Morte en 2018 sans héritiers directs, Jacqueline Prunet, médecin à l’Institut Pasteur, avait laissé un testament faisant de sa ville natale, Montauban, son légataire unique. Des biens mobiliers et immobiliers à Paris et dans le chef-lieu du Tarn-et-Garonne et plus d’un million et demi d’euros sur un compte bancaire constituaient sa fortune. Son vœu de voir sa maison transformée en musée de la pomme ne sera pas exaucé.
Quel que soit le maire qui sera élu le dimanche 22 mars 2026 à Montauban (Tarn-et-Garonne), il est déjà sûr de trouver un joli magot dans les caisses de la commune. Cela, il le doit à un legs providentiel consigné dans un testament olographe daté du 16 juin 2017 et signé de Jacqueline Prunet.
Issue d’une vieille famille montalbanaise, fille de Fernand Prunet, haut fonctionnaire de la préfecture de police de Paris, le Dr Jacqueline Prunet a mené une brillante carrière de médecin à l’institut Pasteur. Le 2 mars 2018, elle décède à Paris, sans héritiers directs.
“On ne la connaissait pas, on n’avait jamais entendu parler de cette dame jusqu’à ce 17 septembre 2021 où on reçoit une assignation devant le tribunal judiciaire de Paris de six membres de sa famille contestant la légalité de ce contentieux. C’est là qu’on a appris qu’elle avait décidé de coucher sur son testament la commune de Montauban. Les petits-cousins de Mme Prunet ont essayé de faire valoir qu’elle n’avait pas toute sa tête au moment où elle a rédigé ce testament”, exposait Brigitte Barèges lundi soir 16 février, en séance du conseil municipal.
La vieille dame pensait détenir un portrait de Lamartine réalisé par Ingres
Ajoutée “sur table” alors qu’elle n’était pas à l’ordre du jour de cette dernière séance de la mandature présidée par Marie-Claude Berly, la délibération n.33 a retenu quelques minutes l’attention des élus. Surtout quand la conseillère municipale déléguée a lu dans le détail le patrimoine légué par Jacqueline Prunet à sa ville natale : à Montauban, une maison située au 205, rue Camille-Delthil et deux garages (déjà loués) ; à Paris, un appartement de 80 m² situé dans le 15e arrondissement et un garage également ; des biens mobiliers évalués à plus de 27 000 euros… et surtout des avoirs comptes titres sur un compte bancaire ouvert au LCL s’élevant, en février 2025, à la modique somme de 1 477 674,26 €.
Déjà conséquent, ce legs aurait été encore plus important si un tableau représentant le peintre Lamartine, propriété de la famille Prunet depuis le début du XXe siècle, avait bien été réalisé par le plus célèbre enfant de Montauban, Jean-Auguste-Dominique Ingres. Envoyé pour expertise à Paris, puisqu’il se trouvait accroché dans la maison de la rue Camille-Delthil, le portrait de Lamartine n’a pas été attribué à Ingres.
Elle souhaitait que sa maison devienne un musée de l’arboriculture
Quoi qu’il en soit, le testament olographe de Jacqueline Prunet a donné lieu à une intense bataille judiciaire entre la commune et six cousins au 5e degré de la défunte (1). Ces derniers ont été déboutés par le tribunal judiciaire de Paris le 26 mars 2024. Ce jugement n’ayant pas fait l’objet d’un recours, il est devenu définitif. Lundi soir, lors du conseil municipal, on a appris que les parties s’étaient rapprochées pour tenter de régler à l’amiable l’exécution de ce testament… dans lequel Jacqueline Prunet exprimait le souhait que sa maison de Montauban devienne un musée de l’arboriculture (“de la pomme” selon Brigitte Barèges) et qu’un verger bio d’abricotiers et de poiriers soit planté dans le jardin.
L’emplacement de cette maison et les contours incertains de ce projet ont vite dissuadé la mairie de se lancer dans un tel projet. Un protocole transactionnel, qui sera prochainement signé, stipule que “toutes les parties renoncent à la charge imposée à la commune de Montauban quant à la destination de l’immeuble de la rue Camille-Delthil”. En contrepartie, la commune consent à abandonner ses droits sur cette maison d’habitation et de son mobilier au profit des lointains cousins de Jacqueline Prunet. Reste à savoir de quelle façon la Ville de Montauban pourra exprimer sa reconnaissance à cette bienfaitrice… peut-être en baptisant de son nom un square ou un jardin public où seraient plantés des arbres fruitiers ?

