April 8, 2026

Autoroute A69 : "La peur devait changer de camp"… des chefs d’entreprise pro-autoroute jugés pour une action nocturne contre les opposants

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Plus habitué à juger des opposants, le tribunal correctionnel de Castres devait statuer sur l’action de partisans de l’autoroute entre Castres et Toulouse. Cinq chefs d’entreprise répondaient de dégradations nocturnes et d’intimidations envers des opposants. La justice a mis sa décision en délibéré au 2 juin.

Plus de 250 procédures impliquant plus d’une centaine de personnes. Sur les deux dernières années, l’A69 a largement occupé le tribunal correctionnel de Castres. Mais jusque-là, les magistrats traitaient essentiellement les dossiers d’opposants poursuivis pour violences, dégradations ou entraves au chantier. Pour la première fois, l’institution judiciaire castraise devait juger, ce mardi 7 avril, des partisans de cette autoroute entre Castres et Toulouse. “Jusqu’à présent, les pro-A69 s’inscrivaient dans un cadre légal”, a d’ailleurs fait remarquer la procureure Élodie Buguel. Mais cinq chefs d’entreprise ou cadres dirigeants ont “franchi la limite”. Une “bascule inacceptable” selon le parquet.

Entre les pro et les anti venus aux soutiens des victimes et des auteurs, la salle d’audience était pleine ce mardi 7 avril au tribunal de Castres.
Entre les pro et les anti venus aux soutiens des victimes et des auteurs, la salle d’audience était pleine ce mardi 7 avril au tribunal de Castres.
DDM – Br.M.

Ces “notables” locaux répondaient de trois chefs graves : dégradations en réunion, mise en danger d’autrui par divulgation de données personnelles — une qualification issue de la loi Samuel Paty — et association de malfaiteurs. Ils sont soupçonnés d’avoir, dans la nuit du 24 au 25 juin 2025, apposé des panneaux vindicatifs à chaque rond-point entre Castres et Puylaurens. “Oui à l’A69, non aux voyous”, proclamaient ces affiches arborant une cible, ou listant les “hébergeurs de voyous” avec les noms de propriétaires ayant prêté leurs terrains aux rassemblements militants depuis 2023. Cette nuit-là, les murs et portails de certains domiciles avaient également été tagués en “rouge sang”. Treize victimes se sont portées partie civile, réclamant réparation pour le préjudice moral et les dégâts matériels subis. “Ils ont utilisé les mêmes méthodes d’intimidation que les écoterroristes qu’ils dénoncent”, a fustigé une avocate des plaignants.

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Pour les prévenus, cette action constituait une riposte aux manifestations anti-A69 ayant visé des entreprises locales. À l’approche d’un nouveau rassemblement en juillet, un site internet diffusait alors les coordonnées GPS de plusieurs sociétés ciblées comme des “méchants”. “La peur devait changer de camp”, a justifié Benoît Puech, 48 ans, expliquant avoir entraîné dans l’aventure Frédéric Cenes, 51 ans, élu municipal à Mazamet, et Paul Houlès, 46 ans. L’opération a été menée avec une certaine précaution : plaques d’immatriculation modifiées au ruban adhésif et téléphones portables éteints. “Vous saviez donc que ce que vous faisiez n’était pas bien. En tant qu’élus, vous avez pourtant un devoir d’exemplarité”, a rappelé la présidente Fabienne Karrouz, précisant que certains membres de ce “commando” opéraient cagoulés. Mathurin Castan, 38 ans, identifié sur la vidéosurveillance, a reconnu être présent.

“Il y a trop de non-dits”

L’accusation décrit une action “concertée et organisée”, mettant en cause Guy Bousquet, 67 ans, président de l’association Via 81. Ce chef d’entreprise serait l’instigateur de la réunion préparatoire, selon les conversations WhatsApp extraites par les enquêteurs. “Je ne voulais pas de violences. J’ai senti que je ne maîtrisais pas tout le monde, j’ai donc quitté le groupe”, s’est-il défendu, soulignant son absence lors de la nuit des faits.

Les pro-A69 sont poursuivis pour une action menée en juin.
Les pro-A69 sont poursuivis pour une action menée en juin.
DDM – Br.M.

Si les prévenus ont admis la pose des panneaux, ils ont nié toute participation aux dégradations, refusant de livrer d’autres noms. “Il y a trop de non-dits”, a regretté la procureure. La défense, de son côté, s’est attachée à fragiliser le dossier : “Aucun élément ne permet de dire que nos clients ont participé à ces dégradations”, a plaidé un avocat, rappelant qu’il s’agit du pivot de l’affaire. Concernant la divulgation de données personnelles, un conseil a balayé la qualification criminelle : “Mes clients n’ont jamais volontairement exposé quiconque à un danger imminent. Il s’agit tout au plus d’injures”, a-t-il affirmé.

La procureure a requis des “peines d’avertissement” allant de trois à cinq mois de prison avec sursis. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 2 juin.

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