l’essentiel
Éléphant incontrôlable, tigre menaçant, cascades improvisées… Dans “1 000 jours avec Dorothée”, Jean-Jacques Guinot révèle les coulisses mouvementées de l’émission culte. Installé à Montcuq-en-Quercy-Blanc (Lot), il se lance aujourd’hui un nouveau défi culturel.
“Dorothée a failli mourir plusieurs fois.” Le ton est posé, un sourire aux lèvres. Pourtant, derrière cette petite phrase de Jean-Jacques Guinot, 59 ans, ancien assistant réalisateur du Club Dorothée, c’est toute une époque qui renaît, autour d’un café à Montcuq-en-Quercy-Blanc (Lot). Dans son livre récemment paru “1 000 jours avec Dorothée”, il dévoile les coulisses d’un monde que les téléspectateurs imaginaient “gentil et coloré”, mais qui, derrière les paillettes, tournait à 2 000 à l’heure.
Le livre met en lumière un métier de l’ombre souvent méconnu. DDM – A.M.
“Un caméraman a plongé pour me sortir”
Il se souvient d’un Bercy où tout a failli basculer : Dorothée, perchée sur le dos d’un éléphant, se retrouve coincée dans le tunnel d’accès. “Elle a vraiment failli mourir. On était tous paniqués”, confie-t-il. Dans cette télévision des années 80/90, les animaux n’étaient jamais simples : entre un crocodile de quatre mètres qui s’échappe sous la scène, un éléphant courant sur une avenue ou un tigre un peu trop curieux… “On avait des journées où l’on prenait des risques fous à chaque instant. Et pourtant, il fallait continuer, comme si de rien n’était. Je raconte ça à la rigolade aujourd’hui.”
L’ancien professionnel de la télévision souhaite transmettre la mémoire des coulisses du spectacle. DDM – A.M.
Lui-même n’est pas passé loin du drame. Dans un costume de mascotte, CocoDoudou, lors d’un tournage en mer, il chute à l’eau. “Le costume s’est gorgé d’eau. Je coulais. Un caméraman a plongé pour me sauver.” Des souvenirs qu’il raconte aujourd’hui avec recul, mais qui témoignent d’un quotidien sous tension. “Le livre raconte les coulisses du Club Dorothée, les anecdotes, les dangers, les fous rires. Dorothée était une machine de travail. Je parle aussi des stars croisées : Michael Jackson, Nana Mouskouri, Charles Aznavour, Henri Salvador, Carlos, Mylène Farmer, Desireless ou encore Roch Voisine.”
Jean-Jacques Guinot nous reçoit dans la maison de sa sœur à Montcuq-en-Quercy-Blanc. DDM – A.M.
“J’ai traversé un cancer. Je me suis demandé qui je n’avais pas remercié.”
Derrière ces histoires, il y a surtout la réalité d’une machine télévisuelle bien huilée. Arrivé comme stagiaire chez AB Productions après être passé par le service cinématographique des armées et des études à l’École Louis-Lumière, Jean-Jacques Guinot gravit les échelons à toute vitesse. À 23 ans, il devient premier assistant réalisateur. “Cela s’est fait très vite et je me suis retrouvé être l’un des plus jeunes assistants réalisateurs de la télévision française sur le plus gros direct de la télévision”.
Installé à Montcuq, Jean-Jacques Guinot entame une nouvelle vie après dix-sept ans au Québec. DDM – A.M.
Son livre est né bien plus tard, dans un contexte personnel difficile au cœur du Québec. “J’ai traversé un cancer. Je me suis demandé qui je n’avais pas remercié.” Dorothée et le producteur Jean-Luc Azoulay s’imposent alors comme une évidence. D’abord modeste, le projet prend de l’ampleur grâce à une campagne participative. “Au départ, 150 pages. Finalement, 381 et une soixantaine de photos inédites.”
Une reconversion artistique au cœur du Lot pour Jean-Jacques Guinot. DDM – A.M.
Après presque cinq ans au “Club Dorothée”, il poursuit une carrière éclectique : Canal J, voix de Spirou sur TF1, collaboration avec Christophe Dechavanne, enseignement de la réalisation… avant de s’installer près de 18 ans à Montréal avec une comédie musicale. Mais aujourd’hui, il tourne peu à peu la page de son aventure dans le Grand Nord.
Un cabaret prévu pour 2027
C’est finalement à Montcuq-en-Quercy-Blanc, où vit sa sœur jumelle, qu’il a décidé de poser ses valises. Et déjà, un nouveau projet se dessine. Sur le domaine, il imagine un cabaret de 120 places. “L’idée est d’accueillir des artistes québécois et français, mais aussi de créer un lieu de résidence et de captation numérique pour enregistrer des disques et vidéos en live.” Son ouverture est d’ores et déjà envisagée pour décembre 2027.
Le professionnel prépare également un projet de cabaret à Montcuq-en-Quercy-Blanc. DDM – A.M.
Attaché à la culture en milieu rural, il veut y croire. “On ne parle pas assez de la détresse culturelle dans ces territoires. Pourtant, il y a du public et du talent.” Entre souvenirs d’une télévision hors norme et ambitions locales, Jean-Jacques Guinot poursuit son parcours, toujours guidé par la scène.