March 27, 2026

Il a filmé 46 jeunes joueurs sous la douche avec un réveil espion : un an de prison requis contre l’ex-entraîneur de foot de Colomiers

l’essentiel
Suspecté d’avoir filmé des enfants nus à l’aide d’un réveil “espion”, Cyril G., l’ancien entraîneur des U13 de l’US Colomiers, a été jugé par le tribunal correctionnel de Toulouse le 26 mars 2026.

Le silence est lourd, presque étouffant. Dans la salle d’audience 4 du palais de justice de Toulouse, les bancs sont bondés. Sur les visages des parents et des jeunes joueurs en survêtement de foot, la même expression : un mélange de dégoût et de sidération. “On lui a confié nos enfants, il en a fait son catalogue personnel”, lâche un père de famille avant l’audience, les traits tirés par la colère. “Il avait un ascendant psychologique sur les joueurs, tout était orchestré”, témoigne un autre à la barre.

Au centre de tous les regards, debout dans le box des prévenus, un homme de 38 ans, silhouette banale, barbe mal rasée, doudoune noire et tête basse. Cyril G. n’est plus l’éducateur respecté du club de l’US Colomiers. Il est devenu celui par qui le scandale est arrivé. Des dizaines d’enfants de 12, 13 et 16 ans filmés nus. “Je reconnais les faits”, attaque-t-il. “Je veux expliquer aux joueurs et à leurs familles pourquoi j’ai agi. J’étais dans un mal-être, une dépression. Mon état psychologique s’est dégradé en 2020.”

Un piège dans la douche

Tout commence par un simple réveil sombre posé sur une étagère. Un objet du quotidien qui, lors d’un stage à Mérignac en avril 2023, attire l’œil d’un adolescent. Le stratagème de l’éducateur est alors d’une précision glaçante. Il convoque ses joueurs deux par deux dans sa chambre d’hôtel pour des “débriefings” d’après-match. Des discussions nocturnes.

Pendant qu’il parle tactique avec l’un, l’autre doit se doucher en surveillant l’heure. “Il fallait même essuyer la buée sur la vitre”, se souvient, la voix tremblante, l’une des victimes. En réalité, le réveil cache une toute petite caméra. L’entraîneur filme tout. “J’avais un réveil espion. Je l’avais depuis deux ans, ça me servait de caméra de surveillance chez moi. Je pouvais enregistrer les images ou regarder en direct sur mon téléphone.”

Trois ans de dérives

Si l’alerte a été donnée en mai 2023, l’enquête des policiers de l’unité de protection des familles a découvert un procédé déjà bien huilé. En fouillant les disques durs du suspect, les policiers ont découvert que le manège durait depuis le 1er janvier 2020. “On vous avait déjà entendu en 2022 pour des faits suspects, mais vous aviez tout nié. La procédure avait été classée alors qu’on vous soupçonnait de filmer des enfants urinant”, rappelle le président. “À l’époque, j’étais dans le déni total. Depuis les faits de mai 2023, j’ai vu un psychiatre. J’ai compris pourquoi j’avais fait ça. J’étais malade. J’avais un problème sexuel. L’acte de voyeurisme n’a rien d’une attirance pour les enfants”, reconnaît-il depuis le box.

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Pendant plus de trois ans, dans l’intimité des vestiaires ou lors des déplacements, Cyril G. a accumulé les séquences de mineurs nus. Au total, 46 victimes, âgées de 12 à 16 ans, ont été identifiées. “J’ai fait ça pendant deux week-ends à Mérignac avec cet appareil que j’ai jeté de peur de me faire attraper. Il m’est arrivé d’utiliser aussi mon téléphone. Je prenais des photos ou des vidéos”, prévient-il. “Je ciblais les fesses, les parties génitales, l’intégralité de leur corps”, confie Cyril G. Dans son ordinateur, les enquêteurs ont aussi retrouvé des images pédopornographiques. “Non, comme je téléchargeais beaucoup, j’avais des fichiers corrompus qui pouvaient entrer dans mon ordinateur sans ma volonté.” L’expert psychiatre intervenu lors de la procédure judiciaire évoque pourtant un trouble lié à la pédophilie. Le discours de Cyril G. est décousu, il assure aussi que son mode opératoire aurait certainement continué si un joueur n’avait pas tout découvert.

L’US Colomiers, véritable institution du football régional, a immédiatement suspendu le bénévole dès les premières révélations. Mais pour les familles, le mal est fait. Dans le box, Cyril G. cherche ses mots, évoque une pulsion qu’il ne maîtrise pas. “Je ne consultais pas les vidéos, elles étaient supprimées immédiatement. J’avais honte, je n’étais pas attiré par les enfants. Mes actions étaient dictées par l’adrénaline”, insiste Cyril G. “Je n’étais pas bien dans ma peau, cet état a abouti à une tentative de suicide.” Le public souffle, l’atmosphère est lourde.

L’attaque de la presse comme seule défense…

“Le pire, quand on est parent, c’est de découvrir qu’on a fait confiance à quelqu’un qui ne le méritait pas”, analyse Me Jacques Lévy, en partie civile. “Le prévenu est un caméléon s’adaptant au gré des situations”, observe Me Lisa Mili.

Le procureur requiert un an de prison avec maintien en détention, avec trois ans de suivi judiciaire et une interdiction d’activité au contact des mineurs pendant dix ans.

Lors de sa plaidoirie pour la défense, Me Olivier Vercelone minimise les faits et préfère s’attaquer au “tribunal médiatique”. Il demande la relaxe pour les captations et la détention d’images pédopornographiques. Les propos de Me Catherine Pons-Fournier, l’autre avocate de Cyril G. vise encore vers les médias Un argumentaire qui occulte la réalité du dossier et heurte les parties civiles, lesquelles attendaient une reconnaissance des faits plutôt qu’un procès fait aux médias. La décision a été mise en délibéré au 1er avril.

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