Photo le 11 décembre 2019 de l’usine de désalinisation de Jubail, à 95 kilomètres au nord de Dammam en Arabie saoudite GIUSEPPE CACACE / AFP
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Les infrastructures iraniennes en matière d’eau et d’énergie ont subi d’importants dégâts à la suite des frappes américano-israéliennes, a affirmé ce dimanche le ministre de l’Energie à Téhéran.
« Les infrastructures vitales du pays en matière d’eau et d’électricité ont subi de lourds dommages à la suite d’attaques terroristes et cybernétiques menées par les Etats-Unis et le régime sioniste », a déclaré Abbas Aliabadi, cité par l’agence de presse Isna.
« Les attaques ont visé des dizaines d’installations de transmission et de traitement de l’eau et détruit des parties des réseaux d’approvisionnement critiques », a-t-il précisé, ajoutant que des efforts étaient en cours pour réparer les dégâts.
D’après le chef du Croissant-Rouge iranien, Pirhossein Kolivand, le nombre total de sites civils endommagés – parmi lesquels des bâtiments résidentiels et commerciaux, des écoles, des centres médicaux et des véhicules – s’élève à 81 365, un chiffre fondé sur les « dernières évaluations sur le terrain ».
A Téhéran, des journalistes de l’AFP ont signalé des dégâts sur plusieurs immeubles résidentiels et d’autres infrastructures civiles mais il n’a pas été possible d’accéder aux sites touchés en dehors de la capitale ni de vérifier les bilans de manière indépendante.
Samedi soir, Donald Trump a menacé de frapper les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas le détroit stratégique d’Ormuz dans un délai de 48 heures.
Il a affirmé qu’en cas de refus, les Etats-Unis « frapperont et anéantiront » les centrales électriques iraniennes « EN COMMENÇANT PAR LA PLUS GRANDE ! », sur sa plateforme Truth Social.
Le trafic dans ce détroit vital, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, est quasiment à l’arrêt depuis le début de la guerre.
Les forces iraniennes ont attaqué plusieurs navires, affirmant qu’ils n’avaient pas respecté les « avertissements » les dissuadant d’emprunter cette voie maritime.
Ces derniers jours, Téhéran a toutefois autorisé le passage de certains bateaux en provenance de pays qu’il considère comme amis, tout en avertissant qu’il bloquerait ceux issus de pays qu’il accuse d’avoir pris part à « l’agression » contre lui.
L’Iran a assuré ce dimanche qu’il fermerait entièrement le détroit d’Ormuz si Washington mettait en oeuvre sa menace de viser des centrales électriques iraniennes. Si les menaces de Trump sont mises à exécution, le détroit « sera complètement fermé et ne rouvrira pas tant que nous n’aurons pas reconstruit nos centrales détruites », a affirmé le centre de commandement interarmées Khatam al-Anbiya, dans un communiqué diffusé par la télévision d’Etat.
« Les infrastructures vitales » seront des cibles, menace l’Iran
L’armée iranienne a aussi répliqué ce dimanche à Trump en annonçant qu’elle viserait les infrastructures énergétiques et les usines de dessalement d’eau dans la région si le président américain mettait à exécution ses menaces. Elle a menacé à son tour de viser les infrastructures « énergétiques, de technologie de l’information et de dessalement d’eau » dans la région.
Le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a menacé de même de détruire des infrastructures vitales dans l’ensemble de la région si les Etats-Unis et Israël attaquaient celles de l’Iran.
« Immédiatement après que des centrales électriques et des infrastructures de notre pays seront visées, les infrastructures vitales ainsi que les sites énergétiques et pétroliers dans toute la région seront considérés comme des cibles légitimes et seront détruits de manière irréversible », a-t-il affirmé dans un message publié sur X.
Il a averti que de telles attaques auraient pour conséquence de faire augmenter les prix du pétrole « de manière durable ».
Une guerre de l’eau serait « faramineuse »
Une station de dessalement à Bahreïn a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones iraniens, selon les autorités, au lendemain d’accusations iraniennes d’une frappe similaire sur l’île de Qeshm, en Iran, qui aurait affecté l’approvisionnement en eau de 30 villages.
« L’eau c’est la vie », a commenté ce dimanche sur X le ministre émirati des Affaires étrangères Abdallah ben Zayed Al Nahyane, s’engageant à ce que personne « n’ait soif ».
« Le premier qui ose s’attaquer à l’eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu’on a aujourd’hui », prévient l’économiste de l’eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l’AFP.
Dans une région parmi les plus arides du monde et où la disponibilité de l’eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l’économie et la consommation d’eau potable de ses millions d’habitants.
Environ 42 % de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue « Nature ». Aux Emirats arabes unis, 42 % de l’eau potable provient de ces usines, 90 % au Koweït, 86 % à Oman et 70 % en Arabie saoudite, détaille une note de l’Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.
« Là-bas, sans eau désalinisée, il n’y a rien », résume Esther Crauser-Delbourg. Cela est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.
Plus grave « que la perte de toute autre industrie ou matière première »
Déjà en 2010, une note d’analyse de la CIA affirmait que « la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première ».
Et en 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain disant que « Ryad devrait évacuer dans un délai d’une semaine », dans le cas où l’usine de désalinisation de Jubail qui l’alimente, ou ses oléoducs, étaient « gravement endommagés ou détruits ».
Quelques attaques contre des usines de désalinisation se sont produites au cours des dix dernières années : le Yémen et l’Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, rapporte le groupe de réflexion californien Pacific Institute qui tient un registre des conflits liés à l’eau.
Avant 2016, il faut remonter à 1991 et la guerre du Golfe pour voir de telles attaques.

