Face à l’envolée des prix à la pompe et aux ruptures de stock localisées, Francis Pousse, président national de la branche Distributeurs Carburants et Énergies nouvelles chez Mobilians, écarte l’idée d’une pénurie immédiate mais alerte sur la fragilité du modèle économique des stations-service de proximité.
La Dépêche du Midi : Face à l’instabilité géopolitique actuelle, quel est l’état réel des stocks stratégiques de carburant en France pour garantir la continuité du transport routier national ?
Francis Pousse* : Pour l’instant, il n’y a pas de problème sur les stocks en France. Tout va bien de ce côté-là. Je précise bien “pour l’instant”, car personne ne peut prédire avec certitude l’évolution de la situation dans deux ou trois mois.
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Pourquoi le diesel est parfois plus difficile à trouver que l’essence ?
En réalité, les ruptures de stock que l’on observe se situent quasi exclusivement chez Total. C’est une conséquence directe de leur politique tarifaire. En proposant des prix très incitatifs, parfois inférieurs à ceux de la grande distribution, ils provoquent un report massif de clientèle. Le revers de la médaille, c’est que la logistique et le dimensionnement des cuves ne sont pas prévus pour un tel afflux. Comme il y a peu de livraisons le week-end, on se retrouve avec des stations à sec dès le dimanche soir.
Que pensez-vous du modèle économique des stations-service indépendantes, notamment en zone rurale ? Est-il condamné par les politiques de prix bas tel que le fait notre pétrolier national ?
Les stations rurales et périurbaines sont déjà dans une situation critique. L’an dernier, les parts de marché de la grande distribution (GMS) ont encore progressé de plus de deux points. Dès que le prix à la pompe dépasse le seuil psychologique des 2 euros, les automobilistes se ruent vers les enseignes les moins chères. Mécaniquement, les volumes de vente des stations indépendantes chutent. Pour la première fois en douze ans de présidence, j’entends des adhérents me dire qu’ils vont arrêter temporairement leur activité. Ils n’ont plus la trésorerie pour acheter le produit et cela leur fait une mauvaise presse auprès de clients qui ne comprennent pas que nos marges, elles, restent fixes.
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Observe-t-on des disparités de prix majeures entre les régions pour un même produit raffiné ?
Normalement non, cela se joue à la marge. Le coût d’accès au produit peut varier de 0 à 3 centimes selon les régions. Mais si vous vous ravitaillez dans un réseau qui n’est ni une grande surface, ni le pétrolier national, vous subissez de plein fouet le prix du marché. Un grossiste indépendant n’a pas les reins assez solides pour offrir des remises ou bloquer les prix. C’est ainsi que l’on peut voir du gasoil à 2,40 €, car c’est la réalité du cours actuel.
Quel est l’impact réel de la fiscalité ? Le gouvernement a-t-il encore des leviers pour baisser les prix sans fragiliser les finances publiques ?
Je ne suis pas là pour protéger l’État, mais il faut être factuel. Entre février et aujourd’hui, la seule recette supplémentaire pour l’État, ce sont les 8 centimes de TVA liés à la hausse. Mais attention : quand la consommation baisse à cause des prix hauts, l’État perd gros. Sur un litre de carburant, il encaisse environ 1 € entre l’accise et la TVA. Si les Français consomment moins, les recettes fiscales s’effondrent. Même si l’État rendait les 8 centimes de TVA, passer de 2,40 € à 2,32 € ne satisferait personne. On voit bien que même des remises de 20 centimes ne calment pas la grogne.
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Pour l’éthanol, il faut d’abord investir dans un boîtier à 1 000 €, et cela ne concerne que les véhicules essence. C’est une option, mais il y en a d’autres, comme le HVO (diesel de synthèse), qui est très vertueux pour l’environnement. Le problème est qu’il coûte actuellement aussi cher que le diesel classique. Ces solutions existent pour faire rouler les moteurs thermiques plus proprement, mais le gouvernement doit s’en emparer pour les rendre compétitives.
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Un mot sur le fioul domestique, dont le prix s’envole également ?
Le prix a effectivement flambé, et comme il est moins taxé que le carburant routier, la hausse est encore plus visible sur la facture finale. Mon conseil est de ne pas se précipiter pour remplir les cuves en cette fin de période de chauffe. Si vous en avez besoin, commandez le minimum nécessaire. Il faut espérer que d’ici l’automne prochain, nous serons revenus à des tarifs plus acceptables.

