La piétonnisation progressive de nombreuses rues du centre-ville de Toulouse suscite des réactions variées chez les Toulousains. Un réaménagement conséquent qui ne laisse personne indifférent.
En “warning”, une camionnette blanche empiète sur la piste cyclable. Engagé sur celle-ci, un vélo peste et contourne le véhicule. François le sait bien, il est en tort. Néanmoins, c’est le seul moyen trouvé par le livreur pour assurer sa tournée à temps. “Ils ont voulu faire des arbres, résultat : pas de place pour se garer”, explique-t-il. Un aménagement qui se fait au détriment des voitures. Le livreur connaît bien la Grande rue Saint-Michel de Toulouse, “une des tournées les plus dures”, reconnaît François.
En décembre dernier, Jean-Luc Moudenc, maire de la Ville rose, inaugurait le réaménagement de cette rue “très commerçante”. Après deux ans de travaux, l’une des principales artères de la ville faisait peau neuve, accompagnée d’une des 22 lignes du REV (Réseau Express Vélo) : un projet massif d’aménagement de pistes cyclables au sein de la métropole toulousaine.
La voiture mise sur le bas-côté
“Dans le centre-ville, c’est pas mal. Avant, je trouvais qu’il y avait trop de voitures, maintenant c’est plutôt agréable”, confie avec le sourire Vincent, développeur informatique. Il voit d’un œil positif le réaménagement urbain avec une plus grande place laissée aux bicycles qui entraîne une diminution du nombre de voitures. “Quand il n’y a plus de métro le soir, tu peux rentrer rapidement. C’est super”, se réjouit le trentenaire.
Aux abords du Palais de Justice, un passant originaire de Haute-Savoie loue le “chouette urbanisme” toulousain. “En tant que piéton, j’aime vraiment me balader dans la ville”, s’enchante Stéphane. Les piétons et les cyclistes apprécient. Ce n’est pas forcément le cas pour les commerçants.
Un impact pour les commerçants
Michelle travaille depuis des années dans un magasin de maroquinerie, rue de Metz. Elle répond du tac au tac être contre la piétonnisation à Toulouse avant de nuancer son propos. “Depuis juin (fin des travaux dans la rue), la fréquentation revient. J’attends de voir”, dit-elle en haussant les épaules. “Il y a plus de piétons et je trouve quand même que d’un point de vue esthétique, la rue est mieux comme ça”.
La commerçante indique que ses clients, qui venaient auparavant en voiture, éprouvent désormais des difficultés pour se rendre à la boutique, voire la délaissent complètement. “Si vous venez de l’extérieur de Toulouse, et que vous voulez prendre le métro, vous devez mettre votre voiture en parking-relais. Problème, mes clients me disent qu’il n’y a jamais aucune place. Ils préfèrent aller dans des centres commerciaux en périphérie que de venir en voiture dans le centre-ville”, explique-t-elle l’air attristé.
Pour Véronique, employée en boulangerie, la dimension pratique est omise dans ces nouvelles rues. “Ce sont des ingénieurs qui savent tout mieux que nous”, s’agace-t-elle. Même si une consultation avec les commerçants a été réalisée en amont, les travaux ont eu un impact négatif pour la boutique. Une perte d’environ 30 % du chiffre d’affaires. “Il faudrait plus de places de parking”, résume la quinquagénaire.
“C’est devenu un enfer”
Si l’on veut circuler en voiture dans Toulouse et pouvoir se garer, “on doit partir à 7 heures du matin”, explique Mohamed. Ce Muretain travaille dans le bâtiment et passe souvent par le centre-ville. Avec son fourgon vert, compliqué pour lui de trouver des places. “C’est devenu un enfer depuis trois ans”, conclut-il.
François confirme. Tous ses collègues livreurs expérimentent les mêmes problèmes. “On s’engueule souvent avec les vélos mais on est bien obligé, on ne peut pas faire autrement”, raconte-t-il d’un air consterné. En fermant la porte de son camion, il se penche et regarde la prochaine place de parking “livraison” qui l’attend. Pour une fois, aucune voiture intempestive ne l’occupe. Ce coup-ci, pas besoin de manger la piste cyclable.

