March 3, 2026

Procès de François Thierry : pourquoi l’ex-patron des "stups" est accusé de complicité de trafic de drogue

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François Thierry, l’ancien chef de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants, est jugé depuis ce lundi 2 mars pour complicité de trafic de drogue. Il doit s’expliquer sur sa relation avec l’informateur Sophiane Hambli après la saisie de sept tonnes de cannabis en 2015.

L’affaire qui s’ouvre à Bordeaux constitue un séisme judiciaire pour la police nationale. Ce procès, prévu pour durer un mois, mobilise dix-huit prévenus et s’appuie sur une procédure colossale de 70 tomes. Au cœur des débats se trouve la saisie, en octobre 2015, de 7,1 tonnes de résine de cannabis par les douanes dans le 16e arrondissement de Paris.

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Cette opération, qui semblait être un succès, a rapidement révélé une réalité plus complexe : la marchandise faisait partie d’une “livraison surveillée” par l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), mais dont les contours et l’ampleur n’auraient pas été totalement communiqués aux autorités judiciaires.

“La Chimère” et le système de l’infiltration

Le commissaire divisionnaire François Thierry, aujourd’hui âgé de 57 ans, est soupçonné d’avoir franchi les lignes rouges de la légalité pour favoriser son informateur de l’époque. Alors que le parquet de Bordeaux avait initialement requis un non-lieu en sa faveur en 2023, les juges d’instruction ont maintenu son renvoi devant le tribunal. Pour les magistrats, les limites de l’infiltration ont été “très largement franchies”, transformant la stratégie policière en une forme de complicité passive, voire active, dans l’importation de stupéfiants sur le territoire français.

Le second protagoniste de ce dossier est Sophiane Hambli, surnommé “La Chimère”. Ce trafiquant mulhousien, actuellement détenu au Maroc, est accusé d’avoir été le “seul commanditaire” de la drogue saisie en 2015. Sa défense, assurée par Me Julie Elduayen, soutient qu’il n’agissait que comme le “logisticien” d’une opération validée par la police.

Le cadre des relations entre “flics” et “indics”

La relation entre le commissaire et son indic, débutée dans une prison espagnole à la fin des années 2000, illustre une stratégie d’infiltration radicale visant à laisser entrer la drogue pour mieux appréhender les têtes de réseau, une méthode baptisée “Myrmidon”.

De son côté, François Thierry aborde ce procès avec “beaucoup de sérénité”, selon son avocate Me Angélique Peretti. Le policier martèle qu’il n’a fait que son travail et que les magistrats étaient parfaitement informés de ses méthodes d’enquête. Ce face-à-face judiciaire est d’autant plus symbolique qu’il survient après l’acquittement du commissaire en 2024 dans un autre volet de l’affaire concernant une garde à vue fictive. L’issue de ce mois d’audience à Bordeaux pourrait redéfinir durablement le cadre légal des relations entre “flics” et “indics” en France.

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