ne touche le sol, un point est donné aux deux autres équipes. Si elle y parvient, elle appelle à son tour une autre équipe, etc. “C’est un sport très visuel avec une intensité de jeu phénoménal”, lance Pascale Prat, présidente du Kin-ball montalbanais.
Course de tondeuses : pour les tracteurs les plus endurants

En mai 2025, s’est tenue la première édition de la course de tracteurs tondeuses à Palmas d’Aveyron à l’occasion de la fête de la Loue. “Tout le monde possède une tondeuse dans le coin et on voulait faire une course”, répond tranquillement Benjamin Ricomes, membre du comité des fêtes. Attention, c’est une vraie course d’endurance : les 13 groupes de participants ont dû rouler pendant 2 heures sur un parcours de 2 km. Une fois le temps écoulé, le vainqueur est celui qui a fait le plus de tours. “C’est facile de trafiquer une tondeuse, il y en a qui peuvent atteindre 60 km/h”, lance M. Ricomes. Pour limiter les risques, le comité à créer un parcours lent, avec beaucoup de virages serrés, des passages dans des petites ruelles, des petits ponts, etc. Une deuxième édition se tiendra l’année prochaine.
Hockey subaquatique : palet, crosse, cage et apnée

“Le hockey subaquatique, c’est hyper ludique, c’est comme faire du foot aquatique”, s’amuse Bernard Parra, président du club de Perpignan. Deux équipes de six s’affrontent dans une piscine. Le but : placer le palet de plus d’un kilogramme dans les cages adverses à l’aide d’une petite crosse. Les joueurs portent un tuba afin d’observer le jeu pendant qu’ils se déplacent en surface. A un certain niveau, le jeu va tellement vite qu’il devient incompréhensible pour les néophytes. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, une bonne apnée n’est pas nécessaire pour bien jouer. Il vaut mieux être souple, fluide et avoir une bonne vision du jeu. Les joueurs descendent au fond de la piscine pour des actions d’une dizaine de secondes. Beaucoup de déplacements se font en surface.
Quidditch : le sport des sorciers

Le soleil brûle le terrain de rugby des Argoulets. Au milieu, trônent trois anneaux d’un mètre de diamètre. Une dizaine de joueurs et joueuses du club de quidditch de Toulouse sont présents en plein été pour s’entraîner. Tous sont adhérents depuis au moins 5 ans. Ballons, tubes en plastique, tout le matériel est là. C’est un mélange de handball, de balle au prisonnier, de lutte et de rugby, qui semble chaotique pour les néophytes. Les tubes en plastique, appelés bâtons, toujours entre les jambes des joueurs représentent les balais magiques sur lesquels les sorciers de l’univers d’Harry Potter volent pour jouer au Quidditch.
Le quadball, nouveau nom du sport pour des raisons de marque déposée, s’inspire de la saga culte. Mais il s’est éloigné de la fiction, devenu un sport complexe et riche en stratégies. Si le club a été créé en 2011 par un groupe d’amis fans de cet univers, il s’affranchit du folklore de la fiction. “On a des membres qui sont venus par curiosité et sont restés par amour du sport”, explique Ina Ulvé.
Chessboxing : les rois du ring

Le chessboxing est une combinaison de deux sports : les échecs et la boxe anglaise. Le match se déroule sur 11 rounds de trois minutes : 6 d’échecs et 5 de boxe. Il y a plusieurs façons de gagner : échec et mat, K.O., décision de l’arbitre à la boxe, ou lorsque le temps d’un des deux joueurs est écoulé aux échecs. Vaut-il mieux être bon aux échecs ou à la boxe ? Il n’y a pas vraiment de réponse. “On a des matchs aux issues très variées, c’est ce qui est plaisant dans ce sport”, affirme Pierre Gaboriaud, président de l’Albatros fighting chess à Albas, le seul club du Lot. L’association existe depuis plus d’un an. Après que le club de foot du village a fermé, il fallait proposer une activité sportive aux jeunes. Beaucoup d’entre eux jouaient aux échecs, alors Pierre Gaboriaud a créé ce club. La majorité des pratiquants ont entre 8 et 17 ans. “C’est un sport de joueurs d’échecs qui se mettent à la boxe, plutôt que l’inverse, détaille M. Gaboriaud. Ça arrive souvent qu’un bon boxeur se fasse battre au premier round d’échecs.” Mais ce sport reste très physique, il faut un cardio développé et le plus dur est de rester lucide aux échecs après un round de boxe. À Albas, l’entraînement commence par 1h à 1h30 de boxe pour finir par une partie d’échecs, une fois que les sportifs sont bien fatigués.