March 14, 2026

Pneus, fumier, rats et nuisances : le Département des Hautes-Pyrénées met la pression sur les syndicats agricoles pour l’évacuation des déchets

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La crise des déchets agricoles s’enlise dans les Hautes-Pyrénées. Près de 5 000 m³ de pneus, foin et fumier attendent toujours d’être évacués, pour un coût dépassant 1,5 million d’euros. Le bras de fer politique s’intensifie.

“On a trop toléré, trop attendu.” Plus de deux mois après la levée des blocages agricoles qui ont paralysé certains axes routiers du département en décembre dernier, des tonnes de déchets encore présentes sur les ronds-points de Séméac, Vic-en-Bigorre, Lannemezan, Hèches et Maubourguet suscitent l’agacement. Ce 13 mars, le président du conseil départemental, Michel Pélieu, a tenu à dénoncer une situation devenue “inacceptable”.

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À l’origine de cette colère, l’évacuation extrêmement coûteuse de près de 5 000 m³ de déchets (fumier, paille, foin et montagnes de pneus). Et pour Michel Pélieu, pas question que le conseil départemental assume seul la facture estimée à plus de 1,5 million d’euros.

“Nous arrivons à une sorte de saturation dans cette affaire”, a insisté Michel Pélieu. “Nous avons réuni les organisations syndicales agricoles à deux reprises, les 9 et 23 janvier. Je leur ai proposé un compromis : le Département se chargerait du chargement des déchets, les agriculteurs du transport vers les unités de traitement, et l’État se prononcerait sur la prise en charge du traitement. Mais nous n’avons reçu aucune réponse.”

De multiples nuisances

La crise remonte à la mi-décembre, lorsque plusieurs organisations agricoles ont lancé une mobilisation d’ampleur dans le département. Durant plusieurs jours, autoroutes et axes stratégiques, dont l’A64, ont été bloqués pour dénoncer les mesures sanitaires liées à la dermatose nodulaire et les accords commerciaux du Mercosur.

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Si les routes ont été rouvertes quelques semaines plus tard, les déchets déversés sur place n’ont jamais été évacués dans certains secteurs. De quoi susciter l’incompréhension de la population locale qui subit des nuisances de plus en plus prégnantes (odeurs, rats, mauvaise visibilité sur les routes).

Le président du Département espère encore une solution à l’amiable. “Le préfet doit recevoir les représentants du monde agricole le 18 mars. Il faut impérativement qu’une décision soit prise ce jour-là afin que ces déchets soient évacués d’ici la fin du mois”, prévient-il. “Si aucune solution n’émerge, la justice aura à trancher. Dans le Gers ou en Lozère, il y a déjà eu des condamnations. Je préférerais éviter d’en arriver là.”

Trouver un compromis

À Séméac, porte d’entrée de l’agglomération tarbaise, la situation inquiète particulièrement le maire Philippe Baubay. “Ce n’est pas l’image que nous voulons donner aux vacanciers. Mais au-delà de l’aspect visuel, il y a des enjeux environnementaux : infiltrations possibles vers la nappe phréatique, odeurs, présence de rats…”, confirme l’élu.

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Sur le rond-point de la commune, près de 200 tonnes de déchets ont été recensées. Le coût de leur enlèvement est estimé à 107 000 euros, une charge que la municipalité ne peut supporter seule selon l’édile.

Tous les élus présents ont rappelé avoir soutenu les revendications du monde agricole au début du mouvement. Mais la méthode utilisée et l’absence de nettoyage suscitent aujourd’hui l’exaspération. “Notre rôle d’élus n’est pas d’aller sur les ronds-points, mais de faire avancer les choses autour de la table avec l’État”, souligne Frédéric Ré.

Le bras de fer

Michel Pélieu se veut clair : “J’ai exprimé ma solidarité avec les agriculteurs. Mais je ne peux plus accepter que des tonnes de déchets restent ainsi sur les routes départementales. Nous sommes un territoire touristique et près de 40 % de nos recettes en dépendent. Nous ne pouvons pas donner cette image du territoire.”

À défaut d’un accord rapide, le bras de fer pourrait se poursuivre sur un autre terrain. Interrogé sur la possibilité de couper le robinet des aides allouées au monde agricole par le Département, Michel Pélieu assure “que ce serait dommageable pour ceux qui n’ont pas participé à déverser des tonnes de déchets sur les routes du département. Mais oui, si rien n’est fait, nous pourrons l’envisager.”

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