Alors que le prix du carburant demeure très élevé, entreprises et indépendants voient leur quotidien bouleversé. La hausse du diesel fragilise plusieurs professions, même celles qui, étonnement, y trouvent un aspect positif. Rencontres dans le Gers.
Il est 17h30 lorsque Nathalie Plaux fait le plein de son camion à la station Super U de Mauvezin. “Je me souviens même du prix : 2,28 euros le litre de gasoil”, confie-t-elle le lendemain. Un tarif particulièrement élevé pour cette coiffeuse itinérante, dont le véhicule est devenu son principal outil de travail. Stationnée sur la commune de Mauvezin ce mardi, puis sur celle de Saint-Sauvy ce mercredi, elle sillonne chaque semaine les routes gersoises pour aller à la rencontre de ses clients.
Mais depuis plusieurs semaines, une inquiétude s’impose à tous les automobilistes : le prix à la pompe. En cause, la flambée du baril de Brent, qui avoisine désormais les 100 dollars (environ 85 euros). Une hausse amorcée fin février, dans un contexte de tensions internationales au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, axe stratégique du transport pétrolier mondial.

Pour Nathalie Plaux, les conséquences sont immédiates et très concrètes : “Je fais un plein par mois. Avant, il me coûtait environ 120 euros. J’avais fait le plein juste avant la hausse, au début du conflit. Hier, pour le même prix, je n’ai rempli que les trois quarts du réservoir.”
Des points positifs
Malgré tout, la coiffeuse tente de relativiser, non sans une pointe d’optimisme : “Finalement, il y a aussi du positif. Les gens se déplacent moins. Comme je m’installe sur la place du village, ils préfèrent rester sur place plutôt que d’aller en ville. Du coup, ils viennent davantage vers moi.”
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Mais cet équilibre reste fragile. D’autres conséquences, plus indirectes, commencent déjà à se faire sentir : “Je vais forcément avoir une hausse sur mes produits. Comme ils sont livrés, les frais vont augmenter avec le carburant. Et ça, je vais devoir le répercuter sur mes tarifs.”
Des entreprises durement impactées
D’autres secteurs sont encore plus durement touchés. C’est le cas de Service à Dom, une entreprise d’aide à domicile basée à Auch. “Nous intervenons principalement en zones rurales et semi-rurales. 85 % de nos collaborateurs utilisent leur véhicule personnel. Donc forcément, dès que le carburant augmente, cela impacte directement nos services”, explique la direction. Les déplacements sont au cœur de leur activité : les intervenants se rendent chaque jour chez les bénéficiaires, parfois éloignés les uns des autres.
“Nous appliquons déjà des indemnités kilométriques, et même au-delà de ce que prévoit la convention collective. Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus”, reconnaît l’entreprise. Face à cette situation, une seule marge de manœuvre : optimiser les tournées. “Nous essayons d’être extrêmement vigilants dans l’organisation des plannings pour limiter les déplacements. Mais nous ne pouvons pas absorber seuls ces hausses, de ce que l’État impose ou ses inflations au niveau du carburant.”
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Les tensions se répercutent également sur les salariés. “Certains demandent des acomptes parce qu’ils sont en difficulté. D’autres nous disent qu’ils ne pourront bientôt plus utiliser leur véhicule. Mais dans certains secteurs, se déplacer à pied est difficile.” Et au bout de la chaîne, ce sont les bénéficiaires qui risquent d’en pâtir. “À chaque hausse comme celle-ci, ce sont les personnes accompagnées qui sont impactées.”
Enfin, cette situation fragilise encore davantage un secteur déjà en manque d’attractivité. “Ces métiers sont peu valorisés, que ce soit financièrement ou en termes d’image. Avec ces contraintes supplémentaires, cela devient encore plus difficile de recruter.”

