Le 27 février 2025, Lionel Candelon s’emparait de la présidence de la chambre d’agriculture du Gers, qui, comme 10 autres chambres consulaires, tombait sous la houlette de la Coordination rurale. Un an après cette élection, quel bilan pour l’ancien militant à l’origine du mouvement des “Canards en colère”?
Les dernières élections aux chambres d’agriculture en janvier 2025 ont réservé leur lot de surprises. La Coordination rurale (CR), jusque-là à la tête de trois chambres sur la période 2019-2025, – le Lot-et-Garonne, la Vienne et la Haute-Vienne –, réalise une progression significative et arrive en tête dans 14 départements lors du vote des agriculteurs. Elle obtient finalement la présidence de 11 chambres départementales, dont celle du Gers.
Le 27 février 2025 donc, il y a un an jour pour jour, Lionel Candelon-Bonnemaison, qui préside la Coordination rurale du Gers depuis moins de deux ans, s’installe sur le fauteuil de président jusque-là tenu par la FDSEA. “Je placerai la Coordination rurale à la tête de la chambre d’agriculture”, avait-il d’ailleurs annoncé dans nos colonnes quelques mois avant le scrutin.
Pari réussi donc pour cette figure de terrain, agriculteur au parcours contestataire qui s’est fait connaître comme e fondateur et porte-parole du mouvement “Les Canards en colère”, né en pleine crise de grippe aviaire en 2016. Lionel Candelon s’investit par la suite davantage dans la Coordination rurale, dont il prend la tête dans le Gers avant d’accéder à la présidence de la Chambre d’agriculture.
De la contestation à la gestion
Mais on ne passe pas de la contestation de terrain à la gestion administrative en un tour de main. Les premiers mois ont été ceux des tâtonnements et de la découverte. Dans un entretien à l’été 2025, le président fraîchement élu reconnaissait lui-même qu’”en six mois, on ne résout pas des décennies de difficultés”, évoquant la nécessité de comprendre les rouages internes et les marges de manœuvre réelles de l’institution.
Sur le terrain économique, le président met en avant des actions concrètes. Des partenariats forts, comme avec la chaîne Leclerc, ont été noués afin d’ouvrir des débouchés à plusieurs dizaines de producteurs gersois, assure-t-il. Dans le même esprit, des réflexions ont été engagées pour renforcer les liens entre l’abattoir d’Auch et la restauration locale, afin de structurer davantage les circuits courts.

L’année a également été marquée par la question de l’eau, dans un contexte de sécheresse persistante. Lionel Candelon a plaidé pour le développement de retenues collinaires permettant de stocker l’eau hivernale, un sujet sensible et central dans le département. Sur ce dossier, il assume une position constante, estimant que l’agriculture gersoise ne pourra pas s’adapter sans outils de stockage.
Un autre dossier délicat a marqué cette première année du président : celui du château de Mons. Les pertes financières cumulées sur plus d’une décennie de cet équipement géré par la chambre ont été mises en lumière lors d’une session de novembre 2025. Candelon a évoqué un “héritage encombrant”, ouvrant le débat sur la soutenabilité économique du site.
Le costume de président n’étouffe pas le militant
Sur le plan du style en revanche, l’ancien militant n’a pas totalement disparu. Lionel Candelon n’a pas manqué de participer aux semaines de contestation agricole en décembre et janvier. Le président de la chambre consulaire n’a pas hésité à dénoncer avec force ce qu’il considère comme des excès dans le traitement de dossiers visant des agriculteurs.
“Est-ce que le procureur s’est excusé pour les trois agriculteurs qu’il a fait interpeller avant-hier, menottes au poing, devant leurs enfants… En France, on peut séquestrer des paysans pendant 36 heures et les relâcher comme ça, c’est hallucinant”, lâche-t-il sur le perron du tribunal de Toulouse au lendemain de l’arrestation de quatre membres de la CR31.

Le 14 janvier 2026, il a lui-même été placé en garde à vue à Toulouse à la suite d’une manifestation de tracteurs organisée malgré un arrêté préfectoral l’interdisant, aux abords de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Il était entendu notamment pour “organisation d’une manifestation interdite” et “entrave à la circulation”
L’éleveur de canards toujours en colère n’est jamais très loin du président, même si, dans le cadre de la chambre, il s’efforce d’endosser un rôle plus transversal, répétant vouloir représenter “tous les agriculteurs”. “Il faut mettre le revenu agricole au cœur de notre action. S’il n’y a pas de revenu, il n’y a pas d’agriculture, il n’y a pas d’installation, il n’y a pas de production”, disait-il d’ailleurs au soir de son élection.
Un an après cette soirée, le bilan de Lionel Candelon reflète moins un bouleversement qu’une prise en main progressive. Le 6 mars prochain, le président présentera lui-même ce bilan lors de la session de la chambre et dévoilera probablement les grands projets qui façonneront la suite de son mandat.

