La lassitude des commerçants toulousains face aux incivilités grandit. Sollicités jusqu’à quinze fois par jour pour des questions de stationnement, certains affichent désormais leur refus d’informer. Un signe d’un malaise urbain profond.
Épuisée, Sandrine refuse désormais de répondre aux automobilistes égarés… Sandrine, gérante d’une boutique de chocolats dans l’hyper-centre de Toulouse, est à bout de nerfs. Quinze fois par jour, elle doit répondre aux sollicitations des passants, notamment sur les autorisations de stationnement devant son commerce, dont l’espace est pourtant délimité par un large cordon rouge signalant l’interdiction. Face à cette spirale, elle a fini par apposer une affichette sur sa vitrine précisant que “le magasin ne dispose d’aucune information sur le stationnement” et demandant de “ne pas entrer uniquement pour cette requête”.
Désormais, il lui est impossible de répondre à toutes les sollicitations. Cette initiative ne semble pourtant pas porter ses fruits. “Je ne comprends pas cette multiplication de questions, déplore la commerçante. Il y a un cordon et un panneau qui expliquent clairement l’interdiction.” Mais au-delà de la répétition, c’est l’agressivité qui l’use : “Certains m’interrompent violemment alors que je suis en pleine vente avec un client. D’autres s’énervent parce que je ne réponds pas assez vite et vont jusqu’aux insultes. C’est devenu intolérable. Je ne suis pas un pôle d’information et j’ai droit au respect.” Durant les fêtes, elle a même manqué plusieurs ventes à cause de ces interruptions incessantes.
“Tu es Google Maps”
Cette pression est partagée par d’autres professionnels du secteur, bien que les ressentis divergent. Célia, responsable d’une boutique de cosmétiques près du Capitole, tempère : “Je donne parfois des indications, mais cela reste raisonnable et je n’ai pas subi d’incivilités. Je ne l’accepterais pas.”
Pour Dominique, qui travaille dans le textile près de la rue d’Alsace-Lorraine, renseigner fait partie du métier, tant que la courtoisie est de mise. “J’informe tellement les gens que ma collègue m’a longtemps surnommée ‘Google Maps’, s’amuse-t-elle. J’aime aider, il m’arrive même de sortir pour guider des touristes égarés. Le vrai problème n’est pas le renseignement, c’est le manque de respect qui peut surgir à tout moment.”
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Un constat validé par Oumar, triporteur pour “La Gourmandise France” depuis dix ans. Installé près du Capitole, il sert quotidiennement de guide : “On me demande tout : la basilique Saint-Sernin, la pharmacie, la boulangerie… Cela ne me dérange pas, c’est de l’entraide.” Cependant, il note une dégradation du climat social : “Ce qui est insupportable, ce sont les propos désobligeants quand je ne suis pas assez rapide. C’est une tension qui s’aggrave, et elle vient malheureusement plus souvent des autochtones stressés que des touristes.”

