August 22, 2025

ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : "Vladimir Poutine n’a strictement aucune envie de rencontrer Volodymyr Zelensky"

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Au cœur du dossier ukrainien prédomine aujourd’hui l’organisation d’une éventuelle rencontre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine. Nicolas Tenzer, spécialiste des questions géostratégiques et enseignant à Sciences Po, revient sur les enjeux d’une telle rencontre.

La Dépêche du Midi : Au cœur des discussions, se pose aujourd’hui la question d’une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine. Quelle est la position du Kremlin par rapport à cette rencontre ?

Nicolas Tenzer : Vladimir Poutine n’a absolument pas envie de rencontrer Volodymyr Zelensky. Le président russe a jusqu’à présent toujours cherché tous les prétextes du monde pour repousser l’échéance.

Pour quelles raisons ?

D’abord parce qu’il n’a jamais reconnu Volodymyr Zelensky comme un chef d’État. Il considère que l’Ukraine n’a pas d’existence légitime. Pour le maître du Kremlin, rencontrer le président ukrainien, c’est lui donner une forme de légitimité.

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Par ailleurs, je pense que Vladimir Poutine a peur de Volodymyr Zelensky. Le président russe redoute un dirigeant courageux, proche de son peuple.

On pensait aussi que Vladimir Poutine temporisait pour permettre à ses troupes d’avancer un maximum sur le terrain avant une déclaration éventuelle de cessez‑le‑feu. Est‑ce toujours le cas, selon vous ?

Oui, absolument. Son objectif est de maximiser la pression sur le terrain, même si les succès sont minimes. Il grignote quelques territoires, mais les gains effectifs sont très limités.

Toujours au sujet de cette rencontre entre Poutine et Zelensky : on voit qu’il y a un vrai point d’interrogation sur le lieu. Poutine parle de Moscou, est-ce encore une manière de temporiser ?

Oui, totalement. La proposition de Moscou est totalement inacceptable — premièrement parce que la sécurité de Zelensky ne serait pas garantie : il y a eu énormément de tentatives d’assassinat, donc venir en Russie serait risqué. De plus, il n’est pas normal qu’un chef d’État aille chez son agresseur. Cela pose un vrai problème symbolique et moral.

Où cette rencontre pourrait donc avoir lieu ?

La Turquie semble s’imposer comme un lieu juridiquement envisageable, car elle n’est pas sous le statut de Rome, au sein de la Cour pénale internationale. Pour la Suisse, c’est plus compliqué : permettre le transit d’un avion transportant un criminel de guerre (comme Poutine) à travers l’espace aérien suisse serait, selon moi, une faute de la part des États européens.

Concrètement, qu’est-on en droit d’attendre d’une rencontre entre le président ukrainien et le maître du Kremlin, si celle-ci a lieu ?

C’est vraiment là le cœur du problème : pas grand-chose. Je ne vois aucune avancée tangible possible aujourd’hui. Les positions sont diamétralement opposées. La Russie nie l’existence même de l’Ukraine, veut continuer la guerre, et ne montre aucune appétence pour la paix.

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Du côté ukrainien, la Constitution est claire : selon les articles 2 et 157, il n’est pas question de céder la moindre parcelle de territoire. On parle de la Russie comme d’un “agresseur”, et récompenser l’agresseur serait inacceptable, tant en droit international que symboliquement. Cela créerait un dangereux précédent, observé par la Chine et d’autres pays, qui pourrait légitimer l’annexion de territoires par la force.

Autre sujet déterminant de cette rencontre : les garanties de sécurité occidentales pour Kiev à l’issue d’un accord de paix. Y a-t-il des éléments sur lesquels la Russie ne voudrait pas céder sur cette question ?

Sur le long terme, Moscou ne veut pas abandonner son objectif : conquérir ou anéantir l’Ukraine. Elle va insister sur un point et refuser tout accord de paix si les alliés européens de l’Ukraine envoient des troupes sur place pour assurer la sécurité de Kiev. Cela constituerait un frein majeur à ses projets. La Russie verrait ces garanties comme un obstacle clair à ses ambitions territoriales.

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