Jean Petaux, professeur de science politique à Sciences Po Bordeaux, expert en politique et en politiques locales, a accordé un entretien à La Dépêche du Midi. Le politologue nous livre son analyse sur les résultats de ces municipales et sur les principaux enseignements qu’il faut en tirer.
Quels sont les principaux enseignements que l’on peut tirer de ce second tour et, plus généralement, de ces élections municipales ?
Ce que l’on constate de manière assez évidente, c’est que des grandes villes qui étaient annoncées comme susceptibles de basculer ne changent finalement pas de bord. Si l’on regarde Paris, Marseille, Toulouse ou Limoges, même si c’est une ville de moindre importance, les bascules attendues n’ont pas eu lieu. Je pense que c’est une élection qui confirme avant tout que les municipales ne sont pas des élections nationales. Regardez au Havre : Édouard Philippe est également réélu très confortablement. Quant à la stratégie électorale qui consistait à dire que là où la gauche n’avait pas intégré La France Insoumise (LFI), elle perdrait… Eh bien, les faits démontrent aujourd’hui que ce n’est pas vrai.

Est-ce que, malgré tout, une famille politique, plus qu’une autre, sort gagnante de ces élections municipales ?
Dès lors que l’on rentre dans le jeu des étiquetages politiques, il faut rappeler une réalité : cela ne concerne qu’à peu près 15 % des 38 000 communes de France. Et encore, je suis assez large. Les Républicains (LR) font un très bon score. Cela peut paraître surprenant de dire cela quand on voit ce qu’est devenu ce parti au plan national, mais ils bénéficient d’un ancrage local extrêmement marqué. On l’avait déjà vu au premier tour. C’est également le cas pour le Parti Socialiste qui a parfaitement supporté les chocs. Il va être intéressant de voir la suite, mais oui, nous avons tendance en France à nous focaliser sur quelques exemples municipaux spectaculaires, sur quelques villes qui fonctionnent un petit peu comme des arbres cachant la forêt.
On disait que le parti présidentiel était en perte de vitesse, voire en voie de disparition, qu’en est-il réellement ?
Renaissance, le parti présidentiel, et Gabriel Attal le premier, a plutôt cherché une stratégie d’évitement pendant cette campagne des municipales. Ils n’ont pas cherché à accaparer l’attention ou à se battre frontalement sur un grand nombre de villes. Ils sont plutôt restés dans une forme de retenue. Avec 200 maires Renaissance élus, le parti double sa présence mais il partait de loin. Ses plus belles prises sont Annecy et Bordeaux où Thomas Cazenave l’a emporté face au maire sortant Pierre Hurmic. Il sera donc le seul maire issu du parti présidentiel à la tête d’une métropole.
Malgré sa défaite à Toulon, le Rassemblement National renforce-t-il sa position en France ?
Le RN l’emporte notamment dans plusieurs villes moyennes. Mais ce qui comptait surtout pour eux, je crois, c’était de ne pas passer à la trappe dans une élection qui représentait un haut risque. Leur principal objectif était déjà de présenter un nombre de listes suffisamment important et, si possible, d’obtenir quelques succès symboliques. Ils ont déjà obtenu ces succès avec la réélection des équipes sortantes. Certes, elles n’étaient pas nombreuses et concernaient qu’une quinzaine de villes seulement en France, mais là encore, il faut rappeler que le RN partait de très bas sur ce type d’élection locale.
À partir des résultats de ces municipales, peut-on tirer des projections pour l’élection présidentielle de 2027 ?
Non, absolument pas. Il faut impérativement garder cela en tête : il sera très compliqué de transposer ces résultats locaux en un modèle pour les scrutins nationaux.

