April 24, 2026

"Cinq départs de feu", "destruction en bande organisée" : pourquoi la piste criminelle est-elle privilégiée par les enquêteurs ?

l’essentiel
Les premiers éléments de l’enquête sur l’incendie du site de Denjean Granulats à Saverdun ont conduit le procureur de la République de l’Ariège, Olivier Mouysset, à écarter la thèse accidentelle. Les investigations visent désormais à déterminer les circonstances exactes de ce sinistre.

Au lendemain de l’incendie spectaculaire qui a ravagé une partie du site de Denjean Granulats, à Saverdun, dans la nuit du mardi 21 au mercredi 22 avril 2026, la piste criminelle est désormais privilégiée par les enquêteurs. Si les investigations ne font que commencer, plusieurs éléments matériels ont rapidement orienté les soupçons vers un acte volontaire.

Le sinistre s’est déclaré peu après minuit sur cette entreprise spécialisée dans la production de granulats. Au total, 43 sapeurs-pompiers et 11 véhicules ont été mobilisés pour venir à bout des flammes. Très vite, les premiers constats ont suscité des interrogations.

Cinq départs de feu

“C’est probablement criminel, en tout cas volontaire”, affirmait dès mercredi matin le maire de Saverdun, Philippe Calléja, encore marqué par l’ampleur des dégâts. L’élu détaillait alors la scène découverte sur place : “Il y a eu cinq départs de feu sur des tapis transporteurs de gravier et sur la tour principale.” Ces différents foyers, localisés sur plusieurs équipements stratégiques du site, ont fortement fragilisé l’hypothèse accidentelle.

Quelques heures plus tard, le procureur de la République de Foix, Olivier Mouysset, confirmait l’ouverture d’une procédure judiciaire. “Une procédure judiciaire a été ouverte cette nuit du chef de destruction en bande organisée du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes”, précisait-il, indiquant qu’il s’agissait d’une qualification pénale particulièrement lourde, passible de vingt ans de réclusion criminelle.

L’enquête a été confiée à la section de recherches de Toulouse ainsi qu’à la brigade de recherches de Pamiers. À ce stade, le magistrat restait prudent sur les motivations éventuelles : “En l’état des constatations et investigations réalisées, la thèse accidentelle semble pouvoir être écartée.”

De vives tensions autour des gravières depuis de longues années

Indépendamment de cette enquête en cours et du sinistre, les gravières ariégeoises cristallisent les tensions locales depuis des années. Des manifestations sont régulièrement organisées autour de l’exploitation de ces carrières. Les conséquences sur la ressource en eau sont notamment le point de divergence entre les entreprises et les différentes associations.

En 2024, l’une de ces manifestations avait donné lieu à des dégradations lors de l’introduction des manifestants dans une gravière. La préfecture de l’Ariège avait condamné cet acte : “Des manifestants ont commis des dégradations inacceptables dans une gravière, rapidement interrompues par l’intervention des forces de l’ordre.”

Début 2025, le poids des revendications des différentes associations réunies en collectif avait pris de l’ampleur. À la suite d’une opération “coup de poing” menée par la préfecture, qui avait contrôlé de manière inédite quatre gravières en 2024, trois irrégularités avaient été constatées, selon le rapport de la Dreal, sur la traçabilité des déchets inertes. Pour autant, aucun impact sur les eaux souterraines n’avait été identifié. Tout cela avait conduit à la création d’un comité de suivi de site (CSS), réunissant exploitants, élus, riverains et associations de défense de l’environnement.

Si, à ce stade, toutes les pistes sont étudiées par les enquêteurs, une certitude demeure : pour Denjean Granulats, les conséquences s’annoncent considérables. Les dégâts, estimés entre 10 et 15 millions d’euros, pourraient entraîner jusqu’à deux ans d’arrêt d’activité.

source

TAGS: