Gyrophare orange allumé, la dépanneuse bascule sa rampe métallique vers l’asphalte. Le câble du treuil se tend, grince, puis tire lentement une Citroën C4. À l’entrée de la fourrière municipale de Toulouse, la voiture monte centimètre par centimètre. Au volant du camion, Hakim surveille la manœuvre.
Depuis un an, ce Toulousain de 25 ans dirige sa propre société d’enlèvement d’épaves. Trois camions sillonnent la Haute-Garonne, mobilisés jour et nuit. Une dizaine de salariés composent désormais l’équipe. Mais l’activité d’Hakim s’exerce en marge de la filière officielle : il ne dispose pas d’agrément préfectoral. Le jeune homme est un des nombreux épavistes sauvages de la ville.
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Avant de se lancer dans ce métier, il faisait de l’achat-revente de véhicules. “J’ai un CAP de mécanique et un bac pro carrosserie. Ce qui m’a toujours plu, c’est démonter, récupérer les pièces, voir ce qui peut encore servir. Mon rêve, ce serait d’ouvrir une casse automobile.”
“Oui, ça paye pas mal”
Derrière chaque voiture hors d’usage se cache en effet un petit gisement de pièces détachées. Moteurs, alternateurs, portières, optiques, plastiques intérieurs : tout peut trouver preneur. “Les épaves, on les dépollue, on récupère l’huile, le carburant, le liquide de refroidissement. Ensuite on trie le plastique, le métal, on garde les pièces intéressantes”, assure-t-il. Certaines seront revendues à des particuliers ou à des garages. D’autres partiront à l’export. Hakim reconnaît démonter certaines pièces sur un terrain, loin des installations agréées prévues pour ce type d’opérations. Une pratique répandue chez ces collecteurs indépendants qui gravitent autour du secteur.
Le reste finira dans un centre VHU (véhicules hors d’usage) chargé de la destruction administrative. Chaque jour, son entreprise enlève entre quatre et dix voitures. Des véhicules accidentés, moteurs hors service, ou simplement trop vieux pour continuer à rouler. Parfois les propriétaires les donnent. Parfois il les rachète. “Tout dépend de l’année et de l’état”, glisse-t-il. Le bénéfice dépasse rarement 400 euros par voiture.
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Le travail est pourtant long. Une épave peut demander une journée ou deux. Malgré tout, l’activité reste rentable. Hakim sourit : “Oui, ça paye pas mal. Mais les journées sont très longues.”

