April 9, 2026

RECIT. Procès Bettencourt : "Il y a 57 lésions traumatiques"… La salle d'audience pétrifiée par les violences subies par Isabelle Gabens

l’essentiel
Suspendu le matin, relancé l’après-midi : le procès Bettencourt a vacillé avant de plonger dans le cœur du dossier. Les experts ont décrit, devant une salle pétrifiée, les violences subies par Isabelle Gabens dans la nuit du 13 mars 2023.

Coup de théâtre, ce jeudi 9 avril 2026 matin, au deuxième jour du procès de Sébastien Bettencourt. L’homme est jugé depuis hier pour le meurtre de son épouse, Isabelle, précédé d’actes de torture et de barbarie commis le 13 mars 2023 à Lamothe-Capdeville. À 9 heures, lorsque la cour d’assises de Tarn-et-Garonne devait reprendre, une agitation inhabituelle gagne la salle Olympe‑de‑Gouges.

L’absence qui suspend tout

Dans les couloirs, les allées et venues se multiplient. Greffiers, magistrats, robes noires pressées : quelque chose ne tourne pas rond. À l’écart, la présidente de la cour d’assises, Marie Leclair, attend. Tous les regards convergent vers la même absence : celle de Me Morgane Morin. La nouvelle finit par tomber, sèche. L’avocate a été hospitalisée dans la nuit à Toulouse. Elle ne sera pas là. Dans le box, Sébastien Bettencourt reste sans défense. Juridiquement, l’audience ne peut pas s’ouvrir. La mécanique judiciaire, soudain, se grippe.

Après de brèves concertations, la présidente annonce un report à 14 heures, en accord avec les parties civiles — Mes Fabien Arakélian, Marion Gourdet et Valérie Durand — et l’avocat général Bruno Sauvage. Un renvoi complet ajournerait le procès à 2027 : personne ne veut de cette perspective. Le procès jamais fini d’Éric Galo, accusé du double meurtre d’Émilie Gayrard et de Laura Macloud, est dans toutes les mémoires.

L’accusé a fait un aller – retour dans la matinée de la maison d’arrêt au tribunal de Montauban
L’accusé a fait un aller – retour dans la matinée de la maison d’arrêt au tribunal de Montauban
DDM – MANUEL MASSIP

Dans la salle, il faut prévenir. Expliquer à la famille Gabens. Prévenir les deux aînées du couple, présentes. Nouvelle attente. Nouvelle suspension. L’accusé est reconduit à la maison d’arrêt de Beausoleil.

L’avocate revient, les débats s’ouvrent enfin

À 14 heures, l’audience peut finalement reprendre, Me Morgane Morin ayant regagné la cour après sa prise en charge médicale. La présidente relance immédiatement les débats : on entre dans le cœur du dossier, sans transition.

La Dr Bascou, légiste à la clinique des Cèdres, s’avance. La présidente invite les jurés à se lever, à venir derrière elle pour regarder la photo d’Isabelle avant l’autopsie. Un mouvement lent, presque cérémoniel. Puis les visages se ferment. Certains grimacent. D’autres détournent les yeux. Le silence tombe, lourd, compact.

La légiste décrit deux plaies au thorax, faites au couteau, ayant sectionné les poumons. Puis l’écrasement de la gorge par strangulation manuelle. Et vient la partie la plus insoutenable. “Il y a treize plaies dans la sphère génito‑anale avec un objet contondant (non tranchant), produites avant le décès et provoquant une hémorragie massive.”

Dans le box, Bettencourt se recroqueville, le cou rentré dans les épaules, les yeux rivés au sol.

La présidente interroge : “Des plaies de cette nature, c’est courant dans votre activité ?

— Pas du tout, surtout jusque dans la cavité abdominale par le vagin, et d’au moins dix centimètres, jusqu’au rectum.”

La salle retient son souffle.

La présidente poursuit : “Par la suite, l’accusé a évoqué avoir commis ces pénétrations avec son poing et son bras.”

Me Arakélian enchaîne : “Ces plaies peuvent‑elles à elles seules provoquer la mort ?”

— Oui. Mais l’agonie est plus longue. Cela reste une urgence vitale, confirme la praticienne.

— Ce sont des lésions responsables de douleurs importantes ?, insiste l’ex‑bâtonnier des Hauts‑de‑Seine.

— C’est une scène d’une extrême violence.”

57 lésions : l’avocat général décompte l’innommable

L’avocat général Bruno Sauvage prend la parole, méthodique : “Il y a 57 lésions traumatiques.” C’est trop pour la mère de l’accusé, qui quitte la salle.

Avant la projection de la photo prise par les pompiers à leur arrivée, les premiers sur la scène de crime, sur les grands écrans de la salle d’audience, les deux aînées d’Isabelle sortent, accompagnées de leur grand‑mère Michèle Tataryn et de leur oncle Pierre Gabens. Le cliché est insoutenable : visage méconnaissable, tuméfié, poitrine ouverte par une plaie béante.

“Quelle a été la durée de survie avant les coups de couteau et la strangulation ?” demande la présidente. “Plusieurs minutes au moins”, indique la Dr Bascou. L’experte anatomopathologiste, la Dr Céline Guilebeau‑Frugier, précise plus tard par visioconférence : “environ dix minutes”.

Interrogé sur ces éléments, Sébastien Bettencourt livre d’un trait sa version sans émotion. “Une grosse partie des actes décrits, je ne les ai pas en mémoire… Même si j’assume tout ce qui a été dit. Je n’avais pas tous ces détails.”

Il se rassoit, minuscule dans le box.

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