Après les inondations qui ont frappé l’ouest et le sud-ouest de la France, près de 300 communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle. Alors que le coût des indemnisations pourrait atteindre jusqu’à 3 milliards d’euros, les experts anticipent une hausse des primes d’assurance habitation et s’interrogent sur la solidité du régime Cat Nat.
L’eau baisse enfin doucement dans les départements inondés de l’ouest de la France. Dans le Sud-Ouest, l’heure est à l’analyse des dégâts et aux expertises des assureurs en vue des indemnisations. Mardi, le Premier ministre a annoncé que 294 communes – dont 63 dans le Lot-et-Garonne – ont été reconnues en état de catastrophe naturelle. Partout, les mêmes images : maisons envahies, installations électriques hors service, meubles irrécupérables. Derrière l’émotion d’une vie à reconstruire perce déjà l’angoisse de la facture des inondations qu’il va bien falloir régler.
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Selon les premières estimations de la Caisse centrale de réassurance (CCR), le coût total des indemnisations liées aux crues pourrait atteindre entre 2,5 et 3 milliards d’euros. Les inondations figurent parmi les événements climatiques les plus onéreux avec des dommages moyens estimés entre 10 000 et 14 000 euros par foyer sinistré. Ces montants s’ajoutent à une sinistralité déjà élevée ces dernières années.
Hausse des primes d’assurance habitation
Conséquence attendue : une hausse des primes d’assurance habitation cette année. Avant même les épisodes récents, les prévisions faisaient état d’augmentations comprises entre 8 % et 11 %, selon l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir et le cabinet Addactis. Avec les crues de ce mois de février, la barre des 10 % pourrait être dépassée pour de nombreux assurés. À cela s’ajoute l’impact de la surprime du régime des catastrophes naturelles (Cat Nat), relevée au 1er janvier 2025 de 12 % à 20 % sur les contrats habitation. Cette hausse représente en moyenne 17 euros supplémentaires par contrat et génère environ 1,2 milliard d’euros par an pour le régime.
Le mécanisme de ce régime est connu : il repose sur la mutualisation. Ainsi, tous les assurés contribuent, via une surprime obligatoire, à un fonds permettant d’indemniser les sinistrés en cas d’événement d’intensité anormale. Créé en 1982, ce système a jusqu’ici garanti une couverture large sur l’ensemble du territoire, mais l’intensification des aléas climatiques met sous tension son équilibre financier.
Consolider le régime Cat Nat
Dans son rapport annuel remis le 12 février dernier au ministre de l’Économie, la CCR formule quatorze recommandations pour consolider le régime. L’organisme insiste sur le maintien de l’équilibre public-privé, sur la nécessité de renforcer la prévention et sur l’anticipation des risques de carence de marché. Il propose notamment de compléter les cartographies nationales des risques, d’intégrer la réduction de la vulnérabilité dans les réparations post-sinistre, d’adapter les règles de construction et de faciliter l’accès au Bureau central de tarification (BCT) pour les assurés confrontés à un refus.

Car au-delà de la hausse des primes, une autre inquiétude émerge : celle de l’accès même à l’assurance dans certaines zones exposées. Si les assureurs ne peuvent refuser la garantie Cat Nat en tant que telle, des contrats multirisques habitation peuvent devenir plus difficiles à obtenir dans des communes jugées très vulnérables. Le recours au BCT permet alors d’imposer une couverture minimale, mais au prix d’une prime fixée administrativement. Ce phénomène de « non-assurance » ou de restriction d’offre reste limité, mais il progresse avec la montée des risques climatiques et inquiète les Français exposés comme les municipalités.
Paradoxalement, la perception du risque environnemental a évolué… à la baisse. Dans la cartographie prospective 2026 de France Assureurs, le dérèglement climatique recule, en effet, de la première à la troisième place des risques à court terme, dépassé par les risques économiques et politiques.
Le climat risque majeur à l’horizon de dix ans
Il conserve toutefois un score élevé et, à horizon de dix ans, il redevient la première préoccupation du secteur assurantiel : 41 % des répondants le classent en tête des risques futurs. Le climat est ainsi identifié comme un risque « primaire », susceptible d’entraîner hausse de la sinistralité, inassurabilité de certains territoires et déséquilibres économiques. La CCR a récemment estimé que la sinistralité devrait augmenter d’environ + 40 % à horizon 2050 sous l’effet du changement climatique et + 60 % en intégrant l’évolution des enjeux assurés.

À court terme, les assurés verront donc surtout la ligne « habitation » de leur budget progresser, mais à plus long terme, c’est l’architecture même du régime Cat Nat qui devra évoluer. Le rapport de la CCR privilégie des ajustements ciblés plutôt qu’une refonte complète, forcément complexe, mais insiste sur un impératif : la nécessité d’amplifier la prévention des risques pour infléchir la courbe de la sinistralité.
Dans un pays traversé par des milliers de kilomètres de cours d’eau et doté d’une vaste façade littorale comme le nôtre, la question ne doit plus seulement être celle de l’indemnisation après coup, mais doit devenir celle de l’adaptation des territoires, de la construction, et du partage du risque. Le régime Cat Nat a démontré son utilité depuis plus de quarante ; reste à savoir s’il pourra absorber, sans rupture, l’accélération des chocs climatiques annoncés.

