Début mai 2025, une élue de la mairie de Cazères a surpris une femme de ménage dans un bureau de la mairie en train de réaliser des photos. Pour qui ? Pourquoi ? L’ancien maire est montré du doigt. Une nouvelle plainte vient d’être déposée par l’équipe municipale.
À Cazères, comme le débit actuel de la Garonne, les joutes municipales sont souvent agitées. Dans un peu moins d’un mois, les habitants devront choisir entre deux équipes qui s’opposent. Celle du maire sortant, Raymond Defis, élu en décembre 2023 après la défection de Jean-Luc Rivière, lâché par ses colistiers, et son prédécesseur, qui vont se retrouver de nouveau face à face pour le scrutin de mars.
Et dans cette commune décidément particulière, où l’ancien premier magistrat Michel Oliva se débat également avec la justice (lire l’encadré), c’est cette fois son successeur qui se trouve sur la sellette. Jean-Luc Rivière est accusé par une femme de ménage qui aurait regardé de près les documents qui “traînaient” sur les bureaux de l’Hôtel de ville.
Nouvelle plainte déposée
Cette employée municipale titulaire, à qui il aurait été promis un emploi “à temps plein”, a été surprise dans le bureau de la directrice générale des services. Elle y faisait le ménage mais elle a reconnu avoir, aussi, réalisé des photos avec son portable. Des éléments ont en effet été retrouvés par les gendarmes. Copie de marché public, appels d’offres ou projet de marché de plein vent… Des éléments “récupérés” dans différents bureaux, dont celui du maire. Et face aux enquêteurs, cette femme aurait admis avoir agi à la demande de Jean-Luc Rivière.
Le maire de Cazères a déposé plainte au nom de la commune lors du flagrant délit, avant l’été 2025. Mais surpris de constater que l’enquête, confiée par le parquet de Saint-Gaudens à la brigade des recherches de la compagnie de gendarmerie de Muret, ne progressait guère, une nouvelle plainte vient d’être déposée. Cette fois entre les mains du juge d’instruction de Saint-Gaudens avec constitution de partie civile.
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“Nous n’avons aucune information sur la première procédure, constate Me Emmanuel Tricoire, mandaté par la commune pour déposer la nouvelle plainte. Au bout de trois mois, le procureur n’avait pas diligenté de poursuite. Dans l’intérêt de la commune et de ses administrés, il était logique d’intervenir”, explique l’avocat.
À un mois du premier tour des élections municipales, le procureur de Saint-Gaudens Christophe Amunzateguy se montre prudent. “Le maire Raymond Defis m’a interrogé sur l’enquête. Je lui ai confirmé qu’elle était en cours, bien sûr sans entrer dans les détails. Il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant. Quant à l’avocat de la commune, il n’a jamais sollicité les services du parquet de Saint-Gaudens.”
Jean-Luc Rivière : “Une cabale contre moi”
À Cazères, Jean-Luc Rivière s’étonne. “Ces accusations de corruption contre moi sont infondées. J’ai découvert cette affaire lors du conseil municipal quand nous avons pris une décision pour que le maire se constitue partie civile. Délibération que j’ai d’ailleurs votée, courant décembre. Et de ce que j’ai compris, il s’agit d’une plainte contre X, pas contre moi”.
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Jean-Luc Rivière voit là “une cabale préélectorale et rien d’autre. C’est tout de même curieux cette affaire qui sort du chapeau à moins d’un mois du premier tour des élections, lance-t-il. Curieux également que l’employée concernée ne soit pas passée au conseil de discipline du centre de gestion, lieu naturel pour toute sanction. Curieux enfin que la fonctionnaire qui a surpris la femme de ménage soit la même que celle qui avait porté plainte contre moi pour harcèlement moral – affaire qui a été classée sans suite. Je fais confiance aux enquêteurs : ils sauront démêler le vrai du faux”.
À suivre.
L’ancien maire également face à la justice
L’ancien premier magistrat de Cazères, Michel Oliva, qui a démissionné en juin 2021 se débat également avec des difficultés judiciaires. Il a été mis en examen en février 2020, soupçonné notamment de corruption active et passive plus de prise illégale d’intérêts. Sa compagne est également mise en examen pour corruption. En cause, le rachat de logements à des tarifs jugés très préférentiels et après que la commune a financé une route d’accès à ce projet immobilier privé.
Retiré de la vie publique, l’ancien élu reste mis en examen. La fin de cette instruction judiciaire a été prononcée mais Me Simon Cohen, en défense de Michel Oliva, a demandé, et obtenu, une nouvelle expertise judiciaire. Cette expertise confirmerait le bon prix d’achat des logements acquis par l’ancien élu. Dans l’attente de nouvelles réquisitions, le couple devrait à terme s’expliquer dans quelque mois devant le tribunal correctionnel de Saint-Gaudens. La municipalité de Cazères est partie civile dans cette affaire.

