April 17, 2026

"J’étais là pour travailler, pas pour servir de cobaye !" Blessé par une vitre, un employé mal équipé obtient gain de cause

l’essentiel
Une vitre de 75 kg, une blessure grave et des manquements pointés du doigt : à Auch, un employeur a été condamné au tribunal de police après l’accident d’un salarié survenu en période d’essai. Récit.

Le jeudi 23 mai 2024, Léo* achève sa journée de travail à Pujaudran. Cet employé de l’entreprise Aston déplace une grande vitre pesant 75 kg. Elle glisse. Entaille profondément le bras et la main. La journée de travail de Léo s’achève à l’hôpital de Purpan à Toulouse.

Ce vendredi, le bras toujours en écharpe, la main enserrée dans une attelle, il était présent au tribunal de police d’Auch pour obtenir réparation. Son ancien employeur doit répondre de blessures involontaires avec incapacité n’excédant pas trois mois, dans le cadre du travail.

Sécurité en question

En face de lui, le directeur général de l’entreprise est appelé par le président du tribunal, Gauthier Merelle, à expliquer la gestion de la sécurité dans le quotidien des salariés.

Léo n’était qu’en période d’essai, mais le dirigeant l’assure, il avait été reçu en entretien pour lui expliquer les consignes de sécurité, le matériel, les méthodes. Tout à l’oral. En tant que chauffeur-manutentionnaire, il doit aussi porter des charges. “On lui a dit comment s’y prendre, explique le directeur. Mais son frère travaille dans l’entreprise, et lui-même avait travaillé chez Amazon.” Les méthodes de manutention lui étaient donc familières.

Mais des plaques de verre coupantes de 2 mètres sur 2 mètres pesant 75 kg ne s’achètent pas sur Amazon. Et les monter dans des escaliers n’a rien d’évident. Surtout quand on est embauché depuis dix jours à peine.

“Je suis venu faire mon deuil”

Le tribunal va s’attacher à comprendre de quels équipements et de quelle formation pouvait bénéficier Léo dans l’exécution de sa tâche.

Aucun document n’existe. L’entreprise possède l’équipement adéquat : il y a une différence entre des gants destinés à la manutention d’objets coupants et des gants standards. Mais selon les fiches de dotation de matériel exhibées par l’avocate de Léo, Me Dormières, celui-ci n’avait ni ventouses, ni gants spéciaux, ni chariot, ni manchon.

Son employeur, qui a subi également un contrôle de l’inspection du travail, a révisé les procédures a posteriori. Léo, lui, vit très mal la situation. “J’étais là pour travailler, pas pour servir de cobaye !” Il explique ne plus pouvoir s’habiller seul, faire du sport. “Je suis handicapé à vie…” L’audience est pour lui un moyen de faire son deuil de sa vie “d’avant”.

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L’avocate de la société, Me Manceau, tente de faire valoir qu’un gant de sécurité n’aurait pas empêché la plaque de glisser.

Mais le tribunal, avec des mots assez durs, partage les conclusions de la procureure : l’employeur est coupable de manquements, en n’ayant pas fourni les équipements et outils adaptés, ni la formation suffisante pour une tâche aussi spécifique.

Outre une amende de 6 000 €, sans sursis contrairement à la demande du ministère public, l’entreprise est condamnée à verser 1 000 € de dommages et intérêts à Léo.

*Le prénom a été modifié

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