L’ambassadeur américain à Paris Charles Kushner, lors du lancement d’America 250, campagne célébrant le 250ᵉ anniversaire des Etats-Unis en 2026, à l’ambassade des Etats-Unis à Paris, le 4 décembre 2025. JULIEN DE ROSA/AFP
Nouvelles tensions entre les Etats-Unis et la France. Convoqué au ministère des Affaires étrangères lundi 23 février à 19 heures, après la réaction de l’ambassade américaine à la mort de Quentin Deranque, l’ambassadeur américain à Paris Charles Kushner « ne s’est pas présenté », a regretté le Quai-d’Orsay. Une absence qui irrite fortement Jean-Noël Barrot.
• Les accès au gouvernement de l’ambassadeur coupés
« Face à cette apparente incompréhension des attendus élémentaires de la mission d’ambassadeur ayant l’honneur de représenter son pays, le ministre a demandé qu’il ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français », a annoncé le ministère des Affaires étrangères.
« Il reste bien sûr possible que l’ambassadeur Charles Kushner exerce sa mission et se présente au Quai-d’Orsay afin que nous puissions avoir les échanges diplomatiques permettant d’aplanir les irritants qui, inévitablement, peuvent survenir dans une relation d’amitié vieille de 250 ans », a-t-il néanmoins précisé.
Invité sur Franceinfo ce mardi 24 février, Jean-Noël Barrot a tenté de se montrer le plus ferme possible et a exigé « des explications » de la part de l’ambassadeur américain. Avant d’ajouter que son absence « affectera naturellement sa capacité à exercer sa mission dans notre pays ».
L’ambassadeur américain en France, qui a pris ses fonctions l’été dernier, avait déjà été convoqué fin août au ministère des Affaires étrangères après des critiques jugées inacceptables sur « l’absence d’action suffisante » contre l’antisémitisme par Emmanuel Macron. Déjà cette fois, il ne s’était pas présenté, étant absent, laissant au chargé d’affaires de l’ambassade le soin de se rendre à cette convocation.
• Un début de mea culpa de l’ambassadeur
Après avoir manqué de se présenter à sa convocation au Quai d’Orsay, Charles Kushner s’est engagé à ne pas interférer dans le débat public français comme le lui reprochait Paris. « L’ambassadeur des États-Unis en France a appelé le ministre. Ce dernier a rappelé les raisons qui avaient conduit à une convocation : la France ne peut accepter quelque forme d’ingérence ou d’instrumentalisation de son débat public national par les autorités d’un État tiers », a indiqué l’entourage de Jean-Noël Barrot. « L’ambassadeur a pris acte, exprimé sa volonté de ne pas interférer dans notre débat public et rappelé l’amitié qui lie la France et les États-Unis », a indiqué la même source.
• Un rendez-vous pas honoré
Charles Kushner était attendu lundi soir après sa convocation du ministère français des Affaires étrangères. Un rendez-vous qu’il n’a donc pas honoré, a déploré le Quai-d’Orsay. Une source diplomatique a indiqué à l’AFP que l’ambassadeur s’était fait représenter par un responsable de l’ambassade américaine, invoquant des engagements personnels. Sollicitée par l’AFP, l’ambassade américaine n’était pas immédiatement joignable pour réagir.
« C’est une surprise », a réagi de mardi Jean-Noël Barrot sur Franceinfo, tout en réfutant l’idée que ce soit un camouflet. « Quand on a l’honneur de représenter son pays, les Etats-Unis d’Amérique, en France comme ambassadeur, on respecte les usages les plus élémentaires de la diplomatie et on répond aux convocations du ministère des Affaires étrangères », a-t-il tonné.
• La réaction américaine crispe Paris
L’origine de la convocation remonte au vendredi 20 février, et à la réaction de l’administration Trump après le décès de Quentin Deranque, militant d’extrême droite de 23 ans battu à mort à Lyon. Dans une première réaction officielle, elle dénonce la violence politique d’extrême gauche. Sur X, l’ambassade a relayé un message traduit du bureau de l’antiterrorisme du département d’Etat, affirmant que « les informations […] selon lesquelles Quentin Deranque aurait été tué par des militants d’extrême gauche devraient tous nous préoccuper ».
En poste depuis l’été 2025, l’actuel ambassadeur américain en France est Charles Kushner. Ambassadeur mais également père de Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump et proche conseiller de celui-ci. Une réaction qui rappelle celle de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a également commenté la mort de Quentin Deranque, provoquant une passe d’armes avec le président français Emmanuel Macron qui l’a priée d’arrêter de « commenter ce qui se passe chez les autres ».

