Vladimir Poutine, le 19 août 2025, à Moscou. Volodymyr Zelensky, à Vienne, le 9 juin 2025. VYACHESLAV PROKOFYEV/SPUT/SIPA ; IMAGO/LUKA KOLANOVIC/SIPA
Suisse, Hongrie, Turquie ? Les hypothèses sont ouvertes quant au possible lieu de la rencontre entre le dirigeant russe, Vladimir Poutine, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, proposée dans la nuit du lundi 18 août, à l’issue du sommet de Washington – le chef de l’Etat américain, Donald Trump, y a reçu son homologue ukrainien ainsi que plusieurs responsables européens. Cette rencontre, une première en trois ans et demi de guerre, pourrait avoir lieu dans deux semaines.
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Après le sommet de lundi, le président américain, Donald Trump, s’est targué sur son réseau Truth Social « d’avoir commencé les préparatifs pour une rencontre », avant d’ajouter que « le lieu reste à déterminer ». Quel sera alors le pays désigné pour accueillir cette entrevue diplomatique, mise en difficulté par le mandat d’arrêt international émis à l’encontre du président russe ?
Première hypothèse, avancée par Emmanuel Macron, mardi sur LCI : Genève, en Suisse. La tenue de cette rencontre, sur le sol européen relève de « la volonté collective », a estimé le chef de l’Etat français avant de préciser sa position : « Ce sera un pays neutre, et donc peut-être la Suisse, je plaide pour Genève, ou un autre pays. »
La Suisse est certes connue pour sa neutralité historique, un atout pour aider à négocier sereinement les conditions d’une paix effective. Mais est-elle pour autant prête à faire l’impasse sur le droit international, alors que Vladimir Poutine est sous le coup d’un mandat d’arrêt émis en mars 2023 par la Cour pénale internationale (CPI) pour « déportation illégale » d’enfants ukrainiens ?
La Suisse offre « l’immunité » à Poutine
La Confédération suisse a signé le statut de Rome le 18 juillet 1998, qui institue la CPI et l’a ratifié le 12 octobre 2001. Dès lors, en tant que membre de la CPI, aux côtés de 124 autres pays, la Suisse devrait procéder à l’arrestation de Vladimir Poutine à son arrivée sur son territoire, si elle entend respecter le droit. En juin 2024, le pays avait d’ailleurs rappelé qu’il se conformait à ses obligations internationales dans l’hypothèse d’un mandat d’arrêt contre des chefs du Hamas ou des membres du gouvernement israélien, comme c’est actuellement le cas pour le Premier ministre, Benyamin Netanyahou.
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Pourtant, cette fois-ci, la Suisse se dit prête à faire une exception. Ignazio Cassis, le ministre des Affaires étrangères suisse, a déclaré mardi offrir au président russe « l’immunité » s’il vient pour « une conférence de paix ». Une condition qui figure dans les règles d’immunité définies, en 2024, par le gouvernement fédéral, selon le responsable.
Mais il reste une subtilité : Vladimir Poutine devrait venir en avion. Or chaque pays européen membre de la CPI survolé par une personne sous mandat d’arrêt, « a le devoir de dérouter son avion et de l’arrêter », détaille le consultant en relations internationales Stéphane Audran, auprès du « Parisien ». Cependant, la Cour ne peut pas prononcer de condamnation ou d’injonction à l’égard d’un Etat partie qui aurait failli à son obligation.
La Turquie suggérée comme une piste logique
D’autres hypothèses se dessinent auprès de pays non-membres de la CPI. Un haut responsable de l’administration américain a évoqué auprès de Reuters la possibilité d’une rencontre en Hongrie. Proche partenaire de Vladimir Poutine, le pays du Premier ministre, Viktor Orbán, a fait une demande de retrait de la CPI, le 3 avril 2025. Il ne sera effectif qu’à partir du 2 juin 2026, mais cela n’a pas empêché le pays d’accueillir dans la foulée le Premier ministre israélien, alors en visite.
La Turquie, indifférente à la CPI, a aussi été suggérée comme une piste logique, après le cycle de pourparlers de paix entre les Russes et les Ukrainiens du printemps 2024, qui s’est soldé par un échec à Istanbul. Une rencontre aux Etats-Unis, comme celle de vendredi en Alaska entre Donald Trump et Vladimir Poutine, semble aussi possible. D’autant plus qu’elle offre davantage de garanties de sécurité à Vladimir Poutine, méfiant vis-à-vis des Européens, comme le rappelle le « Parisien ».
Autre piste, beaucoup plus improbable : le dirigeant russe aurait, de son côté, d’après des sources proches du dossier, contactées par l’Agence France-Presse, proposé à Donald Trump, lors de leur appel téléphonique, de rencontrer le président Zelensky… à Moscou. Une proposition en terrain pas neutre que le responsable ukrainien a déjà décliné.