À Saint-Céré, l’entreprise RGI France conçoit et fabrique des machines-outils sur mesure, capables d’usiner des pièces de très grandes dimensions. Trois sont destinées à la construction du porte-avions France Libre. Un contrat emblématique pour cette entreprise en forte croissance.
Dans l’un des bâtiments de RGI France, un mécanicien ajuste les derniers réglages d’une machine-outil. C’est la troisième d’une série d’équipements destinés à Naval Group, en charge de la construction du futur porte-avions France Libre. “Nous avons conçu ces machines dans notre bureau d’études intégré. Elles permettront d’usiner des pièces de 8 à 16 mètres d’envergure”, explique Éric Lachat, directeur général. Un savoir-faire de haute précision, indispensable pour des secteurs exigeants comme la défense, le nucléaire ou encore l’aéronautique.

Derrière ces équipements, un travail de longue haleine d’un à trois ans entre la commande et la livraison. “Chaque machine est du sur-mesure, comme de la haute couture industrielle”, résume le dirigeant. Un savoir-faire que l’entreprise, détenue par des actionnaires français, revendique comme une singularité dans un secteur mondialisé, jusque dans son logo aux couleurs tricolores.
Des machines pour construire le futur porte-avions
Le futur porte-avions France Libre, appelé à remplacer le Charles-de-Gaulle d’ici 2038, représente un investissement de 10 milliards d’euros et mobilise près de 400 entreprises. Dans cette chaîne industrielle complexe, la petite moyenne entreprise (PME) RGI France joue un rôle clé de fournisseur de machines-outils, utilisées ensuite pour fabriquer les pièces du navire. “Nous ne fabriquons pas directement le porte-avions, mais nous fournissons les moyens de production à ceux qui le construisent, précise Éric Lachat. Nous sommes très fiers de participer à ce grand projet.” Un positionnement stratégique qui permet à cette PME de Saint-Céré de travailler avec de grands donneurs d’ordre, en France comme à l’international.
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Mais dans les ateliers lotois, les projets ne s’arrêtent pas là. À quelques mètres de la machine destinée à Naval Group, d’autres chantiers impressionnants prennent forme. L’un d’eux, en cours d’assemblage, atteindra 100 mètres de long. Il est destiné à la SNCF pour la fabrication de rails. Un autre équipement est conçu pour Michelin, afin de produire des enjoliveurs. À l’inverse, deux machines géantes sont en cours de démontage. Chacune dépasse les 150 tonnes. “Il faudra 11 camions pour transporter une seule machine”, souligne Éric Lachat. “Elles seront acheminées en Grèce pour un industriel lié au secteur de l’armement”. Un ballet logistique à la hauteur de ces équipements hors normes.
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Une industrie de pointe en territoire rural
L’histoire de RGI France est aussi celle d’un redémarrage. En 2016, l’ancienne société RGI est liquidée. Une nouvelle équipe reprend alors l’activité. “On a repris l’actif et neuf salariés pour repartir”, se souvient le directeur général. Dix ans plus tard, l’entreprise a bien changé. Plus de 40 salariés aujourd’hui, auxquels s’ajoutent 18 employés dans la société voisine FGD, rachetée en 2023. Cette dernière permet de sécuriser une partie de la production en interne. RGI France a investi dans un nouveau bâtiment de 1 000 m², intégrant bureaux et hall de montage. En 2025, la PME a réalisé un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros.

Malgré un carnet de commandes bien rempli, l’entreprise se heurte à un obstacle majeur : le recrutement. “Notre principale difficulté de croissance, ce n’est pas de trouver des clients, c’est de trouver des salariés”, insiste Éric Lachat. Automaticiens en commande numérique, mécaniciens monteurs, techniciens itinérants, les profils recherchés sont techniques et rares, d’autant plus en zone rurale. Les contraintes du métier, avec des déplacements fréquents à l’international, compliquent encore les embauches. Aujourd’hui, RGI France fait appel à des prestataires pour compléter ses équipes. Une solution coûteuse et imparfaite. “Nous cherchons à nous agrandir, alors montez à bord”, insiste le dirigeant.
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Installée à Saint-Céré, l’entreprise incarne une industrie de haute technicité loin des grandes métropoles. Ses clients sont répartis dans le monde entier. En Europe, aux États-Unis, en Inde, au Mexique ou encore en Thaïlande. Mais son ancrage local reste fort. “Notre valeur, ce sont nos équipes”, insiste Éric Lachat. Entre ambitions industrielles et contraintes territoriales, RGI France trace sa route. Désormais, une partie de son savoir-faire s’inscrit dans l’histoire du futur fleuron de la marine française.

