April 9, 2026

TÉMOIGNAGE. "Les petits villages se meurent" : dans cette petite commune du Tarn, une salariée lance un appel aux clients pour la survie du commerce rural

l’essentiel
Un commerce subit une baisse de fréquentation et des charges en hausse à Fréjairolles (Tarn). Face à cette situation, une employée tente de sensibiliser les clients pour faire vivre la boutique.

À Fréjairolles, la baisse de fréquentation et “les charges qui flambent” mettent en péril l’équilibre du commerce rural. “Ce n’est pas un appel au secours”, prévient d’emblée Sylvie André-Barrau, employée à temps partiel chez Mélo Market. “C’est un appel à la prise de conscience. Parce que l’épuisement pointe le bout de son nez.” Sur les réseaux sociaux, cette quinquagénaire a choisi d’alerter sur la situation de la boutique multiservice de cette commune tarnaise d’environ 1 350 habitants.

Dans sa publication, elle décrit une scène devenue banale. “Beaucoup ne viennent que pour retirer un colis”, observe-t-elle, tout en rappelant l’engagement constant de l’équipe : “Vous êtes accueillis avec le même sourire et la même énergie positive que si vous faisiez un achat.” Puis vient la question, posée sans détour aux habitants : “En 2025, 62 % des territoires ne disposeront d’aucun commerce. Vous avez la chance d’avoir le vôtre. Mais pour combien de temps encore ?” En filigrane, l’employée estime que c’est avant tout aux clients de faire tourner la boutique. “Qui de mieux que vous pour soutenir ce lieu ?”

Un message qui a trouvé écho

À l’origine de cette démarche, une conversation qui marque un tournant. “Un jour, nous avons échangé au téléphone”, raconte Sylvie André-Barrau, en évoquant la gérante, Sylvie Dubusset. “Elle me disait qu’elle ne comprenait pas pourquoi cela ne fonctionnait pas. Pourtant, elle fait tout. Alors j’ai partagé ça sur le coup de l’émotion.”

Sylvie Dubusset avec un client.
Sylvie Dubusset avec un client.
DDM – Emilie Cayre

Et selon elle, le message semble avoir trouvé un écho. “Il y a eu des répercussions”, constate-t-elle. “Peut-être pas énormes, mais suffisantes pour que certains se réveillent un peu.” Une initiative saluée par la patronne de l’établissement. “J’ai trouvé ça super. C’est tout à son honneur et c’est elle qu’il faut mettre en valeur”, insiste Sylvie Dubusset. Mais de son côté, le constat aussi est sans détour : “Les petits villages se meurent, et c’est bien triste.”

Multiplication des services

D’autant plus qu’ici, le commerce ne se limite pas à la vente. Il incarne un lieu d’échange, et même de présence indispensable pour certains habitants. “Parfois, je suis la seule personne que certains seniors voient dans la journée”, confie-t-elle. Et si Sylvie a repris les rênes de cette épicerie il y a treize ans, alors qu’elle était salariée dans le commerce dans le Lot, c’est précisément pour le contact humain. “Je n’aurais pas fait ça dans une grande ville. Pas même à Albi.” Ce qu’elle aime, elle, c’est “l’esprit de la ruralité”.

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Mais pour maintenir cet équilibre, elle a dû multiplier les services : alimentation, tabac, librairie, bar, relais postal et, plus récemment, cashback. Une diversification devenue indispensable pour compenser l’absence d’infrastructures locales. “Il n’y a plus de distributeur ici, par exemple”, souligne-t-elle. Et les clients fidèles, plus encore depuis la publication de ce message sur les réseaux, sont conscients des enjeux.

Sylvie Dubusset est gérante de Mélo Market depuis 13 ans.
Sylvie Dubusset est gérante de Mélo Market depuis 13 ans.
DDM – Emilie Cayre

À l’image de cette femme venue faire ses courses : “Heureusement qu’elle est là. Il y a tout ici, même des bijoux ! C’est important de la soutenir.” Surtout que depuis plus d’une décennie, la patronne ne prend pas de congés. “Je ne ferme que trois jours dans l’année, et c’est pour faire l’inventaire”, précise-t-elle. Même les jours fériés, Mélo Market est ouvert le matin. L’engagement est total, malgré une situation qui devient de plus en plus difficile. Mais pour Sylvie Dubusset, hors de question de se lamenter : “Ah, si on n’aime pas ça, on ne fait pas ce métier…”

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