April 5, 2026

Disparues de l’Aveyron. "Il faut faire toute la lumière sur ce qui s’est passé" : le député Laurent Alexandre adresse une lettre à Gérald Darmanin

l’essentiel
Suite au double homicide d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac, le député La France insoumise de la 2e circonscription Laurent Alexandre a adressé une lettre au ministre de la Justice afin de faire toute la lumière sur cette affaire, remettant au cœur du débat politique le fléau des violences faites aux femmes. Interview.

Suite au double homicide d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac, dont les corps ont été retrouvés au Portugal, vous avez adressé un courrier au ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Dans quel but ?

Laurent Alexandre : Dans cette affaire, il faut faire toute la lumière sur ce qui s’est passé. Y a-t-il eu des dysfonctionnements ? On ne le sait pas encore. Il faut donc éclaircir ces éventuels manquements, s’il y en a eu. Le système de protection des victimes a-t-il été correctement mis en place ? Si ce n’est pas le cas, pour quelles raisons ? Pourquoi, par exemple, le téléphone grave danger n’a-t-il pas été activé ? C’est une question que l’on se pose, tout comme celle du bracelet anti-rapprochement. Il faut comprendre ce qui s’est passé et déterminer s’il y a eu des dysfonctionnements ou non.

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Est-ce que, selon vous, au regard des éléments de l’enquête connus, ce drame aurait-il pu être évité ?

Évité, je ne sais pas. Quand on a affaire à des personnes déterminées à faire du mal, c’est très compliqué de les canaliser. Je ne dirais pas que cela aurait pu être évité, mais peut-être qu’on aurait pu mieux mettre en sécurité ces deux jeunes femmes, au moins l’une d’elles, car elles avaient déjà été harcelées de manière très violente. Il faut donc comprendre tout cela. Et avant toute chose, je veux dire que je m’associe à la douleur des familles et des proches. Je salue également le travail des forces de l’ordre portugaises et françaises, qui ont permis l’arrestation.

En tant que député, vous faites les lois, que préconisez-vous pour empêcher cela ?

Nous avons déjà formulé plusieurs propositions sur ce sujet. Par exemple, la création d’un haut-commissariat dédié à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Nous proposons également une formation complète et obligatoire pour tous les professionnels concernés : police, justice, personnel soignant, Éducation nationale, éducateurs sportifs, etc., afin de prévenir et de répondre efficacement aux violences.

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Il faut aussi allouer un budget suffisant, comme le demandent les associations de lutte contre les violences faites aux femmes. Actuellement, seulement 180 millions d’euros sont accordés, alors que les associations estiment qu’il faudrait 2,6 milliards. Et pour terminer, je veux évoquer un phénomène inquiétant qui monte sur les réseaux sociaux : l’idéologie anti-féministe, ou masculiniste. Quand 17 % des personnes âgées de quinze ans et plus adhèrent à un sexisme hostile (chiffre tiré du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, NDLR), il faut réagir, sanctionner et éduquer les jeunes hommes et les hommes.

Vous citez dans votre lettre l’exemple espagnol, qui a réussi à faire baisser drastiquement les violences faites contre les femmes. Comment ont-ils fait ?

L’Espagne forme les enfants, le personnel hospitalier, judiciaire et les forces de l’ordre. Il y a une véritable éducation et un processus complet de mise en sécurité. De nombreuses mesures y sont mises en œuvre et pourraient nous servir de modèle en France. Mais, comme je le disais, avec seulement 180 millions d’euros, on ne peut pas y arriver.

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Par exemple, lorsqu’un signalement de violences est fait, le tribunal est saisi rapidement. En quarante-huit heures, l’affaire est traitée. Ce sont des procédures très rapides et efficaces, qui permettent d’isoler la personne violente de sa potentielle victime. On parle souvent des violences physiques, mais il y a aussi les violences psychologiques, plus difficiles à détecter et à mesurer. Grâce à ces dispositifs, les victimes potentielles sont mises en sécurité.

Peut-on imaginer des mesures similaires en France et, face à la situation, peut-on imaginer une mobilisation transpartisane de l’Assemblée ?

Effectivement, une proposition de loi transpartisane est possible, et je n’y suis pas opposé. Mais quand on voit, par exemple, le chef de l’État qui, à deux reprises durant cette mandature, a déclaré que la lutte contre les violences faites aux femmes était une grande cause nationale, on constate qu’il ne s’agit que d’un effet d’annonce. Rien de concret n’a suivi, et ce n’est pas suffisant.

C’est pourquoi, avec mes collègues députés de mon groupe, nous avons formulé ces propositions. Nous n’avons jamais lâché ce combat. J’ai rencontré plusieurs associations d’aide aux victimes dans notre département et notre circonscription. Nous allons remettre ce sujet sur la table de l’Assemblée nationale pour faire avancer les choses. En 2024, il y a eu 141 féminicides et 164 en 2025. C’est énorme. Jusqu’où ira-t-on ? Il faut que cela s’arrête rapidement.

La cause est noble, mais dans votre parti, vous n’êtes pas exempt de tout reproche non plus concernant les violences. Un de vos membres a lui-même été condamné pour ce genre de faits…

Je pense savoir à qui vous faites référence. La justice a fait son travail. Et si l’on veut comparer les groupes politiques, malheureusement, aucun n’est exempt d’affaires de ce type. Et je le condamne, soyons clairs. D’ailleurs, la personne dont vous parlez n’est plus députée.

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