April 28, 2026

DÉCRYPTAGE. "Il faut nous donner du temps" : pourquoi la ligne aérienne Castres-Paris joue sa survie dans une course contre la montre

l’essentiel
La ligne aérienne Castres-Paris joue sa survie à quelques semaines de la fin de sa délégation de service public. Sans soutien de l’État, l’aéroport de Castres-Mazamet a un avenir incertain. Voici tout ce qu’il faut savoir sur les raisons de cette menace.

C’est une course contre la montre qui s’est engagée pour sauver la ligne aérienne Castres-Paris. La délégation de service public encadrant l’exploitation de cette ligne, actuellement assurée par la compagnie Chalair Aviation, arrive à son terme le 31 mai. Et dans l’état actuel des choses, rien ne laisse à penser qu’elle sera reconduite. Au contraire même.

“Je garde espoir mais l’incertitude est très grande”, confie en effet Didier Houlès, le président du syndicat mixte qui gère l’aéroport de Castres-Mazamet, depuis que Pascal Bugis a claqué la porte en décembre. “Tout le monde est mobilisé”, ajoute le vice-président du conseil départemental qui représente le Département dans ce syndicat mixte qui compte également la communauté d’agglomération de Castres-Mazamet et la Région, comme principaux financeurs, et les communautés de communes du sud du Tarn.

Comme il y a trois ans lors du précédent renouvellement de cette ligne d’aménagement du territoire subventionnée par des fonds publics, la crainte réside toujours dans la participation de l’État. Elle avait été arrachée sur le gong en 2023 grâce à une intervention in extremis du président de la République Emmanuel Macron, sollicité par le député Jean Terlier. Mais on sentait bien que c’était reculer pour mieux sauter.

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L’État comme la Région Occitanie avaient déjà laissé entendre qu’ils arrêteraient de mettre la main au pot quand le territoire aurait l’autoroute. Ce qu’a d’ailleurs laissé entendre le ministre des Transports, Philippe Tabarot, en réponse à une question de Jean Terlier à l’Assemblée nationale fin février.

À l’initiative des parlementaires tarnais, une réunion en visio avec les conseillers techniques du ministre a eu lieu en milieu de semaine dernière. “On a senti que cela pouvait bouger un peu”, affirme Didier Houlès sans enthousiasme pour autant, même s’il voit défiler du monde ces derniers temps sur la plate-forme, du préfet au président de la CCI d’Occitanie en passant par des militaires de haut rang, unanimes pour dire qu’il faut maintenir cette infrastructure, très utilisée par l’Armée notamment.

L’espoir de faire “bouger les lignes”

Mais sans la ligne Castres-Paris, elle va perdre sa vitrine et une partie de ses recettes qui vont alourdir le déficit de la plate-forme. L’idée serait donc de proposer un projet de développement économique pour l’aéroport qui dispose de foncier autour. Un champ de panneaux photovoltaïques a été à un moment évoqué.

Mais c’est surtout l’idée d’attirer des entreprises ou des start-up, qui tournent autour de l’aviation civile ou militaire, qui pourraient être intéressées par cette plate-forme pour des essais ou de la formation, qui trotte dans la tête de Didier Houlès, qui veut “montrer aux pouvoirs publics que l’on peut avoir un vrai projet”. Certaines entreprises auraient d’ailleurs fait quelques approches.

L’aéroport de Castres-Mazamet pourrait voir sa ligne vers Paris disparaître.
L’aéroport de Castres-Mazamet pourrait voir sa ligne vers Paris disparaître.
DDM – EMILIE CAYRE

Mais pour cela, il faut conserver la ligne Castres-Paris. Au moins un an ou deux pour que la plate-forme fasse ses preuves. “On pourra d’ailleurs tester que la connexion entre l’autoroute et l’aéroport a de l’intérêt. L’A69 pourrait amener une clientèle de l’est toulousain qui pourrait préférer venir à Castres pour aller à Paris plutôt qu’à Blagnac”, explique le président du syndicat mixte, d’autant que Chalair est prêt à continuer à exploiter la ligne avec une proposition intéressante selon nos informations.

La participation de l’État pourrait être limitée à 3 millions d’euros sur deux années, à cheval sur trois exercices. Une somme plus que raisonnable. Et si l’État y va, la Région pourrait suivre. “Il faut nous donner du temps pour mener à bien ces projets”, martèle Didier Houlès, qui garde donc encore espoir de “faire bouger les lignes” malgré l’échéance qui se profile à très court terme. Dans un mois.

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