Un studio mansardé avec des infiltrations d’eau, une caméra indiscrète et un propriétaire qui joue les arlésiennes en continuant à demander des loyers indus sans restituer les cautions. Dans cet immeuble de la rue de la Fonderie entre Carmes et place du Salin, les anomalies immobilières s’accumulent pour les locataires…
Mais que se passe-t-il donc au 13 rue de la Fonderie ? L’immeuble de trois étages situé là, à un jet de pierre de la place du Salin, cache derrière sa façade de drôles de pratiques immobilières. Jeunes actifs ou étudiants toulousains s’y succèdent au gré des années dans des studios meublés plutôt anciens dans lesquels ils ne restent jamais très longtemps, faute de s’y sentir à l’aise et en sécurité. Mais c’est paradoxalement quand ils décident de partir que les choses se compliquent.

Du haut de ses 20 ans, Lola est en train d’en faire l’amère expérience. Quand elle pose ses valises dans son petit appartement sous les toits en août dernier, le local, certes vétuste, ne présente pas a priori d’anomalies notables, juste un manque d’entretien. “C’était son premier logement en indépendance, glisse son père, Pierre. C’est vrai qu’elle a assisté à la remise des clés et à l’état des lieux avec la naïveté de quelqu’un de son âge et l’impatience déraisonnée d’être enfin chez elle. En se précipitant un peu pour signer le bail.” Les premières semaines, tout roule, même si ce supposé meublé ne dispose pas de tous les équipements de base normalement prévus dans ce type de contrat. “Ou alors en très mauvais état”, pointe Pierre. Surviennent alors les premiers orages de l’été qui révèlent de grosses gouttières dans le plafond.
Une caméra inquiétante
Après de multiples coups de téléphone dans le vide et des SMS, Lola et son père, qui n’arrivent pas à rencontrer le propriétaire en chair et en os, obtiennent enfin une intervention sur la toiture pour faire cesser ces fuites “et assainir un peu ce taudis devenu monstre d’humidité, l’hiver approchant”. Autre bizarrerie, la présence d’une caméra IP Wi-Fi fixée sur un mur à l’intérieur de l’appartement, face à la porte d’entrée et au-dessus du couchage. “Quand ma fille m’a alerté sur ce détail, je lui ai dit de la démonter, voire de la détruire immédiatement”, confie Pierre, inquiet de l’usage qui aurait pu en être fait. Dans cette ambiance pesante, Lola, qui ne se sent pas vraiment à l’aise ni en sécurité dans son studio, décide de rendre les clés au mois de février. “La plupart des jeunes locataires de cet immeuble ont fait de même”, poursuit Pierre, en donnant les préavis qu’il est convenu de rédiger avant de quitter les lieux. Sauf que les cautions correspondant à deux mois de loyer, laissées au début du bail, ne sont jamais restituées par le propriétaire, qui reste injoignable par téléphone, n’a jamais communiqué de mail et n’affiche que la seule adresse notée sur les baux, une simple boîte postale (BP 62254) domiciliée à Castanet-Tolosan. Lola, qui acquittait un loyer de 570 euros mensuels, attend toujours sa mise initiale de 1 060 euros… Pire, le propriétaire lui réclame maintenant le loyer du mois de mars…
“Des méthodes d’escroc”
“C’est incroyable, s’agace Pierre. Le relevé d’identité bancaire qu’il fournit aux locataires est photocopié, et le nom commercial de sa société immobilière est effacé et rectifié au stylo. On peut juste en déduire que ses comptes sont visiblement domiciliés au Crédit Lyonnais de Toulouse Compans.” Le père de famille a décidé de saisir des huissiers pour constater les entrées d’eau de l’appartement et tenter d’approcher le mystérieux propriétaire. Mais sans aucun résultat. La visite d’un homme de loi au prétendu local professionnel du monsieur en question a tourné court. “À l’annonce de sa visite à l’interphone, on lui a raccroché au nez, sans plus aucune nouvelle”, peste Pierre. “Il est donc évident que cet escroc ne va pas chercher les recommandés qui lui sont adressés et qu’il se permet d’ignorer la visite d’un huissier à sa porte.”
Bien décidé à ne pas lâcher l’affaire, Pierre a réussi à retrouver l’agence immobilière qui a géré les biens de ce propriétaire il y a bientôt dix ans, et il a découvert qu’il était déjà coutumier du fait. “L’agence s’est vue obligée de restituer sur ses propres deniers des sommes qu’elle n’avait elle-même jamais encaissées, assure-t-il. Il est temps que la brigade financière mette le nez dans ses affaires.” En attendant, une plainte en ligne a été déposée pour la caméra intrusive en début de semaine, et rendez-vous est pris au commissariat dans les tout prochains jours.

