Particulièrement visible lors des derniers mouvements de colère agricole, la CR 65 connaît des remous internes. Six de ses chefs de files locaux ont fait l’objet de radiation par l’union nationale qui leur a retiré la marque. Une décision contestée en référé par le syndicat départemental qui a déposé plainte pour diffamation.
Que se passe-t-il à la CR65 ? À la pointe des dernières manifestations agricoles et notamment sur la crise de la DNC, la Coordination Rurale est agitée en coulisses. Le 10 avril, l’Union nationale de la CR (la CRUN) a décidé de retirer le droit d’utiliser la marque Coordination rurale et son acronyme à la CR65.
Une décision qui fait suite à une première délibération en date du 12 février 2026, pour radier six représentants de la CR65 pour une durée de 2 à 5 ans, notamment pour entrave lors d’une AG et non-respect statutaire. “Or, il ressort des procès-verbaux que les six membres radiés ont repris leurs fonctions au sein du conseil d’administration de la CR65 voire du bureau, explique Bertrand Venteau, président de la CRUN dans ce courrier. De plus, depuis de nombreux mois, les autorités préfectorales et administratives des Hautes-Pyrénées, les CR des départements limitrophes et la CR régionale, notamment, se plaignent des turbulences de la CR65. La CRUN a donc décidé de se séparer de votre syndicat en lui retirant sa marque.”
Une décision qui trouve aussi ses origines plus en amont, avec des dissensions apparues lors de la campagne pour les élections à la chambre d’agriculture. Une première radiation est prononcée avant que 10 des 18 membres du conseil d’administration de la CR65 ne démissionnent. Suivront plusieurs mois de tergiversations, avec une assemblée générale annulée, puis une autre en juillet 2025 à Rabastens qui élit un nouveau conseil d’administration à l’unanimité. Mais peu après, les trois élus de la CR65 à la chambre d’agriculture, qui font partie des démissionnaires, sont radiés par le syndicat départemental. “Il n’y a plus de représentants de la CR à la Chambre, explique Sabrina Abadie, qui fait partie des radiés avec François Nogues et Paul-Emile Fontan, alors même qu’elle est 4e vice-présidente nationale. Il n’y en a plus non plus au CA régional du syndicat, une première. Désormais, avec cette décision, la CR65 perd toute représentativité dans les commissions. Il aurait suffi qu’ils passent la main pour que le syndicat vive.”
“Notre transparence dérange-t-elle ?”
Mais cette décision est contestée la CR65 qui a lancé une procédure en référé contre les radiations et le retrait de la marque mais aussi déposé plainte pour diffamations. “Lors de la dernière AG, on a démissionné, mais tout le monde, à l’unanimité, a voulu qu’on continue, explique Sylvain Arberet, le président du syndicat. On se retrouve au cœur d’un jeu politique. Concernant les radiations, on nous dit qu’on n’est pas réguliers mais sans aucun document, rien. Quant aux autorités, le préfet nous a écrit pour “nous dire qu’il n’avait jamais été en relation avec la CRUN, seulement pour indiquer que la situation n’était pas lisible entre les démissions d’élus dont une siège à la CRUN”. Depuis, on a créé une dynamique syndicale. Ne plus être représenté à la chambre ? Dans tous les cas nous étions en minorité. Ça ne nous empêche pas de faire remonter les problèmes. Ce qu’il faudra, c’est la gagner dans quatre ans.”
Vice-président du syndicat, Christophe Gaillat abonde : “Tout le statutaire est à jour, tout a été fait dans les règles et transmis aux autorités. On s’est défendu à Agen devant le président national avec un dossier de près de cent pages. On est passé de 27 adhérents en 2023 à près de 200 aujourd’hui. On est une des CR de France les plus structurées et qui travaille le plus ses dossiers. C’est pour ça que des adhérents nous rejoignent d’autres départements. On veut nous couler parce qu’on a demandé des comptes et pour redonner la CR à d’autres, bien qu’ils aient démissionné. Cette décision est injuste et ne respecte pas l’ensemble de nos adhérents. Notre transparence dérange-t-elle ?” Le référé sera plaidé à Auch le 2 juin.

