EXCLUSIF. L’affaire Jérôme Ducros secoue le milieu sportif toulousain. Soupçonné d’escroquerie et d’abus de biens sociaux, l’ex-président du club de Luzenac fait face à plus de 8 millions d’euros réclamés par d’anciens partenaires, dont Fabien Barthez, le champion du monde 1 998. Il a été placé en garde à vue par la police judiciaire.
Fabien Barthez, Thierry Dusautoir, Patricio Albacete, les frères Taïder. À l’évocation de ces figures du sport de haut niveau à Toulouse, on pourrait croire qu’on établit le onze des légendes haut-garonnaises. Et pourtant non, il s’agit d’une partie de la liste des victimes d’une potentielle vague d’escroqueries menée par une autre personnalité bien connue des Toulousains : Jérôme Ducros. Depuis la fin de l’aventure de son club, l’ancien président du Luzenac Ariège Pyrénées, “LAP, ” est visé par plusieurs procédures. La division de la criminalité organisée et spécialisée vient de le placer en garde à vue, il est suspecté d’abus de biens sociaux et d’escroquerie. Il a aussi été condamné à payer une colossale dette par décision du tribunal civil.
Ducros s’occupe de tout sauf du sportif
La descente aux enfers du promoteur toulousain démarre en 2015. À cette période, Jérôme Ducros tente de réintégrer la Ligue 2 malgré les décisions de la Ligue de football professionnel de le priver d’une accession obtenue sur le terrain. À l’époque, les instances refusent la promotion faute d’un stade aux normes. Tandis que Jérôme Ducros verrouille la gestion financière et administrative, Fabien Barthez, amoureux du jeu et joueur emblématique de France 98, se consacre exclusivement au terrain. Il occupe un poste de conseiller sportif.
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Le président de Luzenac collecte des fonds autant pour ses activités professionnelles que sportives. La gestion est opaque. Certains partenaires lui confient des millions en échange de parts dans le club. Ils espèrent tous avoir un retour sur investissement mais ignorent la destination réelle de leurs fonds. Selon nos informations, Fabien Barthez, Alain Astier, un investisseur connu à Toulouse, et des rugbymen du Stade Toulousain avaient donné près de 8 millions d’euros pour divers projets immobiliers. Les rugbymen devaient obtenir des logements dans la Ville rose alors que le footballeur passé par l’OM et Manchester United misait pour acquérir des parts d’un immeuble à La Tour-du-Crieu, en Ariège. “Il nous promettait des retours sur investissement rapides”, assure une des victimes.
Une dette colossale auprès d’une société de jet privé…
Les premiers soupçons du champion du monde 98 ont émergé lorsqu’une société paloise, spécialisée dans les jets privés, l’a contacté pour éponger une dette de Jérôme Ducros. Avec les comptes du club, le président aurait multiplié les allers-retours au Luxembourg et les repas fastueux. La gestion de ses sociétés a aussi attiré l’attention du fisc, qui lui réclame d’importantes pénalités, proches de 6 millions d’euros. Une partie de ces sommes a été épongée lors de la liquidation de ses entreprises, mais il doit encore de l’argent aux services de l’État pour “fraude à la TVA”.
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Thierry Dusautoir et Patricio Albacete ont été remboursés
Le projet à La Tour-du-Crieu n’a lui jamais vu le jour. Une procédure civile a eu lieu. Alain Astier, assisté par son avocat Frédéric Benoit-Palaysi, ainsi que Fabien Barthez ont obtenu une décision favorable en 2021. L’ancien gardien devait récupérer 2 millions d’euros, Alain Astier plus de 3 millions. Cinq ans plus tard, cet argent n’a toujours pas été versé malgré la décision judiciaire. Selon le promoteur, le changement du plan local d’urbanisme (PLU) n’a pas permis d’obtenir de permis de construire pour les logements promis à Thierry Dusautoir et Albacete. Les Stadistes ont été totalement remboursés de leurs mises de départ, mais les sommes étaient bien inférieures, atteignant tout juste la centaine de milliers d’euros. Ce 13 avril 2026, la cour d’appel du tribunal civil a ordonné la vente d’une maison appartenant à Jérôme Ducros, basée à Toulouse et placée sous hypothèque, mais le bien n’est estimé “qu’à 800 000 €”, bien loin des dettes réclamées. Jérôme Ducros, président de la fondation Loris Azzaro, nie toute escroquerie. Il compte contester cette décision. Selon lui, ce sont de simples investissements qui n’ont pas obtenu les rendements escomptés.
Taïder nie être une victime ou avoir un problème avec Jérôme Ducros
À la suite de ce premier match gagné, Frédéric Benoit-Palaysi a aussi déposé une plainte au pénal. C’est dans cette procédure que Nabil Taïder, ses frères et Jérôme Ducros ont été entendus par la PJ. La police le suspecte d’avoir “truqué” les comptes de Luzenac, dont la société est toujours ouverte, et de s’être servi de cette manne financière pour mener la grande vie. Les frères Taïder auraient été interrogés sur le rôle supposé de gérants de paille dans des structures pour le compte du suspect. La police pense qu’ils ont été manipulés par Jérôme Ducros. Mais, joint par téléphone, Nabil Taïder, ancien joueur du TFC, nie être une victime et avoir quelque chose en lien avec Jérôme Ducros. “Jérôme menace ses partenaires en expliquant que si on dépose plainte contre lui, l’argent disparaîtra totalement”, confie une source proche de l’enquête. À ce stade des investigations, deux plaintes ont été déposées contre l’ancien boss de JD Promotion. À l’issue de son audition, Jérôme Ducros, assisté par Mes Marie-Hélène Pibouleau et Simon Cohen, n’a pas été mis en examen alors que le dossier est aux mains d’un juge d’instruction. Difficile de savoir si c’est un mauvais investisseur ou un véritable escroc.” On a fait une demande de 39 millions d’euros de dédommagement auprès de la ligue professionnelle de football. L’espoir existe toujours”, souligne la défense. C’est l’une des dernières occasions de rembourser les plaignants.
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Soupçonné d’abus de biens sociaux et d’escroquerie, l’homme d’affaires Jérôme Ducros conteste fermement les accusations qui pèsent sur lui. Son conseil, Me Simon Cohen, dénonce une instrumentalisation de la justice pénale par des créanciers et assure que le dossier manque de consistance juridique. Entretien.
Votre client est suspecté d’abus de biens sociaux et d’escroquerie par la justice pénale. Que souhaitez-vous dire ? La recherche des infractions est une mission des services publics extrêmement importante, mais elle exige une certaine hauteur de vue. Tous les faits, à l’exception de ceux de nature fiscale pour lesquels il a déjà été jugé, ne concernent que le droit civil et commercial. Le levier pénal a été actionné pour impressionner. Cette démarche est dépourvue, selon mon analyse, de tout fondement juridique solide.
C’est une cabale selon vous ? En un mot : des créanciers, qui ont gagné au civil mais n’ont pas pu faire exécuter la décision rendue, ont cru pouvoir le contraindre en empruntant la voie pénale qui n’aboutira à rien. En tout état de cause, il n’a plus rien. Le patrimoine n’était plus constitué que par le bien immobilier de Toulouse, concerné par la décision de la cour d’appel ce 13 avril. Ce domicile conjugal a été acquis en 1999 pour un coût total de 180 000 euros, financé par un prêt classique bien avant la procédure. Il n’existe aucun fait susceptible de constituer une infraction pénale.
Les victimes le suspectent d’avoir monté des projets immobiliers fantômes. De fait, les structures sous sa direction ont connu une activité dont l’issue fut, tardivement, le dépôt de bilan. C’est l’aléa des affaires. Il y a des bons et des mauvais investissements. Mon client a payé les conséquences des crises du secteur immobilier qui ont frappé toutes les branches. Les investisseurs créanciers instrumentalisent aujourd’hui l’appareil répressif pénal.
Il aurait tout de même utilisé l’argent du club pour voyager en jet. Que répondez-vous ? C’est une rumeur qui devient une petite légende. Qu’on me prouve matériellement tout ce qu’on dit à son propos. Mon client paie depuis plus de dix ans les conséquences de la décision de la Ligue de football professionnel qui a empêché son club d’accéder au monde professionnel pour un problème de stade conforme. Après avoir massivement investi, il a décroché une victoire sur le terrain. Puis la justice a reconnu une faute indiscutable de la Ligue. N’importe quel acteur économique qui aurait commis cette faute aurait été condamné à hauteur de plusieurs millions d’euros. Monsieur Ducros, lui, n’a obtenu qu’un euro symbolique de dommages et intérêts.
Affirmez-vous qu’il s’agit simplement de mauvais investissements et non d’une cavalerie ? Il n’a jamais eu l’intention ni la volonté de nuire. L’investisseur est comme un joueur, il peut gagner comme perdre sans être coupable d’un délit. Il faudrait, pour cela, que mon client ait truqué les règles du jeu, ce qui n’est pas le cas. Concernant l’abus de faiblesse, s’il existait, il aurait été prouvé depuis dix ans. Monsieur Astier est un homme avisé qui connaît l’enjeu des investissements. Quant à l’épisode du jet privé, il ne s’agit que d’une opération financière infructueuse. Je le répète : son destin a changé suite à l’affaire Luzenac. Je rappelle que tous les acteurs, des enquêteurs aux magistrats, se doivent de respecter strictement le principe de la présomption d’innocence

