La crise du BTP frappe de plein fouet les petites entreprises. Entre hausse du gasoil, béton plus cher et marges en berne, les chantiers vacillent. Jusqu’où tiendra la filière face à cette inflation continue ?
Le soleil se lève doucement dans le ciel, ses rayons commencent à peine à chauffer, mais Romain Soulié, lui, est déjà sur le pont. “Ce matin, on est venus sur le chantier avec le camion rempli de cailloux. Ce midi, il repartira plein de terres. On ne fait plus de trajets à vide”, commente le dirigeant de l’entreprise Raffy BTP (Bâtiment et Travaux publics). Sur un chantier à Cahors, ce vendredi matin, le cœur n’est pas à la fête.

Comme de nombreux professionnels du bâtiment, le chef d’entreprise lotois enchaîne la hausse des prix des matériaux et du carburant. “On sort de la crise du Covid, on a eu la guerre en Ukraine, et maintenant le conflit au Moyen-Orient… Tous les deux ou trois ans, il y a quelque chose qui vient nous fragiliser. Des fois, on en vient à se demander : pourquoi je fais tout ça ?”, souffle le quadragénaire, qui a repris l’entreprise Raffy BTP il y a cinq ans et demi, après avoir longtemps opéré en tant que conducteur de travaux dans un grand groupe.
Dans le secteur du BTP, tout augmente
Romain Soulié s’occupe actuellement d’un chantier d’aménagement à Cahors. Il pointe une rangée de cailloux blancs que son entreprise vient de terminer, bordée par une bordure en béton. “On a eu une hausse chez les carriers. Entre 1 et 2 %. Sur les produits en béton, on a pris entre 3 et 5 %. Donc rien que là, on a pris une augmentation sur tout”, admet-il. Sans compter les produits en PVC, qui, eux aussi, voient leur prix flamber. Ou encore la ferraille, qui a pris entre 80 et 100 euros la tonne.

“Dans le BTP, on utilise du gasoil routier pour les camions et les semis. On utilise aussi du GNR (gazole non routier – NDLR) pour tout ce qui est engins de terrassement et autres. Là, on a pris entre 60 et 80 centimes de hausse”, pose-t-il, avant d’ajouter : “Les pneus aussi ont augmenté. Sur un camion, ils peuvent valoir jusqu’à 500 euros. Alors si on prend rien que 5 à 10 % d’augmentation, ça chiffre vite… En fait, tout se cumule”.
Les craintes : des pertes de marchés, des défaillances d’entreprise…
“Face à ça, c’est de la trésorerie ou de la marge qui s’en va”, regrette le chef d’entreprise. Car il est compliqué de répercuter ces hausses sur les clients. Dans le BTP, il existe deux types de marchés, les privés et les publics. “Pour les premiers, on a un engagement de maintien de tarifs entre le moment de la signature et le début des travaux. Il se passe souvent plusieurs mois entre les deux. On fait un peu des plans sur la comète”, explique Romain Soulié. Le risque : la perte de marchés privés. “Aujourd’hui, quelqu’un qui veut refaire son assainissement, le chantier peut prendre jusqu’à 10 % d’augmentation entre les coûts des matériaux qui flambent et le surcoût du transport. Et 10 %, ce n’est pas rien pour un particulier”, regrette le dirigeant de Raffy BTP.

L’autre partie de sa clientèle : les marchés publics. “Il faut absolument qu’ils maintiennent les investissements. Dans ces cas-là, on répond à des appels d’offres. Là, on a des indices d’actualisation de prix. Mais ils sont à moins trois mois. On est en avril, ça veut dire qu’ils se basent sur février. Donc on ne peut pas encore répercuter les hausses de prix qu’on subit”, explique le quadragénaire. Au niveau national, et même départemental, la fédération de la filière du BTP s’active. Cette dernière souhaite que ces indices soient revus tous les quinze jours. “Mais c’est encore en discussion”.
Comme de nombreuses autres aides promises par l’État. “Le secteur agricole a le droit à une aide sur le GNR, donc notre fédération a demandé qu’on l’ait aussi. On en attend beaucoup, on a besoin de mesures concrètes pour nous aider”, appuie l’ancien conducteur de travaux. À noter que le gouvernement vient d’annoncer une aide à environ 20 centimes par litre pour les entreprises de moins de 20 salariés, comme Raffy BTP. Malgré cela, ce qui est craint : de nombreuses défaillances d’entreprises. “Si on pense à l’avenir, plus personne ne voudra reprendre les entreprises de BTP. On sait que ça va être compliqué. On aime notre métier alors on va se battre, mais on sait qu’on prend des risques en se levant tous les matins pour aller travailler…”.

