March 23, 2026

DECRYPTAGE. Prix des carburants : pourquoi l’État ne baisse-t-il pas les taxes sur l’essence malgré la flambée des prix à la pompe ?

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Les prix du carburant restent élevés, avec un gazole à plus de 2 euros le litre. Beaucoup demandent une baisse des taxes, qui représentent plus de la moitié du prix.

Les Français se serrent toujours autant la ceinture à la station-service. Avec un gazole qui persiste à plus de 2 euros le litre, la question d’un geste de la part de l’État pour faire baisser les prix se pose.

Lorsqu’un automobiliste paie un litre de carburant, il ne règle pas uniquement du gazole ou de l’essence. Selon les données de Bercy, entre 30 et 45 % du prix correspond au coût du pétrole brut et du raffinage. S’ajoutent ensuite les frais de distribution qui représentent entre 10 et 15 % du prix à la pompe.

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La marge des distributeurs reste, elle, relativement faible : entre 2 et 3 % du prix final, soit environ 2 à 6 centimes par litre. Elle varie légèrement selon les périodes, mais reste contrainte par la concurrence, notamment avec les grandes surfaces.

Enfin, la part la plus importante revient aux taxes, qui représentent entre 50 et 60 % du prix final. Mais alors pourquoi l’État ne décide-t-il pas simplement de les baisser pour soulager le porte-monnaie des Français ?

Un coût de 17 milliards d’euros

Dès le début de la hausse des prix à la pompe, le Rassemblement national (RN) avait demandé au gouvernement de réduire la TVA sur les carburants, de 20 % à 5,5 %. “C’est 17 milliards d’euros, donc vous croyez que le contribuable veut payer 17 milliards supplémentaires ?” avait questionné Serge Papin, ministre des PME et du Commerce. Ce montant correspond à une estimation du ministère de l’Économie datant de juin 2024.

Une position partagée par l’expert en questions énergétiques Philippe Charlez. “Ces milliards d’euros représenteraient des recettes en moins, et donc de la dette supplémentaire alors que le budget est déjà hors cadre. Cela finira par être payé par une hausse d’impôts ailleurs”, explique-t-il.

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D’autres responsables politiques, comme Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI), ont proposé un blocage des prix des carburants. Une mesure que Philippe Charlez juge risquée. “Si les coûts d’achat augmentent mais que le prix de vente est bloqué, les distributeurs ne s’approvisionneront plus pour ne pas vendre à perte. Cela conduirait inévitablement à une pénurie. C’est économiquement et légalement aberrant”, fustige-t-il.

Une baisse des CEE ?

Sur quels autres leviers l’État pourrait-il jouer ? Philippe Charlez plaide pour une mesure ciblée sur les certificats d’économie d’énergie (CEE). Ils représentent environ 14 centimes par litre et ont augmenté de 6 centimes en début d’année. Les distributeurs les collectent mais les reversent aux Français pour financer la transition énergétique, notamment la rénovation des logements ou le développement des véhicules électriques.

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“Cela permettrait une économie immédiate d’environ 17 centimes d’euro par litre (TTC). Sur une hausse de 60 centimes sur le diesel, ce n’est pas la solution miracle, mais c’est un geste significatif et techniquement réalisable. L’État pourrait suspendre ces prélèvements le temps que la crise passe et que les marchés retrouvent une forme de normalité”, détaille Philippe Charlez.

Toutefois, le 19 mars, le gouvernement a une nouvelle fois expliqué que “le scénario d’une baisse des taxes n’est pas envisagé à l’heure où on se parle”, a déclaré Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre chargée de l’Énergie.

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