Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, et la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, lors d’une conférence de presse à Copenhague, le 13 janvier 2026. LISELOTTE SABROE / RITZAU SCANPIX VIA AFP
Un énième épisode de tension entre les Etats-Unis et le Groenland. Donald Trump a déclaré samedi envoyer un navire-hôpital vers le territoire autonome danois. Une initiative personnelle, semble-t-il, déclinée par le Danemark et le Premier ministre groenlandais.
Le président américain affirme régulièrement que le Groenland et ses ressources sont nécessaires pour la sécurité des États-Unis face aux visées de Moscou et Pékin. Au grand dam des chancelleries européennes. La tension était toutefois retombée depuis la signature d’un accord-cadre ouvrant la voie à des pourparlers entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis.
• Trump veut « envoyer un grand navire-hôpital au Groenland »
Samedi, sur sa plateforme Truth Social, le président américain lance : « Nous allons envoyer un grand navire-hôpital au Groenland pour prendre soin des nombreuses personnes qui sont malades et qui ne sont pas soignées là-bas. » Donald Trump ne donne pas de chiffre, ni ne précise qui pourrait en bénéficier. Tout juste lance-t-il : « Il est en route ! ! ! »
Sa publication est accompagnée d’une image vraisemblablement générée par intelligence artificielle représentant l’USNS Mercy, un navire de 272 mètres généralement stationné dans le sud de la Californie, naviguant vers un horizon de montagnes enneigées. Il n’est pas précisé s’il s’agit du navire qui sera effectivement envoyé au Groenland.
Le président américain a indiqué que l’opération d’envoi du bateau est réalisée en coordination avec Jeff Landry, nommé en décembre envoyé spécial des Etats-Unis dans l’île arctique. Mais pourquoi donc vouloir envoyer un tel navire ? Quelques heures avant son message, l’armée danoise avait annoncé avoir évacué un membre d’équipage d’un sous-marin américain au large de Nuuk, qui avait « besoin d’un traitement médical d’urgence », vers l’hôpital de la capitale. De là à imaginer un lien…
• Le Groenland « n’a pas besoin » du navire, répond le Danemark
Le Danemark, qui a la souveraineté de ce territoire autonome, a dû répondre à cette nouvelle attention du président américain. « La population groenlandaise reçoit les soins de santé dont elle a besoin. Elle les reçoit soit au Groenland, et, s’il y a besoin d’un traitement particulier, elle le reçoit au Danemark. Ce n’est donc pas comme s’il y avait besoin d’une initiative sanitaire spéciale au Groenland », a affirmé ce dimanche 22 février à la télévision danoise DR le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen.
Interrogé par DR, le ministre a indiqué ne pas être informé de l’éventuelle venue d’un navire-hôpital américain : « Trump tweete en permanence au sujet du Groenland (…). C’est donc sans doute l’expression de la nouvelle normalité qui s’est installée dans la politique internationale. » Sans citer explicitement la proposition américaine, la cheffe du gouvernement danois Mette Frederiksen s’est dite « heureuse de vivre dans un pays où l’accès à la santé est libre et égal pour tous. Où ce ne sont pas les assurances ou la fortune qui déterminent si l’on reçoit un traitement digne ». « C’est la même approche au Groenland », a-t-elle écrit sur Facebook.
Comme au Danemark, l’accès aux soins est gratuit au Groenland, qui gère lui-même son système de santé mais travaille beaucoup avec du personnel danois. Il existe cinq hôpitaux régionaux à travers l’immense île arctique, celui de Nuuk accueillant des patients provenant de tout le territoire. Le gouvernement local groenlandais a signé début février un accord avec Copenhague pour améliorer le traitement de patients groenlandais dans des hôpitaux danois.
« Notre système de santé est profondément mis à mal », a reconnu sur Facebook Aaja Chemnitz, qui représente le Groenland au Parlement danois. « Cela se résout au mieux en coopération avec le Danemark, qui est l’un des pays les plus riches et les mieux éduqués, par exemple dans le domaine de la santé. Pas avec les États-Unis, qui ont leurs propres problèmes de système de santé », a-t-elle écrit.
• « Non, merci », lance le Premier ministre groenlandais
Si le message n’était pas assez clair, le Premier ministre groenlandais a répondu un peu plus tard dans la journée au président américain avec deux mots explicites : « Non, merci. »
« Ce sera non, merci, de notre part. L’idée du président Trump d’envoyer un navire-hôpital américain ici au Groenland a bien été notée. Mais nous avons un système de santé public où les soins sont gratuits pour les citoyens », a écrit sur Facebook Jens-Frederik Nielsen.

