April 14, 2026

Sa boulangerie est rentable, mais il n’arrive pas à la vendre depuis trois ans : "Aujourd’hui, on travaille pour rien, ou presque"

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À Rouillé, dans la Vienne, un boulanger peine à vendre son commerce depuis trois ans, malgré une activité rentable. Faute de repreneur, il se heurte à un désintérêt croissant pour un métier exigeant, fragilisé par la hausse des charges et les contraintes du quotidien.

Guillaume Auger se retrouve dans une impasse devenue de plus en plus fréquente dans l’artisanat : vendre son entreprise. Depuis 2023, ce boulanger de 46 ans, installé dans la Vienne, tente de céder l’une de ses deux boutiques, sans succès, malgré des comptes solides et une activité pérenne, comme il le raconte au Parisien.

Installé depuis quatorze ans dans la commune de Rouillé, 2 800 habitants, l’artisan a pourtant développé son affaire. Le chiffre d’affaires a doublé depuis son rachat et atteint aujourd’hui environ 350 000 euros. Le fonds de commerce est proposé à 180 000 euros, avec un matériel entretenu et un potentiel de progression estimé entre 10 et 20 %. Sur le papier, tous les indicateurs sont au vert.

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Mais les candidats ne se bousculent pas. “J’ai eu quelques visites de personnes intéressées mais je n’ai reçu aucune offre à la hauteur”, constate-t-il auprès de Ouest-France. Une situation d’autant plus frustrante qu’elle l’empêche de faire évoluer comme il le voudrait sa situation personnelle : remarié et père de deux enfants, Guillaume Auger souhaite lever le pied pour consacrer davantage de temps à sa famille et rejoindre sa compagne dans une autre boulangerie.

Des charges trop lourdes

Derrière cette difficulté à vendre, c’est tout un modèle qui semble s’essouffler. Le métier de boulanger, exigeant, attire moins les jeunes générations. Les horaires restent contraignants – journées débutant à 3 heures du matin, semaines pouvant atteindre 90 heures – et les responsabilités importantes, notamment en matière de gestion d’équipe.

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À ces contraintes s’ajoute une pression économique croissante. Les hausses des coûts de l’énergie, des matières premières, des salaires et des charges sociales réduisent les marges. “Aujourd’hui, on travaille pour rien, ou presque”, résume le boulanger. Dans ces conditions, le passage du statut de salarié à celui de chef d’entreprise apparaît moins attractif, y compris pour des professionnels qualifiés.

Les rares offres reçues illustrent ce décalage. Certaines propositions tournent autour de 60 000 euros, loin du prix affiché. “On voudrait que je brade ? Franchement, ça serait un crève-cœur”, confie-t-il.

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Sa situation dépasse le cas individuel. Dans la Vienne, environ 70 % des boulangeries seraient actuellement en vente, affirme-t-il. À l’échelle nationale, la transmission des commerces artisanaux devient un enjeu majeur, en particulier dans les zones rurales, où les fermetures peuvent rapidement fragiliser le tissu local.

Face à l’absence de repreneur, Guillaume Auger envisage désormais toutes les options. L’hypothèse d’une cession à prix cassé, voire d’un abandon, n’est plus écartée. “Il faudra peut-être que je la donne ?”, conclut-il amèrement.

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