L’été 2020 a été meurtrier dans le quartier des Izards, au nord de Toulouse. Lundi commence le procès d’un crime au cœur d’une série de règlements de comptes sous fond de trafic de stupéfiants.
Ils ont presque tous grandi ensemble, partagé les mêmes goûters et aussi les premiers pétards, les premiers deals de cannabis… Parfois les premiers séjours en détention. Pourtant, un jour, ils deviennent ennemis et les coups de feu ne tardent pas à affoler le quartier. C’était vrai en 2013-2014 quand plusieurs victimes ont été enregistrées déjà sur un différend concernant la gestion des points de deal du quartier des Izards, au nord de Toulouse.
À l’époque, ce quartier sensible où les incidents avec les forces de l’ordre étaient rarissimes s’enrichissait à travers deux “fours”, ces points de deal où les files de clients s’étiraient au rythme du passage des rames du métro. “Cela dégageait beaucoup d’argent”, prévient un policier. 40 000 à 50 000 euros en fin de semaine. “Forcément, à un moment, cela attise les convoitises”.
Quatre morts en deux mois
En juin 2020, la conclusion d’une enquête de police menée par la brigade des stupéfiants de l’ancienne sûreté départementale a mis au placard toute l’équipe de terrain. Pas les “choufs” à 100 euros la journée. Plutôt les “gérants” délégués par les patrons. Eux en prison, certains ont voulu prendre leur place. Le départ d’un été meurtrier. Un mort le 10 août, un autre le 24, puis encore un le 7 septembre avant un ultime assassinat le 11 octobre à Blagnac, dans une cage d’ascenseur. Avec, entre ces dates, d’autres coups de feu et des victimes plus chanceuses.
La cour d’assises spéciale de la Haute-Garonne étudie pendant quinze jours le meurtre du 24 août 2020 où plus de trente coups de feu ont été tirés sur le point de deal de La Poste ! Un Marocain de 26 ans, qui vivait sous une fausse identité et assurait “la surveillance” du point de deal, est mort aux urgences. Dans leur fuite à bord d’une voiture volée, les jeunes “tueurs” ont éclaté un pneu à l’entrée du périphérique. Arrêtés à la Cépière, ils n’ont pas eu le temps d’incendier le véhicule.
Les tueurs et leurs armes surpris sur le périf
À l’intérieur, les policiers ont découvert six armes, dont celles utilisées. Deux “tireurs” ont été interpellés à proximité, un troisième plus tard. L’enquête a surtout permis de poursuivre ceux qui, habituellement, échappent à la justice. Dans le box à partir de ce lundi, onze accusés seront jugés, l’un d’eux est en fuite.
Parmi les présents, tous incarcérés, des “personnalités” du quartier, souvent soupçonnées, peu condamnées. Mohamed Zerrouki appartient à ces “figures”. “Z” est considéré comme le “boss” des Izards. Le parrain ? Sans doute pas. Son ami, Sami Nemri, vite rentré de Tunisie à l’été 2020, appartient aussi au cercle proche longtemps impliqué dans le trafic.
Que vont-ils dire ? Des conversations enregistrées sur des téléphones pourtant cryptés pèsent lourd. Les débats sont prévus sur deux semaines. Les accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
Pas de jurés, uniquement des magistrats
Ce dossier va être jugé devant une cour d’assises spécialement composée. Autrefois, cette cour criminelle sans jury populaire était réservée aux actes de terrorisme ou au gros trafic de stupéfiants. Désormais, depuis la loin de juin 2025 visant à “sortir la France du piège du narcotrafic”, la cour se compose uniquement de magistrats professionnels. Autour de la présidente Dominique Coquizart, ils seront quatre à siéger et à juger.
Une composition de professionnels qui, obligatoirement, change l’approche du dossier par les avocats de la défense, très attachés aux jurés populaires. “Juridiquement c’est forcément plus simple qu’avec des citoyens tirés au sort, confie Me Edouard Martial. En revanche, les magistrats professionnels doivent se souvenir que derrière les accusés se trouvent aussi des hommes, avec leur histoire, leur personnalité. Ces procès “spéciaux” ne doivent pas devenir inhumains.”

