Prix du carburant jusqu’à 2,46 euros dans les stations-services de Nice, le 24 mars 2026 SYSPEO/SIPA
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Le gouvernement a annoncé vendredi 27 mars un plan d’aide de près de 70 millions d’euros, ciblé et limité au mois d’avril, pour les secteurs les plus touchés par la flambée des prix des carburants : la pêche, l’agriculture ou les transports. « Aider les secteurs économiques, c’est aider les Français qui travaillent », a assuré la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Energie, Maud Bregeon, en présentant ces mesures à Bercy.
Le secteur du transport aura la part du lion avec un coup de pouce à hauteur de 50 millions d’euros pour les TPE et PME, qui recevront l’équivalent de 20 centimes d’euros par litre de carburant.
L’aide forfaitaire par véhicule est destinée à renflouer la trésorerie des sociétés « justifiant de difficultés économiques majeures », a insisté le ministre des Transports Philippe Tabarot.
Le gouvernement était sous pression, plusieurs organisations de transporteurs routiers s’organisant déjà pour manifester leur mécontentement par des actions régionales à partir de ce week-end.
Des chauffeurs routiers manifestent ce samedi sur l’autoroute A7 au niveau de Chasse-sur-Rhône (Isère) pour dénoncer la hausse des prix des carburants et demander à l’Etat une aide plus significative que celle annoncée vendredi. Vingt-cinq camions et un bus sont garés le long de l’autoroute dans le sens Sud-Nord et leurs chauffeurs distribuent des tracts aux automobilistes, qui ne peuvent circuler que sur une voie, selon un correspondant de l’AFP.
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, « le prix des carburants ne cesse d’augmenter et depuis des années, les crises se multiplient : nos entreprises sont exsangues, si rien n’est fait elles vont crever », explique Jean-Christophe Gautheron, responsable régional de l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE).
Le plan gouvernemental, « c’est un début, mais ce n’est pas assez », estime Jean-Christophe Gautheron. « Et il nous faut une aide rapide, là il faut prouver nos difficultés avec un expert-comptable », regrette-t-il. « Nous demandons la même aide qu’en 2022 », quand les prix s’étaient envolés au moment de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, « et un encadrement des prix », a-t-il ajouté.
D’autres actions de protestation sont prévues dans les prochains jours, en Auvergne, en Ile-de-France ou encore en Occitanie.
Pour de nombreux pêcheurs, cela reviendrait à « travailler à perte »
« Les annonces gouvernementales ne sont ni à la hauteur, ni opérationnelles », a réagi Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR, plus ancienne organisation de routiers, dénonçant « une usine à gaz », un dispositif complexe, lourd à activer et insuffisant« . L’Union des entreprises de transport et de logistique (TLF) a regretté une « nouvelle politique du chèque » qui n’apporte qu’une « réponse strictement conjoncturelle ».
Les pêcheurs français bénéficieront pour leur part d’une aide équivalent à « 20 centimes par litre » de gazole marin en avril, via un remboursement sur présentation des factures de carburant, pour « permettre aux navires de continuer à sortir en mer », a indiqué la ministre de la Mer et de la Pêche Catherine Chabaud. Le coût total pour un mois de cette mesure est estimé à cinq millions d’euros.
C’est « un premier signal positif » et « une bouffée d’oxygène pour une partie de la flotte », ont commenté l’Association nationale des organisations de producteurs (ANOP) et l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF).
Le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) a salué « une avancée essentielle » mais regretté que malgré cette aide, partir en mer revient toujours « pour de nombreux navires, à travailler à perte ».
« Du foutage de gueule »
Pour les agriculteurs, le gouvernement annonce une exonération du droit d’accise sur le gazole non routier (GNR) utilisé dans les tracteurs, pour un coût estimé à 14 millions d’euros. Ce qui correspondra à une baisse de « quatre centimes d’euros par litre », selon une source gouvernementale.
« Donner à peine quatre centimes alors qu’on a eu une hausse de plus de 60 centimes par litre de GNR… c’est des miettes. Si j’étais moins poli, je dirais que c’est du foutage de gueule », a déclaré Luc Smessaert, un des vice-présidents de la FNSEA sur RTL. Il a d’ailleurs promis « des actions » si les agriculteurs n’étaient pas entendus.
En revanche, pas encore d’annonce vendredi soir à destination des gros rouleurs, tels que les infirmières libérales qui doivent faire la tournée de leurs patients à la campagne ou en montagne, alors que le gouvernement avait laissé entendre qu’elles étaient sur la table. « On ne se ferme pas de porte pour l’avenir », a simplement dit Maud Bregeon.
« Les annonces du gouvernement de Sébastien Lecornu ne répondent pas à l’urgence pour celles et ceux qui sont heurtés de plein fouet par notre dépendance aux énergies fossiles », a déploré Pierre Leflaive, du Réseau action climat (RAC), qui regroupe de nombreuses ONG.
Dans l’attente du plan d’électrification de l’économie
Le gouvernement dévoilera aussi dès la semaine prochaine les premières mesures de son plan d’électrification de l’économie destiné à réduire la dépendance aux énergies fossiles dont les prix flambent en raison de la guerre au Moyen-Orient.
Il ambitionne de faire passer de 60 à 40 % d’ici 2030 la dépendance de la France aux énergies fossiles importées, grâce à l’électrification des transports avec les voitures électriques ou du bâtiment avec les pompes à chaleur.
Sur les mesures ciblées, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait auparavant prévenu qu’il s’agirait d’aides « mensuellement renouvelables, mais avec un pilotage très fin », rappelant l’objectif de maîtrise des finances publiques « quoi qu’il arrive ».
Le déficit public français a baissé plus qu’attendu en 2025, à 5,1 % du produit intérieur brut. Le gouvernement tablait sur 5,4 % et envisage désormais « avec prudence » de passer « sous les 5 % » de déficit public en 2026.
Depuis le début de la crise énergétique générée par la guerre au Moyen-Orient, l’exécutif n’envisage pas de baisser les taxes sur les carburants, qui représentent 50 à 55 % du prix à la pompe.
Le gouvernement ne veut pas réduire la TVA sur les énergies, comme le réclame le Rassemblement national, une mesure qui serait très onéreuse, ni bloquer les prix, comme demandé par La France insoumise, ce qui pourrait engendrer une « pénurie ».

