Un bâtiment détruit après une frappe israélienne à Beyrouth, le 8 mars 2026. ADRI SALIDO/GETTY IMAGES VIA AFP
Une semaine après son entrée dans la guerre au Moyen-Orient, la situation au Liban est toujours critique. A Beyrouth, les frappes israéliennes ne cessent de pleuvoir sur la capitale, tandis que Tsahal et le Hezbollah s’affrontent violemment à l’est et au sud du pays.
Alors que plus de 517 000 déplacés ont déjà été recensés par les autorités libanaises dimanche, le chiffre pourrait à nouveau gonfler, l’armée israélienne avertissant la population du sud de Beyrouth à évacuer leurs logements. Ce lundi 9 mars, les frappes ont déjà fait près de 486 morts, dont au moins 83 enfants, et 1 313 blessés selon le ministre de la Santé libanaise.
• Des affrontements dans l’est du Liban…
Dans l’Est, près de la frontière syrienne, l’Agence nationale d’Information (Ani) a fait état de « féroces combats » près du village de Nabi Chit. Ce dernier avait déjà été ciblé dans la nuit de vendredi à samedi par des commandos israéliens venus tenter, sans succès, de récupérer le corps d’un aviateur israélien capturé en 1986. Cette opération menée au cœur d’une région contrôlée par le Hezbollah, a fait 41 morts et des dégâts considérables.
Deux responsables du Hezbollah ont déclaré à l’AFP que le mouvement chiite libanais avait abattu un hélicoptère israélien dans la région de la Bekaa, où est situé Nabi Chit. Dans un communiqué, le Hezbollah a indiqué que les soldats israéliens étaient arrivés dimanche soir à bord d’« environ 15 hélicoptères » peu après minuit heure locale (23 heures, heure de Paris). L’armée israélienne n’a pas communiqué dans l’immédiat.
Des bâtiments détruits après une frappe israélienne à Nabi Chit, dans l’est du Liban, le 7 mars 2026. ADRI SALIDO/GETTY IMAGES VIA AFP
•… ainsi que dans le sud du pays
Par ailleurs, selon l’agence de presse nationale, trois personnes ont été tuées et 15 blessées dans des raids israéliens lundi contre la ville de Tayr Debba, près du port de Tyr, dans le sud du Liban. Le Hezbollah a affirmé sur Telegram avoir repoussé des soldats israéliens qui avançaient vers les villes frontières d’Odaisseh et Aïtaroun, à l’aide de roquettes et de mitrailleuses.
Lors d’une visite à la frontière avec le Liban, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a été informé de la mort « du commandant de l’unité Nasser du Hezbollah », Abou Hussein Ragheb, lors d’une frappe pendant la nuit, a déclaré lundi le ministère dans un communiqué. Cette unité, déployée dans la partie est du sud du Liban, avait été la première à ouvrir un front contre Israël après l’attaque du Hamas sur le sol israélien le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre dans la bande de Gaza.
• Autour de Beyrouth, les frappes continuent
Israël a de nouveau bombardé lundi la banlieue sud de Beyrouth, affirmant cibler le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah. Un journaliste de l’AFP à Beyrouth a entendu une forte explosion dans la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah, et vu d’épais nuages de fumée dans ce quartier déjà bombardé plusieurs fois par Israël au cours de la semaine écoulée. D’après des médias locaux, ces bombardements ont notamment visé les quartiers de Ghobeiry, près de l’hôpital al-Sahel, selon le quotidien libanais « l’Orient-Le Jour ».
Dans la nuit de samedi à dimanche, Israël a par ailleurs frappé un hôtel dans le quartier de Raouché, sur le front de mer de Beyrouth, faisant quatre morts et dix blessés selon les autorités. L’armée israélienne affirme avoir tué au cours de cette frappe cinq membres des gardiens de la révolution iranienne, dont trois « importants commandants » de la Force Al-Qods, la branche des opérations extérieures de l’organisation.
Ce lundi matin, Israël a affirmé qu’elle mènerait « dans les prochaines heures des frappes contre les infrastructures de l’association Al-Qard al-Hassan – l’institution financière du Hezbollah » et a appelé les habitants de la banlieue sud de Beyrouth à évacuer, selon « l’Orient-Le Jour ».
• Human Rights Watch dénonce l’usage de phosphore blanc
Dans un rapport publié ce lundi, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a accusé Israël d’avoir utilisé « illégalement » des munitions au phosphore blanc sur plusieurs zones résidentielles peuplées dans le sud du Liban le 3 mars.
Cette substance qui s’enflamme au contact de l’oxygène peut être utilisée pour créer des écrans de fumée et éclairer les champs de bataille. Mais elle peut également être utilisée comme arme incendiaire et provoquer de graves brûlures des lésions respiratoires, des défaillances d’organes et même la mort.
HRW dit avoir « vérifié et géolocalisé sept images montrant des munitions au phosphore blanc » qui ont explosé « au-dessus d’une zone résidentielle » et des agents de la défense civile intervenant pour éteindre un incendie touchant des maisons, « qui a probablement été causé par des morceaux de feutre imprégnés de phosphore blanc ».
Dimanche, l’Ani, a par ailleurs accusé Israël d’avoir « ciblé Tal Nahas et Khiam [deux autres localités frontalières, NDLR] avec des tirs d’artillerie et des bombardements au phosphore ». Les autorités libanaises et HRW ont déjà accusé par le passé Israël d’avoir brûlé des régions boisées et des terres agricoles dans le Sud en les bombardant au phosphore blanc.
• Le président libanais appelle à une « trêve »
« Ceux qui ont lancé les missiles » sur Israël ont voulu « provoquer l’effondrement du Liban […] pour le compte de l’Iran, et c’est ce que nous avons mis en échec », a affirmé lundi le président libanais Joseph Aoun, lors d’une rencontre par visioconférence avec les chefs des institutions européennes Ursula von der Leyen et Antonio Costa. Il vise ici le Hezbollah, dont il souhaite le désarmement.
Le dirigeant libanais a appelé à ce « que le Liban et Israël entament des négociations directes sous parrainage international ». Il a proposé, pour mettre un terme à la guerre, « une trêve » avec Israël, suivie par une aide logistique à l’armée libanaise pour qu’elle puisse se déployer dans les zones de conflit et « désarmer le Hezbollah ».
Un cessez-le-feu est « la meilleure chance » pour « éviter le chaos » au Liban après les attaques du Hezbollah et les représailles « disproportionnées » d’Israël, qui doivent cesser, a déclaré lundi la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas. « La diplomatie et le retour au cessez-le-feu offrent la meilleure chance d’éviter que le Liban ne sombre dans le chaos », a-t-elle conclu.

