Le tribunal correctionnel d’Agen examinera ce mercredi 29 avril une affaire de diffamation et d’injures publiques qui secoue la filière de la noisette. Au cœur du litige : des propos tenus par l’ex-patron de la coopérative Unicoque, Christian Pezzini, visant les dirigeants de son ancienne structure et de l’Association nationale des producteurs de noisettes (ANPN).
Nouvelle crise en vue pour la filière noisette ? Cette fois-ci, elle n’émane pas des vergers mais plutôt des hautes sphères, qui ont décidé de se déplacer sur le terrain judiciaire. Les principaux acteurs de cette filière agricole dont le centre névralgique se situe à Cancon, au nord de Villeneuve-sur-Lot – le département de Lot-et-Garonne concentre 50 % de la production nationale –, vont se retrouver au tribunal d’Agen ce mercredi 29 avril. Un homme est visé par une citation directe pour diffamation et injures publiques : Christian Pezzini, directeur de la coopérative Unicoque jusqu’à son départ en retraite en 2015.
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La liste des plaignants est longue et témoigne de l’ampleur de la discorde : Jean-Luc Reigne, directeur d’Unicoque ; Thierry Descazeaux, président de cette même coopérative ; Maud Thomas, directrice de l’ANPN (Association nationale des producteurs de noisettes) ; Axel Crestian, président de l’association ; mais aussi les personnes morales d’Unicoque et de l’ANPN. Ces derniers reprochent à Christian Pezzini d’avoir engagé une véritable “vendetta” après avoir essuyé un refus pour le prêt d’une nacelle appartenant à la coopérative.
Un mail envoyé aux acteurs de la filière qui a tout déclenché
Retour en arrière, à l’été 2025. Depuis l’interdiction de l’acétamipride, néonicotinoïde utilisé par les nuciculteurs pour lutter contre les ravageurs, la filière noisette accuse le coup avec des récoltes qui plongent dans le rouge. Dans ce contexte de grands bouleversements, Unicoque et l’ANPN inaugurent leur nouvelle plateforme de transformation “Kokishop” et une unité de production de parasitoïdes sur le site de Louberie, à Cancon. Les acteurs de la production du fruit à coque mettent le paquet pour lutter “durablement” contre la punaise diabolique et le balanin, tout en étant en première ligne dans la réintroduction ciblée du produit phytosanitaire au sein de la loi Duplomb. Une stratégie qui ne convainc pas tout le monde, à commencer par Christian Pezzini.
Il milite pour la création d’un label Noisette sans acétamipride et va jusqu’à lancer une pétition sur le site de l’Assemblée nationale pour interdire l’importation de denrées traitées. L’ancien patron d’Unicoque dit alors répondre aux sollicitations de nombreux producteurs inquiets. L’actuelle direction ne le voit pas du même œil : dans un mail interne, elle alerte les adhérents de la coopérative et parle “d’interférences”. Les mois passent. Jusqu’à ce jour de décembre 2025, où Christian Pezzini prend la plume et diffuse un long texte sur nombre de boîtes mail de producteurs, de membres et d’anciens membres de la coopérative. Soit des centaines de personnes.
Lanceur d’alerte ?
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le message est sans filtre. À l’image de son auteur, diront les initiés. L’ancien directeur d’Unicoque y livre une critique ouverte de la situation économique de la coopérative et de la présentation de ses résultats, de certains choix d’investissements… Il évoque aussi une “hémorragie de personnel” et une dégradation de l’ambiance au sein des deux structures, tout comme des allégations de “népotisme” chez les dirigeants. C’est ce mail de décembre 2025 qui a fini de convaincre les plaignants d’engager des poursuites pour diffamation et injures publiques.
Mais le cadre de la citation directe devant le tribunal correctionnel pourrait bien accentuer la mise en lumière d’éventuels dysfonctionnements au sein d’Unicoque et de l’ANPN. “Lorsqu’on reçoit une telle citation, on peut, dans un délai de dix jours, faire une offre de preuve, c’est-à-dire affirmer : ‘J’ai peut-être dit les choses sur un ton qui ne vous a pas plu, mais tout ce que je dis est vrai’. C’est ce que nous avons fait”, nous confirme Maître Jean-François Renaudie, conseil de Christian Pezzini.
“Ce qu’il dénonce est très documenté, même si la forme peut être abrupte”, poursuit l’avocat. “Notre position est claire : il n’a fait que décrire des faits réels, vérifiables. Il a dénoncé un entre-soi, des retards de paiement aux producteurs, des investissements jugés inutiles. Tout cela, nous l’avons prouvé, avec des témoignages”. En résumé, Christian Pezzini aborde cette échéance judiciaire avec la responsabilité d’un lanceur d’alerte. Reste à savoir si les deux parties pourront débattre sur le fond et non sur la forme. Réponse mercredi.

