Un bateau dans le Golfe persique près de la côte de Charjah, aux Emirats arabes unis, près du détroit d’Ormuz, le 13 avril 2026. AFP
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L’Iran a annoncé ce vendredi 17 avril rouvrir « entièrement » le détroit d’Ormuz, corridor maritime essentiel pour le commerce des hydrocarbures dans le monde, tant que durera la trêve au Moyen-Orient, au moment où le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban se met en place, suscitant un prudent espoir de paix dans la région. L’annonce de Téhéran, saluée par le président américain Donald Tump, a été accueillie par une baisse de 10 % du prix du pétrole et un rebond des Bourses européennes, après cinq semaines de guerre dévastatrices pour l’économie mondiale.
• L’Iran annonce rouvrir le détroit d’Ormuz
« En lien avec le cessez-le-feu au Liban, le passage de tous les navires commerciaux par le détroit d’Ormuz est déclaré entièrement ouvert pour la période restante du cessez-le-feu », a écrit ce vendredi sur le réseau X Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne.
Les mouvements des navires militaires « restent interdits », a précisé un haut responsable militaire iranien, cité par la télévision d’Etat Irib. « Seuls les bâtiments civils peuvent le franchir par les passages désignés et avec la permission de la marine des gardiens de la révolution », l’armée idéologique de la République islamique.
• Trump affirme que l’Iran ne va « plus jamais fermer » le détroit
« Merci ! », a immédiatement répondu le président américain dans une série de messages sur son réseau Truth social, affirmant unilatéralement que la République islamique s’était engagée à « ne plus jamais fermer » le détroit, par lequel transite en temps normal un cinquième des hydrocarbures de la planète. « Ce ne sera plus utilisé comme arme contre le monde ! », a-t-il ajouté.
Le locataire de la Maison-Blanche a aussi affirmé que le régime de Téhéran retirait toutes ses mines marines du corridor avec l’appui des Etats-Unis, sans toutefois fournir de détails. « L’Iran, avec l’aide des Etats-Unis, a retiré, ou est en train de retirer toutes les mines marines ! Merci ! », a-t-il déclaré dans un court message sur sa plateforme Truth Social.
Mais le président américain a précisé que le blocus par les Etats-Unis des ports iraniens demeurerait « totalement en vigueur, en ce qui concerne l’Iran seulement » jusqu’à la fin des négociations.
• « Un pas dans la bonne direction », se réjouit le secrétaire général de l’ONU
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a salué cette réouverture du détroit, y voyant « un pas dans la bonne direction », a indiqué à la presse son porte-parole Stéphane Dujarric.
« La position des Nations unies reste claire : il faut que le rétablissement total des droits et liberté de navigation internationaux dans le détroit d’Ormuz soit respecté par toutes les parties », a-t-il ajouté, espérant que la réouverture de la voie maritime cruciale contribuera, avec le cessez-le-feu, à « créer de la confiance entre les parties ».
• Une « mission neutre » de sécurisation du détroit
Pendant ce temps à Paris, plusieurs pays « non-belligérants » se sont dits prêts, lors d’une conférence autour d’Emmanuel Macron et Keir Starmer, à « une mission neutre » de sécurisation du détroit d’Ormuz. Donald Trump a aussitôt rejeté les propositions « d’aide » de l’Otan, qui pourtant ne participait pas à la visioconférence, jugeant que « la situation sur le détroit d’Ormuz » était désormais « terminée ».
Le président français et le Premier ministre britannique ont organisé cette conférence, rejoints à l’Elysée par le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre italienne Giorgia Meloni. En tout, 49 pays ont participé, dont une trentaine au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, la plupart à distance. Ils ont évoqué « la mise en place d’une mission neutre, bien distincte des belligérants, afin d’accompagner et sécuriser les navires marchands qui transiteront dans le Golfe », a déclaré Emmanuel Macron.
« Plus d’une douzaine de pays » ont déjà proposé de contribuer à une telle force « pacifique et défensive », a précisé à ses côtés Keir Starmer, annonçant une réunion de « planification militaire » la semaine prochaine à Londres pour dévoiler « plus de détails » sur sa « composition ».
Outre les Européens, le président sud-coréen Lee Jae-myung a participé à cette réunion, ainsi que d’autres Etats asiatiques, comme la Chine et le Japon, ou du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite et le Qatar, mais à un niveau ministériel ou inférieur. Les Américains n’ont pas été conviés, car Emmanuel Macron insiste pour que toute future mission se tienne à l’écart des « belligérants » de la guerre lancée fin février par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, qui a riposté en bloquant de facto le détroit d’Ormuz.
Le chancelier Merz a toutefois jugé « souhaitable » une participation américaine à la mission, jugeant que cette guerre ne devait « pas devenir un test de résistance pour les relations transatlantiques ».
• Des tractations en cours, un accord « très proche » selon Trump
En parallèle, les tractations se poursuivent, sous l’égide du Pakistan, pour organiser une deuxième session de négociations entre Téhéran et Washington, après la première à Islamabad le week-end dernier. L’Iran exigeait une trêve au Liban comme condition à ce second cycle.
Donald Trump a assuré vendredi à l’Agence France-Presse qu’il n’y avait pas de « points de blocage » entre les Etats-Unis et l’Iran pour conclure un accord de paix, ajoutant que ce dernier était « très proche ». « On dirait que cela va être très positif pour tout le monde. Et nous sommes sur le point de conclure un accord », a-t-il déclaré lors d’un bref entretien téléphonique depuis Las Vegas.
Interrogé sur la raison pour laquelle il n’avait pas encore annoncé d’accord après ces messages optimistes, Donald Trump a répondu qu’il souhaitait d’abord un accord écrit. « Je veux que ce soit mis par écrit », a-t-il dit.
L’accord en vue avec Téhéran n’est toutefois pas lié à celui entre Israël et le Liban, a précisé Donald Trump. C’est en tout cas la première fois depuis le début des frappes israélo-américaines sur l’Iran, le 28 février, que les armes se taisent sur l’ensemble des fronts de la guerre.
De nombreux déplacés en profitaient vendredi pour regagner leurs foyers, dans le sud du Liban ou la banlieue sud de la capitale Beyrouth, ignorant les avertissements du gouvernement israélien. Selon ce dernier, « l’opération » contre le Hezbollah n’est pas terminée et les Libanais devront à nouveau quitter ces zones « si les combats reprennent ». Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a par ailleurs pronostiqué que le démantèlement du mouvement « ne serait pas atteint demain ». Jeudi, il avait averti que l’armée de l’Etat hébreu resterait présente au Liban, pendant la trêve, dans une bande de 10 kilomètres de profondeur depuis la frontière.

