Dans le vignoble du Frontonnais, les vignes résistent à un été brûlant. À quelques semaines des vendanges, Philippe Selle, vigneron bio à Campsas, garde la tête froide. Entre vigilance climatique et optimisme raisonné, il scrute le ciel autant que ses raisins.
Fronton, dernier virage avant les vendanges. Après un été brûlant, où la sécheresse s’est invitée en continu et où une canicule d’une dizaine de jours a fait grimper les thermomètres, les vignes du Frontonnais tiennent bon.
Philippe Selle, propriétaire du Château Boujac à Campsas, se veut rassurant. “Pour le moment, tout va bien. Face à la canicule, la vigne est comme nous. Elle ralentit son activité et se protège. Avec les 20 mm de pluie tombés ce 19 août, elle va reprendre son développement. On entre désormais dans la dernière ligne droite et j’ai envie de dire que c’est vraiment maintenant que tout se joue. Nous sommes en pleine véraison, ce moment de l’année où le grain de raisin gonfle et passe du vert au rouge vif pour les raisins noirs, au jaune translucide pour les raisins blancs, ou au rosé pour les raisins gris. On va scruter la météo d’un peu plus près ces prochains jours. La canicule n’a pas trop perturbé les vignes, mais s’il nous tombe deux semaines de pluie, on peut tout perdre. C’est pour cela qu’il faut rester prudent jusqu’au moment où le raisin sera totalement ramassé.”
Vendanges : sans doute une semaine d’avance…
Philippe Selle devrait commencer les vendanges avec une semaine d’avance, à partir du 10 septembre. Il lui faudra entre trois et quatre semaines pour venir à bout de ses 25 hectares cultivés en bio, en commençant par les blancs et le rosé, puis enchaînant avec le rouge – où le vigneron attend le plus possible que la maturité du raisin se prolonge, le temps de permettre au tanin d’être bien fondu – pour terminer avec le cépage bouysselet, ce blanc sec d’exception typique du Frontonnais.
En faisant le point sur l’année écoulée, Philippe Selle, vigneron installé depuis 1988 et dont le père et le grand-père exploitaient déjà le vignoble depuis 1962, reconnaît qu’une année facile n’existe pas. Mais il sait aussi relativiser face au dérèglement climatique. “Il faut être heureux une année où nous n’avons pas connu de gelées tardives, d’orages de grêle dévastateurs… Il faut être humble face aux éléments. Cet exercice, nous avons eu un printemps un peu tropical avec beaucoup d’humidité et de chaleur. Il a fallu en permanence se creuser la tête pour trouver les bons traitements et les bons dosages, surtout en bio. Rien n’est écrit à l’avance et, dans le suivi de la culture, il y a souvent une part d’inné où il faut être tantôt réactif pour faire un traitement, et parfois plus prudent et attendre. On joue avec la bouillie bordelaise contre le mildiou, avec le soufre contre l’oïdium, on utilise des auxiliaires naturels pour combattre certains parasites. Mais parfois, on est démuni face à des maladies comme le black-rot, qui a touché quelques pieds et qui n’a pour le moment pas de traitement efficace.”
Ce week-end, les soucis seront mis de côté pour le salon des vins de Fronton, qui réunit sur trois jours près de 30 000 personnes à Fronton. Philippe Selle, président du salon depuis plusieurs années, ne manquera pas ce moment de fête et de partage, qui permet à la profession de toujours se serrer les coudes et de savoir prendre le temps d’apprécier les bons moments.