Edouard Geffray, ministre de l’Éducation Nationale, évoque pour La Dépêche du Midi la baisse démographique qui pourrait permettre de diminuer le nombre d’élèves par classe, mais aussi le nombre de professeurs recrutés. Entretien.
La baisse de la démographie, c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle selon vous ?
Pour le pays, c’est une mauvaise nouvelle. Tout notre système social, économique, de santé… repose sur une démographie qu’on peut qualifier de dynamique, c’est-à-dire au minimum stable. Or, nous avons perdu 25 % de naissances en 15 ans – en 2025, on compte 25 % de naissances de moins qu’en 2010. Ce n’est pas une bonne nouvelle collective. Maintenant, pour l’Education nationale, l’enjeu est de transformer cette mauvaise nouvelle en opportunité pour améliorer le système scolaire et le niveau de nos élèves.
Le nombre d’élèves par classe, qui est le souci constant de ces dernières années, va donc pouvoir diminuer. Est-ce que ça va être le cas ?
Le nombre d’élèves par classe a déjà substantiellement baissé depuis 2017, et pour cause : nous avons perdu 600 000 élèves et créé 16 500 postes d’enseignants en parallèle. Nous sommes passés de 23 élèves par classe à 21, en moyenne, dans le 1er degré. Et cela va bien sûr continuer.
Mais on reste le pays en Europe où le nombre d’élèves par classe est le plus élevé.
Les autres pays d’Europe sont plutôt entre 19 et 19,5 élèves par classe parce qu’ils ont connu une baisse démographique entamée il y a déjà 20 ou 30 ans. Pour être tout à fait fiable, on devrait comparer la France de 2025 avec l’Italie de 1980. C’est la dernière fois que les Italiennes ont eu 1,6 enfant par femme, comme les Françaises aujourd’hui.
Les sureffectifs sont quand même un problème ce qui a amené Jean-Michel Blanquer à diviser notamment les classes de CP…
C’est vrai, et cette réforme a produit des effets. S’il ne faut pas faire de la question des effectifs l’alpha et l’oméga de la réussite scolaire, il faut bien sûr profiter de l’opportunité démographique pour baisser le nombre d’élèves par classe.
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Est-ce que vous vous êtes fixé un objectif ?
Il faudrait qu’on arrive à se rapprocher progressivement de la moyenne de nos pays voisins au cours des prochaines années, autour de 19 élèves par classe. Mais une moyenne ne dit pas tout, car il y a des endroits où on a 8 ou 9 élèves par classe, et d’autres classes à 25, 26, voire parfois 27 élèves. La priorité est donc à la fois de limiter autant que possible les fermetures de classes, et de mettre des effectifs là où nous avons encore des classes très chargées.
Cette baisse de la démographie est aussi une opportunité en termes budgétaire car vous allez recruter moins d’enseignants. Combien de suppression de postes seront prévues dans le budget 2 027 ?
Le budget 2027 est en cours de discussion. Pour 2026, avec une baisse de près de 1,3 % du nombre d’élèves, nous avons une baisse de 0,5 % du nombre de professeurs. À mon sens, il faut éviter deux écueils. Le premier consiste à dire qu’on suit parfaitement la démographie, c’est-à-dire qu’on fait une règle de trois : 150 000 enfants en moins égale tant de professeurs de moins. Cela reviendrait à fragiliser tout le système, sans faire baisser le nombre d’élèves par classe.
L’autre écueil, c’est celui que proposent certains aujourd’hui : recruter toujours autant de professeurs pour faire baisser très vite le nombre d’élèves par classe. Mais si nous faisons cela, d’ici 6 ou 8 ans, nous connaîtrons une crise de recrutement car nous n’aurons plus besoin de recruter autant de professeurs. L’idée que je défends est celle d’un entre-deux, c’est-à-dire que chaque année, on baisse le nombre d’élèves par classe, mais on accepte aussi qu’il puisse y avoir un peu moins de professeurs.
Vous avez d’ores et déjà annoncé qu’il y aurait des fermetures de classes. Ce n’est pas la même chose dans les grandes villes et dans les zones rurales. Allez-vous préserver ces dernières ?
D’abord, on ne ferme pas d’école sans l’accord du maire. C’est un engagement réaffirmé. Deuxième chose, il est évident que ça n’a pas le même effet de fermer une classe à Paris et de fermer une classe dans un petit village rural parce que d’un côté, j’ai une offre scolaire très dense, et de l’autre non. Le troisième élément, qui est le plus important à mes yeux, c’est qu’il nous faut renouer avec l’idée que l’école est un élément d’aménagement du territoire.
Dans le Grand-Est, la Meuse perd des habitants depuis un siècle. Ce que je souhaite, c’est que nous inversions la logique, pour partir des besoins, de ce que devrait être l’implantation scolaire sur le terrain, pour en déduire après les moyens nécessaires. C’est une vraie révolution. Nous allons sélectionner une quinzaine de départements, à titre expérimental, pour que les acteurs locaux construisent ensemble leur carte scolaire au regard des effectifs et des contraintes de transport, notamment.
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Peut-on dire qu’il y aura toujours une école à moins de 20 km d’un autre village ?
Il ne faut pas forcément raisonner en termes de distance, mais plutôt d’accessibilité globale. 20 km à la montagne, cela peut représenter un temps considérable. Nous devons maintenir l’accessibilité de l’école publique pour tous. C’est précisément pour cette raison que nous devons prendre l’engagement de ne pas être dans une logique purement mathématique sur le maillage territorial. Le sujet, c’est de continuer à faire vivre le contrat social qui existe dans notre pays, selon lequel l’École est un service public de proximité. Si telle école est un élément vital de son territoire, ça implique de la laisser ouverte, même si elle a peu d’élèves.
Vous disiez au début de notre entretien que cette baisse était une mauvaise nouvelle pour la France. Emmanuel Macron avait appelé à un réarmement démographique. Est-ce qu’on peut en conclure aujourd’hui que c’est un échec ?
Le président de la République a été le premier à tirer la sonnette d’alarme. Nous venons de mettre en place le congé de naissance et le plan de lutte contre l’infertilité, mais les effets produits ne seront pas visibles avant quelque temps. Après, l’autre élément auquel je crois, c’est que c’est une question d’espoir collectif. Je rencontre des gens qui autour de moi me disent « moi, je ne veux pas d’enfants parce que je n’ai pas envie qu’ils grandissent dans ce monde-là ».
J’ai envie de répondre : la France reste quand même l’un des pays les plus merveilleux du monde. Nous avons une École qui tient la route, même si tout n’est pas parfait. Nous avons la chance d’être dans un pays où tous les jours, on peut innover, grandir, s’épanouir, se cultiver, s’intégrer, etc. Dans la vie, il vaut toujours mieux miser sur l’espoir que sur le désespoir. Et il vaut donc toujours mieux miser sur l’avenir. Ceux qui veulent avoir des enfants peuvent le faire en toute confiance.
Donc on pourrait peut-être être amenés un jour à recruter à nouveau plus de professeurs ?
C’est mon vœu le plus cher : que les gens aient à nouveau plus d’enfants s’ils en ont envie, qu’ils soient heureux d’en avoir. Et que derrière, on puisse effectivement se remettre à recruter plus de professeurs. D’où le fait, comme je l’évoquais, qu’il ne faut surtout pas casser la machine par une crise de recrutement dans quelques années. C’est aussi croire en l’avenir, et donc en notre jeunesse.

