Un mois après les inondations liées à la tempête Nils, Jusix se relève doucement. Si certains des habitants ont regagné leurs maisons, le village reste marqué, entre nettoyage, doutes et adaptation à un risque désormais bien ancré.
“On est encore dedans.” Le constat est sans détour pour le maire de Jusix, Laurent Capelle. Un mois après la tempête Nils, l’eau s’est retirée, mais elle a laissé des traces, dans les maisons comme dans les esprits.
Les habitants sont “presque tous revenus”, précise l’élu. Mais retrouver son domicile ne va pas de soi. Selon lui, accepter de revivre chez soi reste difficile : les murs ont séché, mais les traces sont toujours là, et le traumatisme aussi, surtout chez ceux qui ont découvert ce type d’épisode pour la première fois.
Nettoyer, encore et encore
Dans le village, le quotidien reste rythmé par le nettoyage. “On a fait une première session avec 80 m³ de déchets”, détaille Laurent Capelle, un volume finalement inférieur à celui de 2021, lors d’un épisode de crue. Mais dans certains secteurs, la tâche a été plus lourde : “On a eu 260 m³ de bois flottés dans un quartier. Il a fallu trouver une filière, faire venir les pompiers…”
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Des jeunes sapeurs-pompiers, des élus et des habitants de communes voisines sont venus prêter main-forte. “On a bénéficié de beaucoup d’aides”, souligne le maire. La situation serait aujourd’hui “en bonne voie”, même si certains attendent encore le passage des experts. Côté agricole, l’inquiétude grandit : les maraîchers auraient perdu leur récolte.
Des départs pendant la crise
Si Jusix s’est repeuplée, la commune s’est en partie vidée pendant l’épisode. “Un tiers des habitants est parti”, raconte Laurent Capelle. Il distingue deux phases : les départs contraints par le travail, puis ceux liés aux coupures d’électricité. “On a tenu 60 heures sans courant”, précise-t-il.
Certains ne sont pas revenus. Le maire observe que des habitants installés récemment, peu habitués à ce type d’événement, ont fait le choix de partir.
Solidarité et fragilités
Dans l’épreuve, le village a aussi montré un autre visage. “On a transporté des humains, des animaux…”, se souvient l’élu. Il insiste sur cet élan collectif : selon lui, le quotidien s’est suspendu, et les habitants ont renoué le contact.
Mais derrière cette solidarité, des fragilités apparaissent. “Je me suis rendu compte que certains ne sont pas assurés”, confie Laurent Capelle. Des habitants pourraient donc se retrouver en difficulté, même si, selon lui, les demandes d’aide restent, selon lui, étonnamment faibles.
Et maintenant, quel avenir ?
Les digues, elles, ont tenu. “Aucune n’a rompu”, souligne le maire. Mais elles ont été submergées. “Elles sont là pour couper le courant de l’eau, pas pour empêcher les crues.” Une réalité bien connue dans cette commune exposée.
L’épisode a aussi mis en lumière certaines limites. La panne de Vigicrues pendant 48 heures a compliqué le suivi de la situation. “C’est notre baromètre”, regrette l’élu, qui évoque également une anticipation jugée trop courte par rapport à d’autres territoires.
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Pour la suite, les réflexions sont en engagées. Des travaux pourraient être lancés à l’échelle intercommunale, pour plusieurs millions d’euros. “Ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Comment on va payer ?” s’interroge Laurent Capelle. En attendant, la commune tente de s’adapter. “Les digues n’empêcheront jamais les crues”, rappelle-t-il. À Jusix, vivre avec le risque fait désormais partie du quotidien.

