Beyrouth, le 13 mars 2026 : les destructions provoquées par une frappe israélienne dans le quartier de Bachoura ANKHAR KOCHNEVA/ZUMA/SIPA
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Le 28 février 2026, les Etats-Unis rompaient leurs négociations avec l’Iran en lançant l’opération « Epic Fury ». En collaboration avec Israël, cette attaque massive a abouti dès les premières heures de frappe à la mort du Guide Suprême Ali Khamenei, censément remplacé depuis lors par son fils Mojtaba Khamenei qui n’est toutefois pas réapparu en public. Un mois plus tard, alors que le conflit a enflammé la région, provoqué l’affolement des marchés énergétiques mondiaux et qu’il semble s’enliser sans issue claire, « le Nouvel Obs » fait le point sur la situation militaire, diplomatique et économique.
• Combien de temps le conflit va-t-il durer ?
Pour le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, vendredi 27 mars, les objectifs de guerre de Washington en Iran pourraient être atteints dans « les deux prochaines semaines ». Et ce, sans l’envoi de troupes au sol.
« Quand nous en aurons fini avec eux, dans les deux prochaines semaines, ils seront plus affaiblis qu’ils ne l’ont été dans l’histoire récente », a affirmé le ministre américain à des journalistes à l’issue d’une réunion du G7 près de Paris.
Marco Rubio a aussi estimé que les Etats-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l’envoi de troupes au sol. Alors que, selon le « Wall Street Journal » et le site d’informations Axios, Washington envisage d’envoyer au moins 10 000 soldats supplémentaires dans la région.
L’émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui dit avoir l’espoir de tenir des discussions dans la semaine avec l’Iran. « Nous pensons qu’il y aura des réunions cette semaine, nous l’espérons vraiment », a-t-il déclaré lors d’un forum d’affaires à Miami, alors que Téhéran a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’entendait pas négocier avec les Etats-Unis.
• Jusqu’où la guerre va-t-elle s’étendre ?
La guerre compte depuis samedi un nouveau belligérant : les rebelle houthis au Yémen ont annoncé avoir visé des « sites militaires sensibles » en Israël. L’armée israélienne a confirmé avoir activé sa défense antiaérienne après avoir « identifié le tir d’un missile depuis le Yémen ».
En plus de bloquer le détroit d’Ormuz, l’Iran poursuit ses frappes de riposte, en Israël, où des explosions ont à nouveau été entendues ce samedi 28 mars à Jérusalem après une alerte aux missiles, et à travers le Golfe.
Le port omanais de Salalah, situé à l’extérieur du détroit d’Ormuz sur la mer d’Arabie, a été évacué ce samedi après une attaque de drones. Ses opérations ont été suspendues pour 48 heures, d’après l’armateur danois Maersk.
L’aéroport international de Koweït a lui aussi été frappé par des drones, qui ont provoqué d’importants dégâts, selon les autorités.
L’armée iranienne a par ailleurs dit avoir pris pour cible un dépôt de systèmes antidrones ukrainiens aux Emirats arabes unis, une information que l’Ukraine a démentie.
« Aux pays de la région : si vous aspirez au développement et à la sécurité, ne laissez pas nos ennemis mener la guerre depuis votre territoire », a averti le président iranien Massoud Pezeshkian, sur X.
En cas d’invasion américaine, Téhéran a menacé d’ouvrir un « nouveau front », dans le détroit de Bab el-Mandeb qui permet d’accéder à la mer Rouge et au canal de Suez depuis l’Asie, selon l’agence iranienne Tasnim.
• De nouvelles cibles non militaires ?
Les frappes sur les infrastructures pétrolières iraniennes, le 8 mars, ont marqué une escalade dans le conflit. Le 21 mars, de nouvelles installations pétrolières, ainsi que des sites de désalinisation d’eau de mer, ont été frappés en Iran. Téhéran a répliqué dimanche 22 mars en annonçant viser les infrastructures énergétiques et les usines de dessalement d’eau dans la région si Donald Trump mettait à exécution ses menaces : le président américain menace de frappe sur les centrales électriques iraniennes si le détroit d’Ormuz n’est pas rouvert. L’armée iranienne a menacé de viser les infrastructures « énergétiques, de technologie de l’information et de dessalement d’eau » dans la région.
Donald Trump a repoussé jusqu’au 6 avril son ultimatum. Les Gardiens de la révolution, armée idéologique de l’Iran, ont empêché vendredi trois porte-conteneurs de franchir le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures, en affirmant que le passage était fermé aux navires en provenance ou à destination de ports « liés à l’ennemi ».
• Quel impact sur l’économie ?
« C’est un nouveau choc pétrolier ! » Si le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a tempéré sa déclaration dans un second temps, il a semé l’inquiétude, mardi 24 mars, lorsqu’il a évoqué en ces termes la guerre au Moyen-Orient. La formule rappelle la multiplication par quatre du prix de l’or noir en 1973, lorsque les grands pays producteurs, membres de l’Opep, avaient réduit leurs livraisons vers l’Occident pour sanctionner le soutien des Etats-Unis à Israël durant la guerre du Kippour. Une crise économique majeure commence alors : inflation galopante, récession, chômage de masse…
Mais, globalement, la France est « mieux préparée, moins exposée » que les autres pays, a estimé le ministre de l’Economie. Et le « choc pétrolier » évoqué n’est pas une réalité « parce que ce qui a caractérisé le choc des années 1970, c’est qu’il a été fort et persistant au fil des ans, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui », selon un économiste qui conseille Bercy. De plus, les grandes économies occidentales, dont la France, sont moins dépendantes du pétrole et du gaz qu’à l’époque : le parc nucléaire – spécificité française – est renforcé par des énergies renouvelables (éolien ou solaire) qui amortissent le choc. Enfin, et surtout, l’Opep ne menace pas de couper le robinet.
Cependant, le choc est violent, avec un baril de pétrole passé en quelques jours de 60 dollars à une centaine de dollars, et des prix à la pompe qui ont fortement grimpé. La Banque de France a construit plusieurs scénarios : même le plus négatif, avec un pétrole à plus de 140 dollars le baril toute l’année, n’entraînerait pas de récession économique, et donc de crise.
Le gouvernement français, sous pression en particulier des transporteurs routiers, a annoncé vendredi 27 mars un plan d’aide, limité au mois d’avril, de près de 70 millions d’euros, pour les secteurs les plus touchés par la flambée des prix des carburants : la pêche, l’agriculture ou les transports.
• Comment évolue la situation au Liban ?
La situation empire au Liban, entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.
L’aviation israélienne a continué vendredi 27 mars à bombarder le sud du Liban, la plaine de la Bekaa (est) et la banlieue sud de Beyrouth, considérés comme des bastions du Hezbollah, selon les médias officiels libanais qui ont recensé plusieurs morts.
Le Hezbollah a affirmé pour sa part que ses combattants avaient tiré un missile sol-air sur un avion de guerre israélien au-dessus de Beyrouth, et se livraient à des combats « au corps à corps avec des forces de l’armée israélienne ennemie » dans le sud, où Israël mène une profonde incursion en vue d’élargir une « zone tampon » le long de sa frontière.
Selon le dernier bilan officiel vendredi, la guerre a fait 1 142 morts et plus d’un million de déplacés au Liban.

